Après la défaite aux mains des Sénateurs mercredi soir, Claude Julien a répété combien son équipe avait de la difficulté à « finir ». Lire ici : finir ses jeux, marquer des buts.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Mais quand on se concentre sur les matchs récents du Canadien, on constate que l’équipe peine aussi à « finir » ses adversaires. Au sens de : leur donner l’uppercut fatal lorsqu’ils baissent leur garde.

Il est vrai que sa fiche de 5-2-3 au cours des 10 derniers matchs n’est pas alarmante, et ce, malgré la séquence malheureuse que traverse le Tricolore – trois défaites de suite, dont deux en prolongation, face à des équipes moins bien placées que lui au classement.

Mais regardons-y tout de même de plus près.

Un constat facile, d’abord : hormis la victoire convaincante de 5-2 contre les Capitals de Washington, aucun autre gain n’a été conclu par une marge supérieure à un but.

Si on prend l’avance, il faut l’accroître. Il faut faire un meilleur travail sur ce plan.

Nick Cousins

La remarque ne saurait être plus à propos : au cours des trois plus récents revers, le Canadien avait pris l’avance en deuxième période, mais n’a pas su s’y accrocher. Il a même bousillé un coussin de deux buts face aux Devils du New Jersey samedi dernier.

Toujours au cours des trois derniers matchs, le Canadien a surpassé son opposant au chapitre des chances de marquer, a encore fait remarquer Cousins. « Nous devons mieux profiter de nos chances », a-t-il ajouté.

Le numéro 21 du Canadien a encore vu juste. En fait, depuis 10 rencontres, Montréal a eu le dessus à huit reprises sur ce plan, en plus de diviser les chances contre les Bruins de Boston. Ce soir-là, par contre, il a fallu un but de Ben Chiarot en toute fin de rencontre pour que le CH arrache une victoire de 5-4, après avoir regardé les Bruins créer l’égalité à trois reprises.

L’équipe se retrouve par ailleurs souvent en prolongation : après seulement 22 matchs cette saison, les hostilités ont dépassé les 60 minutes à huit reprises. Il s’agit d’un rythme deux fois plus élevé que la saison dernière, au cours de laquelle 15 des 82 matchs s’étaient décidés en temps supplémentaire.

Les cinq défaites en prolongation ou en fusillade du Canadien cette saison constituent d’ailleurs un sommet dans la LNH, à égalité avec les Panthers de la Floride, les Bruins et les Blues de St. Louis.

« On adorerait conclure en 60 minutes, mais c’est très difficile de le faire, estime Ben Chiarot. Chaque équipe se bat pour les deux points de la même manière que nous le faisons. »

« [Les Sénateurs d’]Ottawa vient de gagner 7 de ses 10 derniers matchs, Detroit a récemment battu Boston… Tout le monde peut battre tout le monde. Ça revient à : qui est prêt à jouer ? », a renchéri Cousins.

Succès offensifs à retrouver

Pour Victor Mete, la solution n’est pas bien complexe : « Il faut marquer plus de buts », a-t-il tranché, très enrhumé, devant les médias jeudi matin.

Encore une fois, les chiffres lui donnent raison : malgré une récolte enviable de 73 buts en 22 parties, le Canadien a néanmoins affiché une baisse de régime. Après avoir marqué 40 buts au cours des 11 premières rencontres, il a enchaîné avec 33 au cours des 11 suivantes.

« On a connu du succès offensif tôt dans la saison, avec un bon appui de la défense et une production de l’avantage numérique, a rappelé Cousins. On doit passer au niveau suivant. Ça va venir avec le temps. »

Il n’empêche que du temps, le Canadien en aura peut-être moins qu’il n’y paraît, à tout le moins s’il continue de gaspiller ses chances comme il l’a fait au cours de la dernière semaine.

Sur six points « prenables », la formation a dû se contenter de deux, hérités des défaites en prolongation contre les Devils et les Sénateurs.

Montréal occupe toujours le troisième rang de la division Atlantique, mais profite sans conteste des déboires du Lightning de Tampa Bay et des Maple Leafs de Toronto pour se maintenir à flot.

Nous sommes contents de notre position, mais il nous manque des points. Les points sont aussi importants à ce stade-ci qu’à la fin de la saison.

Victor Mete

En congé jeudi, les joueurs du Canadien reprendront l’entraînement vendredi matin avant de renouer avec l’action samedi face aux Rangers de New York. Ces derniers connaissent une campagne difficile et disputeront à Montréal un deuxième match en deux soirs, après un arrêt à Ottawa vendredi.

La chance sera donc belle pour le Canadien de se reprendre. Encore lui faudra-t-il puiser dans ses instincts de chasseur devant une (autre) proie vulnérable.

Rare bonne note à court d’un homme

Malgré la défaite, les deux unités d’infériorité numérique du Canadien ont particulièrement bien fait mercredi soir, limitant les Sénateurs à trois tirs en pareilles circonstances et n’accordant aucun but. Les plus cyniques rappelleront qu’Ottawa présente le pire avantage numérique de la ligue, mais comme le Canadien fait figure de cancre à court d’un homme, il faut trouver les bons coups quand ils passent. « On voulait sortir avec l’énergie du désespoir, a raconté le défenseur Ben Chiarot. Écouler des punitions est un boulot difficile, mais nous tirons de la fierté à le faire. C’est un élément important pour gagner en tant qu’équipe. Mercredi soir était un bon début. »

Fleury la terreur

Cale Fleury a un peu surpris tout le monde en y allant d’une percutante mise en échec sur Vladislav Namestnikov, des Sénateurs. À 6 pi 1 po, Fleury est l’un des plus petits défenseurs du Canadien, et ses 205 livres ne font pas le poids contre les gabarits de Chiarot ou de Shea Weber. Or, « il ne faut pas s’arrêter à son visage enfantin : Fleury peut être sournois ! », s’est exclamé Chiarot. « Il est fort et costaud, et il n’a que 21 ans. En vieillissant, il deviendra une force sur la patinoire. » Sur le jeu, Namestnikov a quitté le match, blessé, bien que le contact ait été légal. « Le pauvre joueur ne s’attendait pas à ça… », a ajouté Victor Mete, qui s’est lui-même permis un solide contact mercredi. À 5 pi 9 po, il a toutefois choisi une cible à sa portée en Tyler Ennis, qui n’a pas semblé apprécier l’expérience.

Hudon part, puis revient

Plusieurs amateurs ont froncé les sourcils après avoir appris que le Canadien avait cédé Charles Hudon au Rocket de Laval après le match de mercredi, d’autant que le Québécois venait d’offrir une solide performance. Or, voilà que Hudon a été rappelé en toute fin d’après-midi jeudi. En réalité, il n’a jamais eu à traverser la rivière des Prairies. Selon la convention collective en vigueur, une équipe n’a pas à soumettre un joueur au ballottage pour le céder dans les mineures s’il a passé moins de 30 jours comme joueur « actif » d’une formation de la LNH ou encore s’il a disputé moins de 10 matchs. En renvoyant Hudon à Laval une journée à la fois, le Canadien « économise » donc des journées d’exemption du ballottage. Il l’avait d’ailleurs fait la semaine dernière entre les matchs contre les Devils et les Blue Jackets.