Mike Babcock a remercié trois hommes à la suite de son congédiement: le propriétaire Larry Tanenbaum, qui l’a convaincu de se joindre aux Maple Leafs, l’ancien directeur général Lou Lamoriello, un ami pour la vie, écrit-il, et le défenseur Morgan Rielly.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Pas un mot sur le DG Kyle Dubas ou ses autres vedettes Auston Matthews, John Tavares ou Mitch Marner.

«Nous avons fait un travail extraordinaire pour amener cette organisation où elle est, nous avons connu des saisons de 100 points, battu des records, si je ne me trompe pas, et participé aux séries», a-t-il confié au collègue Pierre LeBrun, le seul à obtenir ses commentaires.

«Je suis déçu. Nous ne connaissions pas le départ espéré.»

Les Maple Leafs ont subi une sixième défaite consécutive mardi soir, 4-2 contre les Golden Knights, à Las Vegas. Leur fiche de 9-10-2 leur confère le dixième rang dans l’Association de l’Est, à deux points de la dernière place donnant accès aux séries éliminatoires, mais avec deux matchs de moins à disputer que les occupants de cette position, les Flyers de Philadelphie.

Pour une organisation ayant investi autant d’argent dans ses vedettes offensives (le salaire des quatre premiers attaquants, John Tavares, Mitch Marner, Auston Matthews et William Nylander, occupe 40 millions $ de la masse salariale), les résultats étaient insuffisants.

Kyle Dubas a tenté de remodeler sa défense en acquérant Cody Ceci et Tyson Barrie cet été, sans compter Jake Muzzin l’hiver dernier, mais sans succès. Les Leafs se classent au 24e rang pour les buts accordés par match, 3,43.

Babcock n’était pas l’homme du DG actuel Kyle Dubas. Il a été embauché en 2015 par le propriétaire Tanenbaum et le président Shanahan. On a d’ailleurs nommé le DG, Lou Lamoriello, deux mois après l’arrivée de Babcock. Dubas a été promu au poste de directeur général après le départ de Lamoriello en 2018.

PC

Kyle Dubas

Shanahan semblait secoué lors de son point de presse. «Merci à Mike Babcock d’avoir jeté les bases de notre fondation. Je m’adresse à vous parce que Kyle parle aux joueurs en ce moment. Comme j’ai embauché Mike, je devais prendre l’avion et lui annoncer la nouvelle en personne. Ce ne fut pas une conversation facile. Mais quand vous réalisez que vous devez prendre une décision, il faut le faire. Kyle et moi sommes en communication constante. Nous analysons la situation depuis quelques semaines. Depuis 48 heures, nous avons commencé à réaliser que nous ne pouvions plus nous permettre d’attendre.»

Le président des Maple Leafs a noté plusieurs carences au sein de son club. «On n’a pas joué à la hauteur des attentes. Il y a des attentions aux détails qui manquaient. Les joueurs le savent. On ne joue pas bien en défense et même à l’attaque, nous n’avons pas la même explosion que par le passé. Mike et Kyle avaient une bonne relation de travail. Ça n’a juste pas fonctionné comme on le voulait. Il y a beaucoup de travail à faire pour Sheldon et les joueurs. Nous sommes optimistes de se replacer.»

Keefe, l’homme de la situation?

Sheldon Keefe, 39 ans, dirigeait le club-école des Leafs depuis 2015. Il y a connu des succès retentissants, avec une fiche de 199-89-31 et un championnat acquis en 2018.

«Il le mérite, a poursuivi Shanahan. Il a développé de nombreux joueurs avec les Marlies, des hauts choix comme des espoirs modestes. Il a gagné. Nous avions plusieurs options, mais nous avions un homme dans notre organisation qui connaissait du succès et qui méritait le poste.»

Les Leafs perdaient-ils leurs matchs parce que le club a été mal construit, ou parce que Mike Babcock n’arrivait pas à tirer le meilleur de ses joueurs?

Certains observateurs ont fait état depuis l’an dernier de tiraillements entre l’entraîneur de 50 millions $ (pour huit ans) et certaines de ses stars.

L’ancien hockeyeur de la LNH Mike Commodore, un défenseur de soutien désormais très actif sur les réseaux sociaux et l’un des plus grands détracteurs de Babcock, n’a pas été tendre sur Twitter à la suite du congédiement de cet ancien entraîneur des Red Wings.

«Hey Mike Babcock, les joueurs t’ont abandonné parce que tu es un piètre être humain. Un entraîneur surévalué avec un égo surdimensionné. Tu as eu ce que tu méritais. Le monde du hockey est en fête.»

Commodore, dans son message très peu délicat, traduisait-il un sentiment dans le vestiaire des Leafs, ou agissait-il par vengeance personnelle? Il l’a déjà accusé de l’avoir démoli dans les journaux d’Anaheim alors qu’il dirigeait les Mighty Ducks et de ne pas lui avoir donné sa chance quelques années plus tard, en 2011, à Detroit. Un peu des deux peut-être?

Claude Julien compatit avec son complice des Jeux de Sotchi. «Comme chaque fois qu’un entraîneur est congédié, ça rappelle que ce n’est pas un boulot facile. Babcock a fait ses preuves à tous les niveaux. C’est un bon entraîneur qui risque, s’il le veut, de retrouver du travail rapidement.»

«Un excellent entraîneur qui ne l'avait pas facile»

L’entraîneur-chef des Sénateurs d’Ottawa, D. J. Smith, a été l’adjoint de Mike Babcock pendant quatre saisons, de 2015 à 2019, chez les Maple Leafs de Toronto. Lors de son point de presse qui précédait le match Sénateurs-Canadien, mercredi au Centre Bell, Smith a réagi à la nouvelle du congédiement de Babcock.

PC

D. J. Smith

«Il m’a donné ma chance dans la Ligue nationale et m’a montré la ligue au quotidien. Ce n’est pas une période facile pour lui et sa famille et j’ai de la sympathie pour lui.»

Il a hésité quand on lui a demandé s’il était surpris par la nouvelle.

«Je ne sais pas quoi dire. C’est un excellent entraîneur qui ne l’avait pas facile dernièrement. Je sais qu’il se serait battu et qu’il aurait fini par replacer les choses avec le temps. C’est une grande organisation qui prend les décisions qu’elle juge bonnes. Tout ce que je peux faire, c’est d’être là pour Mike s’il m’appelle.

«C’était une expérience enrichissante, car j’ai pu constater à quel point il travaille fort, il respecte le hockey et travaille fort tous les soirs. Il ne prend jamais de raccourcis, ne tient rien pour acquis et te le rappelle tous les jours.»

Smith connaît également bien Sheldon Keefe, qui succède à Babcock. Depuis 2015, Keefe était l’entraîneur-chef des Marlies de Toronto, le club-école des Leafs.

«J’ai très peu travaillé avec Sheldon, mais on était cochambreurs quand j’étais capitaine à Hershey [dans la Ligue américaine]. C’est un très bon gars, un homme de hockey intelligent. Il a prouvé chez les Marlies qu’il méritait sa chance. C’est un des meilleurs jeunes entraîneurs. Il a tout fait dans la LAH. Ses joueurs qui ont été rappelés étaient très bons pour appliquer les détails. C’est une très mauvaise nouvelle, mais ça permettra à un jeune homme d’obtenir sa chance.