(MADISON, Wisconsin) C’était un de ces jeux qui ont circulé abondamment sur les réseaux sociaux pendant le camp d’entraînement.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

On y voit Nathan Gerbe, des Blue Jackets de Columbus, se démener avec énergie afin de gagner la possession de la rondelle en zone neutre contre Casey Mittelstadt, des Sabres de Buffalo, avant de marquer un but.

Si la séquence a tant été vue, c’est parce qu’elle met en vedette le plus petit patineur de l’histoire de la Ligue nationale de hockey. À 5 pi 4 po, Gerbe a atteint les grandes ligues grâce à sa fougue, et ce jeu contre un adversaire de 6 pi 1 po et 202 lb l’illustre à merveille. Même s’il n’a pas disputé de match de saison dans la LNH depuis le 24 février 2018, il compte tout de même 396 rencontres à son actif.

Sean Dhooghe fait partie de ceux qui ont apprécié la séquence. Rassurez-vous si son nom vous est inconnu : on parle ici d’un attaquant de 20 ans, jamais repêché, qui entreprend sa troisième saison à l’Université du Wisconsin. Mais vous devriez retenir son nom. Juste au cas où.

C’est que Dhooghe mesure 5 pi 3 po. Et grâce à un mélange de talent et de détermination, il a participé l’été dernier à son troisième camp de développement de la LNH. Après ceux de San Jose en 2017 et de Columbus l’an passé, il était en Arizona il y a trois mois.

« Je veux vraiment repousser les limites de ce qui est considéré comme acceptable comme grandeur dans la LNH, affirme Dhooghe, rencontré après un entraînement des Badgers il y a deux semaines.

« Gerbe a toujours été mon idole. Quand je vois des jeux comme celui qu’il a fait, ça me rassure. Je vois qu’il continue à se battre pour un poste. Ce serait tout un honneur de jouer contre lui un jour. »

« C’est ma réalité »

On se sent presque mal d’aborder la question de la taille avec Dhooghe, car il est évident que le sujet revient à chacune de ses entrevues.

« Ça ne me dérange pas, c’est ma réalité, répond le jeune homme en souriant. Mais ça ne devrait pas importer au bout du compte. Ce qui devrait compter, c’est ce que je fais pour aider mon équipe, pas ma taille ou mon poids. »

J’ai toujours été le plus petit sur la patinoire. Depuis que j’ai 8 ans, je suis clairement plus petit que les autres. Et je m’y suis adapté. J’ai trouvé des façons de jouer impossibles pour les autres, car ils sont trop gros.

Sean Dhooghe

Ça ne devrait pas importer, mais il semble que ça importe. Dhooghe était admissible au repêchage en 2017. Cette année-là, comme tous les meilleurs joueurs nés en 1999, il est sélectionné pour le Championnat du monde des moins de 18 ans. Au bout des sept matchs, il termine au 1er rang des pointeurs de l’équipe américaine avec neuf points. Il devance notamment Ryan Poehling et Josh Norris, qui seront repêchés au 1er tour deux mois plus tard.

Dhooghe se rend bel et bien à Chicago pour assister au repêchage. Mais il passe finalement la fin de semaine à féliciter ses amis qui sont réclamés. En plus de Poehling et de Norris, neuf autres membres de l’équipe américaine des U18 sont choisis. « J’étais content de les voir se faire repêcher, explique-t-il.

« Mais mes parents m’ont toujours dit que la vie est injuste et que tu dois tirer le maximum de ce que tu as. Ça ne me décourage aucunement. Au bout du compte, le hockey est un sport juste. Je n’ai peut-être pas de résultats dès maintenant, mais j’en aurai un jour. »

Un rôle important

La saison dernière, Dhooghe a inscrit 15 buts et 11 mentions d’aide pour 26 points en 37 matchs. « C’est très bon pour un joueur de deuxième année », souligne son entraîneur-chef, Tony Granato.

Cette saison, il tentera de bonifier cette production, tout en assumant les tâches d’adjoint au capitaine.

Heureux hasard : parmi ses nouveaux coéquipiers, il y a Cole Caufield, choix de 1er tour du Canadien en 2019. Caufield a lui aussi été victime, selon plusieurs, de sa petite taille de 5 pi 7 po. Mais son « injustice » s’est simplement traduite par une chute au 15e rang au repêchage.

« Je sais que ça fait seulement deux ans, mais à voir comment le hockey évolue, je pense que les choses se seraient passées différemment si Sean avait été admissible au repêchage une première fois cette année », estime Caufield.

Chacun a son propre chemin et si c’est son destin de se rendre en LNH, je suis sûr qu’il y parviendra.

Cole Caufield à propos de son coéquipier Sean Dhooghe

Dhooghe a un autre partisan dans son coin en Granato. Avant de devenir entraîneur, Granato a en effet disputé 774 matchs, connaissant une fructueuse carrière malgré ses 5 pi 9 po.

« Il est encore plus petit, donc son défi est plus grand. Il y a toute une différence entre 5 pi 3 po et 5 pi 9 po, rappelle Granato. Mais je sens qu’il joue avec la même mentalité que moi. Il n’a peur de rien et il marque ses buts autour du filet. Il devra finir ses quatre ans ici, et espérer tomber dans la bonne organisation ensuite.

« Il y a toujours de la place pour des joueurs que les entraîneurs voient comme des inspirations. Et il a le talent pour aller avec sa ténacité. Il aura sa chance chez les professionnels. Le hockey change et les portes s’ouvrent pour les plus petits joueurs. Il finira par jouer dans la LNH, même si ce ne sera pas immédiatement. »

Si le hockey professionnel ne lui sourit pas, Dhooghe aimerait devenir avocat ou agent du FBI, grâce aux études en droit qu’il mène. Le jeune homme n’a pas seulement de l’ambition sur la patinoire.