Pour Guy Carbonneau, le but du hockey a toujours été d’avoir du plaisir. Il n’a jamais rêvé d’être un jour intronisé au Temple de la renommée du hockey.

Alexis Bélanger-Champagne
La Presse canadienne

C’est toutefois ce qui l’attend lundi prochain, quand il sera immortalisé parmi les légendes de son sport, à Toronto.

« J’ai joué avec le Canadien, il y a plusieurs joueurs qui ont été intronisés et nous disons tous la même chose, a récemment raconté Carbonneau lors d’un entretien avec La Presse canadienne. Tout le monde a rêvé de jouer dans la Ligue nationale, de marquer des buts, de gagner la coupe Stanley. Mais personne n’a rêvé d’être intronisé au Temple de la renommée. C’est quelque chose d’assez spécial, mais personne ne sait comment réagir. »

Carbonneau était avec son épouse dans leurs écuries à prendre soin de leurs chevaux, le 25 juin dernier, quand il a reçu un appel. À l’autre bout, Lanny McDonald et John Davidson lui ont appris la grande nouvelle.

« À chaque année, j’avais un petit pincement au cœur la journée où les élus étaient annoncés, a admis Carbonneau. Mais je ne dis pas que vous arrêtez de vivre. Une fois la journée passée, vous arrêtez d’y penser.

« Il n’y a pas de façon de savoir si vous êtes proches ou loin d’être choisis. Ç’a été une belle surprise. »

Carbonneau sera intronisé en même temps que Sergei Zubov, Vlaclav Nedomansky, Hayley Wickenheiser, ainsi que Jim Rutherford et Jerry York comme bâtisseurs.

L’amour du hockey

Né le 18 mars 1960 à Sept-Îles, Carbonneau a vite développé une affinité pour le hockey.

« Les hivers étaient longs. Dans une ville comme Sept-Îles, vous êtes un peu isolés de beaucoup de choses, a raconté Carbonneau. J’ai toujours eu la chance de vivre dans des quartiers avec beaucoup de jeunes qui aimaient le sport. Nous étions chanceux parce qu’il y avait beaucoup de parents qui faisaient des glaces à l’extérieur. Les écoles avaient aussi des patinoires.

« L’été, c’était le baseball et d’autres sports, mais l’hiver, c’était le hockey. J’avais toujours plus de plaisir à jouer au hockey qu’aux autres sports. »

Carbonneau a vite attiré les regards des recruteurs. Son équipe a gagné un championnat provincial à sa première année au niveau Midget et il attribue ce succès à son passage dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec chez les Saguenéens de Chicoutimi en 1976.

« C’était gros parce que c’était la première fois que je partais de chez moi, a admis Carbonneau. Mais ce n’était pas si pire parce que ce n’était pas comme si j’étais parti à 15 ans pour l’Ouest canadien ou les États-Unis. C’était Chicoutimi, ce qui se faisait bien en auto. La transition s’est bien faite.

« Le fait d’être en groupe, d’être avec un paquet de gars qui voulaient juste jouer au hockey, c’est tout ce dont j’avais besoin. »

Carbonneau a ensuite été repêché par le Canadien en troisième ronde, 44e au total, en 1979, au terme d’une saison au cours de laquelle il a récolté 141 points en 72 parties avec les Saguenéens. Il a fait encore mieux la saison suivante avec 182 points en 72 rencontres.

La décision de Lemaire, l’influence de Gainey

Après deux saisons avec le club-école des Voyageurs de la Nouvelle-Écosse, Carbonneau a fait sa place chez le Canadien en 1982-83. Vers la fin de la saison suivante, l’entraîneur Bob Berry est remplacé par Jacques Lemaire.

Si le séjour de Lemaire à la barre du Canadien a été de courte durée, devenant adjoint au directeur général au terme de la saison 1984-85, il a tout de même pris une décision qui a défini le reste de la carrière de Carbonneau.

« Sa vision d’une équipe de hockey, c’était d’avoir un trio capable de bien jouer contre les meilleurs trios adverses, a noté Carbonneau. Nous avions un trio capable de bien jouer défensivement, deux trios offensifs et un trio capable de frapper et de se battre. C’était comme ça que l’on bâtissait une équipe à l’époque. »

Carbonneau est vite devenu le dauphin de Bob Gainey, le prototype parfait du joueur de centre défensif.

Gainey a remporté le trophée Selke lors des quatre premières saisons après sa création pour honorer l’attaquant défensif par excellence du circuit. Carbonneau l’a éventuellement remporté à trois reprises, en 1988, 1989 et 1992.

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Guy Carbonneau avec le Canadien en 1991.

« Dans le hockey junior et dans la Ligue américaine, j’étais plus productif offensivement, mais j’ai toujours voulu être le joueur le plus complet possible, a mentionné Carbonneau.

« Le fait d’avoir commencé ma carrière avec le Canadien et de côtoyer un gars comme Bob Gainey, qui est la raison pour laquelle le trophée Selke a été créé, c’était naturel pour moi de suivre dans sa lignée. Si j’avais commencé ma carrière ailleurs, quelque part où il n’y avait pas de joueurs comme lui, est-ce que je serais devenu ce genre de joueurs là ? Je ne le sais pas », a ajouté Carbonneau.

Les hauts et les bas de la LNH

Au cours de sa carrière de 18 saisons dans la LNH, Carbonneau a accumulé 260 buts et 403 aides en 1318 matchs. Il a aidé le Canadien à remporter la Coupe Stanley en 1986 et en 1993, la deuxième fois en tant que capitaine. Il a aussi remporter les grands honneurs en 1999, avec les Stars de Dallas.

« Pour un kid du Québec, c’était extraordinaire d’être repêché par le Canadien dans ce temps-là aussi, a dit Carbonneau. Mais le but ultime, c’est de gagner la Coupe Stanley. Les trois coupes Stanley ont des places importantes dans le cheminement de ma carrière. Surtout la première.

PHOTO DENIS COURVILLE, ARCHIVES LA PRESSE

Guy Carbonneau et Kirk Muller dans le vestiaire du Canadien suite à leur conquête de la Coupe Stanley en 1993.

« Dans les secondes et les minutes quand le match est terminé, les souvenirs reviennent. Vous pensez à quand vous étiez jeunes et que vous rêviez de gagner la Coupe Stanley. Nous surmontons tous des obstacles, des blessures. Il y a ceux qui n’ont pas cru en vous. Tout ça vous revient et vous vous dites : "Enfin ! Tout le travail a fini par payer". »

Il a reconnu que son départ du Canadien, quand il a été échangé aux Blues de St. Louis en retour de Jim Montgomery le 19 août 1994, avait été difficile. Cette transaction a eu lieu quelques mois après qu’il eut servi un doigt d’honneur à un photographe d’un quotidien montréalais sur un terrain de golf.

Carbonneau a toutefois noté qu’avec le recul, il réalise que cela lui a permis de vivre de belles expériences, comme son triomphe en finale de la Coupe Stanley avec les Stars.

Les dernières saisons ont toutefois été plus éprouvantes.

« Lors des quatre, cinq, six dernières années, je n’étais pas toujours au sommet de ma forme, a reconnu Carbonneau. C’est certain que vous commencez parfois à douter. Est-ce que je suis trop vieux ? Est-ce que je suis encore assez bon ? »

Carbonneau a finalement accroché ses patins à l’âge de 40 ans, après une défaite en finale face aux Devils du New Jersey en juin 2000.