À quelques minutes d’entrer en ondes pour leur première, Bruno Gervais est calme et concentré, Maxime Talbot répète plus nerveusement son texte. Tout d’un coup, les deux complices s’enlacent pour recréer la fameuse scène du film Titanic. Avec en prime le dialogue (approximatif) de Jack et Rose.

Jean-François Tremblay Jean-François Tremblay
La Presse

Pour détendre l’atmosphère. Pour mieux vivre le moment.

Gervais et Talbot ont déjà tellement de chapitres à leur relation. C’était leur manière bien à eux d’écrire le prochain, Max et Bruno, une émission en direct d’une heure par semaine. Les ex-joueurs devenus analystes avaient l’idée d’une émission balado, le projet a fait boule de neige.

Si bien que tous les mardis à 16 h, à RDS, ils analyseront l’actualité de la LNH en la saupoudrant d’anecdotes personnelles. Comme ce rappel inespéré de Talbot alors qu’il fêtait dans un avant-match de football… avec Gervais. Ou cette blessure à un genou qui a forcé Gervais à envisager la retraite à 23 ans, et dont il s’est relevé grâce au soutien de Talbot. Le moment émotif leur inspirera une accolade en ondes.

« Il raconte cette histoire, mais c’était juste naturel, assure Talbot. On vivait ensemble dans le Vieux-Port. C’était organique. J’ai de l’énergie. Je disais : “Let’s go, on fait ça. J’essayais de le sortir.” Quand ça va moins bien, tu t’isoles. J’étais juste moi-même. »

Le moment fort de cette première est venu de Marc-André Fleury, superbement détendu devant les questions de Talbot, avec qui il a gagné la Coupe Stanley. Fleury a commencé son intervention en commentant la largeur de ses propres dents sur Skype, avant de se moquer de Talbot, qui cherchait dans ses notes l’âge de son fils. On aurait pris plus long de cette entrevue à contre-courant.

Bien avant d’être Max et Bruno, Talbot et Gervais sont devenus amis sur les patinoires, à 10 ans.

« Je me souviens du bantam AA première année, on avait 14 ans, raconte Gervais. Une fin de semaine, il venait coucher chez nous, l’autre fin de semaine, j’allais coucher chez lui. Tu arrives à un âge où tu vis tes premières. »

Talbot l’interrompt : « Il m’a présenté ma première blonde. »

Gervais complète : « La première fois qu’on a eu du plaisir avec des breuvages d’adultes. Je repense à mes premières et ce qui me marque, c’est qu’on les a toujours vécues ensemble. Sa face était tout le temps là, quelque part. »

Une vie de complicité

Ils ont grandi ensemble, joué au hockey mineur ensemble, joué brièvement dans la LNH avec les Flyers de Philadelphie ensemble. Ils ont vécu ensemble six ans dans le Vieux-Port. L’un faisait la popote, l’autre la vaisselle. Talbot jure même que c’était Gervais le plus sorteux des deux, ce qu’on imagine mal.

L’un était garçon d’honneur au mariage de l’autre. Gervais replonge avec bonheur dans le moment : « Tu m’avais dit : “J’ai un char qui attend en avant, qui peut nous amener à l’aéroport. Es-tu sûr ?” »

Ils ont lancé ensemble une fondation qui a récolté presque 1 million de dollars depuis sa naissance. Ils ont créé la Tournée des joueurs, projet de fous durant le lock-out qui transportait la LNH aux quatre coins du Québec. Une idée élaborée entre deux bières sur une terrasse de Griffintown.

« C’était un gros projet et on s’est dit que si on en faisait un comme ça pour nous, une business, on aurait du succès, dit Talbot. On était “in synch”. J’habitais chez lui avec ma blonde Cynthia, on se levait à 7 h, on s’entraînait, et toute la journée était dédiée à ça. On ne parlait que de ça. »

Il y a plein de moments marquants. Quand je suis revenu pour les funérailles de ma grand-mère, il était là. Quand je m’étais couché chez le voisin à 14 ans et que la police était venue me chercher parce qu’ils pensaient que j’étais disparu, il était là.

Bruno Gervais

« Ou quand tu m’as demandé d’être parrain pour Gab, on était à Philly, dit Talbot. On a trois enfants chacun, du même âge, un gars, deux filles. On ne sait pas lequel est à qui. »

L’aide de RDS

Quand Gervais a pris sa retraite sportive, la puissante baisse d’adrénaline dans son quotidien l’a rendu souvent impatient, à bout de nerfs pour presque rien. Il n’était plus lui-même, sans qu’il ne sache vraiment pourquoi. Gervais a trouvé écoute auprès de Talbot, compréhension auprès de sa femme Mélanie, et un second souffle à RDS, où on l’a accueilli à bras ouverts malgré son inexpérience.

« J’avais l’image de moi au milieu de l’océan qui nage comme un malade, mais je ne vois rien autour. Je ne sais pas dans quelle direction aller. Il y a plein de choses [du hockey] que tu retrouves à RDS, la camaraderie, l’éthique de travail, la préparation, les objectifs. Tu as des highs, et on vient d’en vivre tout un. »

Logiquement, c’est donc vers lui que Talbot s’est tourné dans sa dernière saison en Russie, quand la fin approchait. Son ami lui expliquait ce qu’il allait vivre, quelles émotions se bousculeraient. Peut-être pour mieux éviter le vide, Talbot s’est lancé tête baissée dans les projets. Il y a eu la représentation de joueurs, avec CAA, puis les médias, avec RDS.

Si bien que les deux amis ont entrepris mardi dernier ce qu’ils jugent comme le moment le plus intense de leur relation. Le jour un d’un projet qu’ils ont mis au monde et qu’ils veulent faire grandir. Et ils ont trouvé en l’un et l’autre le parfait complice pour le faire.

Avant de partir : « Maxime, parle-moi de Bruno. »

« Il aime les marches sur la plage [rires]. Pour moi, il est une inspiration. C’est mon autre côté. C’est un gars réfléchi, sérieux, il veut toujours bien faire. Il est bien organisé et ça m’aide beaucoup. Il est parfois trop parfait, il te fait mal paraître. Bruno ressemble à ma femme Cynthia. Je l’avais dit à son mariage. »

« Et Bruno, parle-moi de Maxime. »

« Maxime a aussi beaucoup de points en commun avec ma femme. On recherche quelqu’un qui vient te compléter. Qui va t’amener ailleurs. Max l’a toujours fait. Il a ce côté fonceur, pas irréfléchi, mais qui n’a pas peur. Il trouve toujours une façon de réussir. »