Pendant deux ans et demi, l’échange de Brayden Schenn aux Blues de St. Louis est demeuré un concept abstrait pour le fan moyen des Flyers de Philadelphie.  

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Deux choix de première ronde demeure un lourd prix payer pour un centre de la trempe de Schenn, mais demeure inodore, incolore et sans saveur pour quiconque ne suit pas avec assiduité le développement des espoirs. 

Un peu comme Nick Suzuki pour l’amateur moyen du Canadien l’a été pendant un an après l’échange de Max Pacioretty. 

Combien de fois avons-nous entendu des experts affirmer qu’ils n’hésiteraient jamais à échanger des choix de première ronde ou des espoirs contre des joueurs établis… « Parce qu’ils n’ont jamais patiné dans la LNH encore ». Concept éculé. 

Pour la première fois ce soir, les fans des Flyers auront l’occasion de voir l’ensemble du lot obtenu pour Schenn. Mais commençons par le début. 

Les Blues avaient des carences au centre en 2017 et cherchaient des résultats à court terme. Les Flyers étaient en période de transition. Schenn allait avoir 26 ans seulement et venait de connaître deux saisons de 55 points et plus, mais le DG de l’époque, Ron Hextall, ne pouvait refuser deux choix de première ronde pour ses services. 

Avec le premier de ces choix, les Flyers ont repêché Morgan Frost au 27e rang en 2017, deux rangs après Ryan Poehling. 

L’année suivante, ils ont repêché l’ailier américain Joel Farabee au 14e rang avec le second choix offert par les Blues.  

Frost a tout cassé dans les rangs juniors. Il a connu deux saisons consécutives de plus de 100 points avec les Greyhounds de Sault Ste. Marie et constitué un leader pour l’équipe canadienne au Championnat mondial junior en janvier avec huit points en cinq matchs. 

Farabee, un an plus jeune à 19 ans, a pourtant été le premier à accéder à la LNH en début de saison. Après avoir amassé quatre points à ses quatre premiers matchs dans la Ligue américaine, il a obtenu un rappel. Il a cinq points à ses 14 premiers matchs à Philadelphie au sein d’un trio avec Sean Couturier et Oskar Lindblom, après une saison de 36 points en 37 matchs à Boston University et cinq points en sept matchs au Championnat mondial junior.

PHOTO WINSLOW TOWNSON, USA TODAY SPORTS

Joel Farabee

Frost a été rappelé hier des mineures. Il disputera son premier match en carrière ce soir en Floride contre les Panthers au centre du premier trio entre Claude Giroux et Travis Konecny. 

Même si Alain Vigneault et les Flyers ont de grandes aspirations cette année, ils n’hésitent pas, comme le Canadien et désormais une majorité de clubs de la Ligue nationale, à faire confiance rapidement à leurs jeunes. Frost avait 12 points à ses 16 premiers matchs dans la Ligue américaine.

Les Blues ont trouvé leur compte dans la transaction. Même si Schenn n’a pas été très productif en séries éliminatoires avec 12 points en 26 matchs, il a permis à St. Louis de bénéficier d’une profondeur essentielle au centre. Schenn a obtenu 70 points à sa première saison, 54 l’an dernier et il a 18 points en 21 matchs jusqu’ici après avoir signé une prolongation de contrat de huit ans pour 52 millions l’été dernier. 

PHOTO CHARLES KRUPA, ASSOCIATED PRESS

Brayden Schenn

Chez les Flyers, la patience commence enfin à rapporter, même si le DG Ron Hextall n’y est plus pour profiter des fruits de son échange à long terme.

Il faut évidemment faire les bons choix au repêchage pour jouir au maximum d’une telle transaction. Dans les deux cas, les Flyers semblent avoir frappé pour ,500 puisqu’ils avaient deux choix de première ronde dans chacun de ces deux repêchages. Ils seraient sans doute intouchables aujourd’hui s’ils avaient été parfaits. 

Ils détenaient en 2017 le deuxième choix au total. Après Nico Hischier, repêché par les Devils du New Jersey, ils ont opté pour la « saveur du jour », Nolan Patrick, un centre costaud prêt, disait-on, à jouer sur le champ dans la LNH. Patrick, 21 ans, s’est effectivement implanté immédiatement dans la Ligue nationale, avec des résultats modestes toutefois. Les blessures l’ont ralenti et le ralentissent toujours. Le hic ? Cale Makar, Miro Heiskanen et Elias Pettersson étaient toujours disponibles. 

En 2018, Philadelphie repêchait aussi au 19e rang, quatre places après le choix de Farabee. Ils ont opté pour Jay O’Brien, un centre d’une école secondaire au Massachussetts. Après une année désastreuse à Providence, dans la NCAA (cinq points, dont deux buts, en 25 matchs), O’Brien a quitté cette institution pour la BCHL afin de joindre Boston University dans un an. 

O’Brien est encore jeune et a été miné par les blessures, dont une commotion cérébrale l’an dernier. Attendons avant de jeter la serviette dans son cas.

Frost et Farabee seront donc à l’oeuvre ce soir. Ils ne porteront pas les Flyers sur leurs épaules, mais ils ajoutent du talent à la formation d’Alain Vigneault et de son adjoint Michel Therrien et assurent une certaine pérennité à l’équipe. 

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Alexandre Pratt rappelle le chemin parcouru par l'Impact au fil des décennies, de ses matchs à l'intérieur devant une poignée de spectateurs jusqu'à cette gigantesque embauche des derniers jours, celle de Thierry Henry. J'aime bien aussi la dernière portion de son texte. J'espère que l'Impact en prendra bonne note.