Brendan Gallagher ne manque pas de courage. C’est vrai quand il fonce au filet au risque de recevoir un coup de Sher-Wood dans le dos. C’est aussi vrai quand il se jette devant une rondelle pour bloquer un tir.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

On l’a tous constaté mardi, quand il s’est agenouillé devant un tir de Torey Krug. Tir qu’il a bloqué avec la main qu’il s’était déjà fracturée deux fois et dans laquelle on a inséré une plaque métallique…

« On a une machine à rayons X dans le vestiaire. J’ai passé une radiographie. Je me souvenais que la dernière fois, j’avais mal dès que ma main bougeait. Assez vite, j’ai compris que ma réaction avait peut-être été un peu exagérée ! » nous expliquait Gallagher, après l’entraînement de mercredi.

« C’était la première fois que j’étais atteint sur ma plaque. J’ai reçu des coups de bâton sur la main, des mises en échec, mais jamais une rondelle. La sensation était différente. C’est dur à décrire, donc j’avais un peu peur. Mais une minute plus tard, je savais que j’étais correct. »

Au bout du fil, Don Hay n’avait pas encore vu la séquence. Lui, c’était l’entraîneur-chef de Gallagher pendant les quatre saisons que le petit numéro 11 a passées chez les Giants de Vancouver, dans les rangs juniors.

Hay, aujourd’hui adjoint chez les Winterhawks de Portland, clique sur le lien de la vidéo qu’on lui envoie.

Sa main est devant son ventre. C’est ça, le problème. Tu ne veux pas que tes mains soient devant la rondelle. Mais c’est plus facile à dire qu’à faire ! Dans le feu de l’action, tu veux simplement bloquer la rondelle.

Don Hay, ancien entraîneur de Brendan Gallagher au niveau junior

C’est Gallagher qui nous a mis la puce à l’oreille. On parlait de jeu défensif avec lui, et il s’est remémoré ses années juniors. « À 16 ans, si je voulais être dans la formation, je devais écouler les punitions, bloquer des tirs, être solide défensivement, car je jouais au sein des troisième ou quatrième trios », racontait le petit numéro 11.

Un collègue lui demande alors si c’est ainsi qu’il est devenu bon pour bloquer des tirs. Réponse de Gallagher : « On dirait bien que non ! » Un peu d’autodérision, car pour ceux qui l’auraient oublié, c’est sur un jeu à peu près identique qu’il avait subi la première de ses deux fractures à la main gauche, en 2015.

Gallagher ne manque pourtant pas de savoir. Pendant ses années avec les Giants, une ou deux fois par semaine, les joueurs étaient conviés à des exercices pour bloquer des tirs.

« On utilisait des rondelles en mousse, raconte Hay. Ce n’était pas seulement pour les joueurs du désavantage numérique. Tout le monde devait apprendre à bloquer des tirs. On enseignait la bonne technique. Et ce n’était pas avec les mains !

« Brendan a été très malchanceux avec ses fractures. Mais ça montre combien il est courageux. Même si ça lui fait mal, il revient pour en bloquer plus. »

Gallagher a conclu son match de mardi avec cinq tirs bloqués, un sommet chez les attaquants de l’équipe. Depuis le début de la saison, il en a bloqué 13, ce qui lui vaut le 2e rang parmi les attaquants montréalais, derrière Nate Thompson (19).

Responsabilités défensives

On parle souvent des exploits offensifs de Gallagher, devenu un marqueur de 30 buts en bonne et due forme dans la LNH. Mais à titre d’ailier droit attitré de Phillip Danault, les gros mandats défensifs tombent aussi dans sa cour.

Mardi, Gallagher a joué 15 minutes à cinq contre cinq ; pendant 11 de ces 15 minutes, il était opposé au trio de Patrice Bergeron, Brad Marchand et David Pastrnak, peut-être le meilleur de la LNH en cette jeune saison.

Le Britanno-Colombien héritait aussi de ces responsabilités lorsqu’il jouait avec Tomas Plekanec. Ce n’est donc rien de nouveau pour lui, et selon Hay, il a toutes les qualités pour surveiller les meilleurs éléments adverses.

« Il a toujours été très responsable défensivement avec nous à Vancouver, se souvient Hay. Je pouvais l’employer dans toutes les situations, je savais qu’il serait fier de jouer ce rôle. Il ne triche pas. Il a toujours voulu être un des meilleurs joueurs aux deux extrémités. Je pouvais l’employer dans la dernière minute de jeu avec une avance à protéger. Dès son arrivée, il était assez dévoué, il ne prenait pas de raccourci. Ça se voyait qu’il avait été bien coaché. »

« Ça m’a forcé à apprendre de nouvelles choses afin d’avoir ma place dans la formation, et c’est probablement ce que j’ai le plus apprécié de mes premières années dans le junior, ajoute Gallagher. J’ai appris cet aspect du jeu, et ça s’ajoutait à mon aspect offensif. »

Curieusement, Gallagher n’a jamais été employé en désavantage numérique depuis son arrivée dans la LNH. À Vancouver, Hay le trouvait pourtant bon dans cette situation.

« Il est compétitif, courageux et intelligent. Il savait où se positionner, où étaient les lignes de passe et les lignes de tir. Même quand je l’ai dirigé au Championnat du monde junior, je l’utilisais dans cette situation. Les bons joueurs en désavantage doivent avoir un bon sens du hockey, bien lire le jeu et savoir où se positionner. »

On peut émettre l’hypothèse que Gallagher est exempté de ces responsabilités en raison du haut niveau d’énergie requis pour chacune de ses présences. À le voir aller, on l’imagine mal jouer 20 minutes par match la pédale au plancher. Sa moyenne d’utilisation par match dans une saison a toujours été sous les 17 minutes, et elle est tout près de cette cible, cette saison (16 min 58 s).

« Il est très efficace durant les minutes qu’il joue », observe Don Hay.

Qui sait si le désavantage numérique ne s’ajoutera pas à sa description de tâches dans les prochaines années ? Mais pour ce faire, il devra peaufiner sa technique pour bloquer des tirs !