On a beaucoup insisté sur les jeunes depuis le début du camp du Canadien de Montréal. Avec raison, d’ailleurs. La plupart du temps, ce sont eux qui ont tiré le train à la place des vétérans. Les Ryan Poehling et Cale Fleury ont attiré les projecteurs.

Jean-François Tremblay Jean-François Tremblay
La Presse

Au point que Claude Julien n’a pu s’empêcher hier matin d’y aller d’une réponse toute simple, mais évocatrice, quand on lui a demandé ce qu’il attendait de ses vétérans.

« Une amélioration. »

Dans le vestiaire, ces vétérans ont juré qu’ils n’avaient jamais entendu ce commentaire de leur entraîneur. On va les croire sur parole. N’empêche que dans la victoire de 5-4 en tirs de barrage contre les Panthers de la Floride, ils ont joué le rôle qu’on attendait d’eux.

« On voulait connaître un bon match, a simplement dit Brendan Gallagher. Ces matchs servent à quelque chose, et on a apporté notre contribution. »

Gallagher a marqué deux buts, chaque fois sur une passe d’Artturi Lehkonen, chaque fois en fonçant au filet. Une chimie instantanée pour les deux attaquants, amis proches dans la vraie vie, mais probablement condamnés à ne jamais jouer ensemble.

C’était facile. On pense de la même manière, pour trouver les petits endroits, pour amener la rondelle au filet. J’aime jouer avec lui, il est facile à comprendre. On ne s’attend pas à jouer ensemble, mais on a eu du plaisir ce soir.

Brendan Gallagher, à propos d’Artturi Lehkonen 

« Brendan joue d’une seule manière, a convenu Julien. Chaque trio qui peut compter sur lui va en profiter. Pour son niveau de compétition, mais aussi son tir rapide. La rondelle était partie avant qu’on s’en rende compte. »

Puis, ajoute-t-il en riant : 

« J’aimerais avoir quatre ailiers droits comme lui, ça réglerait mes problèmes. »

Dynamique d’équipe

Il n’y a pas eu que Gallagher. Il y a eu Jordan Weal, en cinquième vitesse toute la soirée. Il y a eu Paul Byron, inspiré avant de se blesser. Victor Mete et Shea Weber ont cliqué. Le puissant défenseur a presque défiguré le gardien des Panthers Samuel Montembeault avec ses tirs. Mete a distribué la rondelle avec précision. Brett Kulak était de toutes les actions, avec sept tirs en direction du filet adverse.

Et dans cette vraie dynamique d’équipe, les jeunes ont encore impressionné. Ils n’avaient pas le choix. Nick Suzuki n’allait certainement pas lever le pied en regardant Brendan Gallagher, de sept ans son aîné et qui n’a plus rien à prouver, jouer comme si c’était un match de séries.

Parce que Suzuki, oui, a répondu du tac au tac à la sublime soirée de Ryan Poehling.

« Je veux que l’on soit dans l’équipe tous les deux, a bien sûr dit Suzuki. C’est un bon ami depuis mon arrivée avec le Canadien. Je ne veux pas nécessairement jouer mieux que lui, mais c’est bien d’aller chercher des points. »

Suzuki a obtenu deux aides, a terminé la soirée à + 3, a marqué en tirs de barrage. Sa première aide était bien involontaire, il a profité des largesses de Montembeault sur un tir faible de Weal. Sa deuxième aide correspondait à ce qu’on attend de lui : une remise parfaite vers Kulak en pleine accélération vers le filet.

Mais Suzuki, c’était plus que ça. Chaque fois qu’il était sur la glace, quelque chose se passait. Une petite passe par ci, une autre par là, une lutte gagnée dans le coin, un mouvement de bâton, des mains de velours. La confiance en soi aussi, cette fameuse confiance qui fait ou défait un joueur. Cette confiance, il l’a, aucun doute. C’est d’ailleurs invariablement le premier qualificatif que Claude Julien utilise quand il parle du jeune homme.

On l’a vu quand, sans option, à 10 secondes de la fin de la prolongation, Suzuki a choisi de déjouer son couvreur. Et il l’a fait superbement. Une action intéressante, sortie de nulle part. Et qu’il s’est permise seulement parce qu’il se sentait en pleine maîtrise.

J’ai toujours joué comme ça, encore ébahi par sa soirée et les cris de la foule. Je suis confiant en moi, je sais ce que je peux faire. J’ai eu l’occasion et le temps de glace pour montrer que je peux jouer dans la LNH.

Nick Suzuki

Josh Brook aussi jouait dans un autre registre. Il était mieux positionné, plus calme avec la rondelle. Il a gagné des points quand il a accepté une rude mise en échec pour mener au premier but de Gallagher. Le genre de sacrifices qui plaît aux entraîneurs.

Suzuki a répondu à Poehling. Brook a répondu à Fleury. Les vétérans ont répondu au défi de l’entraîneur. Tout ça, évidemment, pour la réponse la plus prévisible de la journée de Claude Julien.

« Je ne suis pas certain que Suzuki brouille vraiment les cartes. En fin de compte, on avait gardé ça ouvert. C’est assez évident que ces gars-là cognent à la porte et risquent de nous faire prendre des décisions difficiles vers la fin du camp. »

Ils ont dit

C’est certain que Nick [Suzuki] a exécuté une belle feinte lors de son tir de barrage, mais allez lui demander s’il a fait ça exprès […] Mais on voit bien que c’est un bon joueur. Il a confiance en ses moyens.

Brendan Gallagher

Depuis que Marc Bergevin est ici, les jeunes ont la chance de prendre leur place dans la formation. Si tu le mérites, ils vont te trouver une place. C’est encore tôt, mais [les jeunes] vont rendre les décisions difficiles.

Brendan Gallagher

J’ai seulement essayé de jouer mon style de jeu sans essayer de trop en faire. Je voulais garder les choses simples. Les gars de notre trio, les trois ensemble, je trouve qu’on a bien joué. Je n’étais pas trop nerveux avant de commencer le match, je me sentais bien.

Alex Belzile

Il y a le deuxième but que j’aimerais revoir […] et sur leur premier but, mon patin s’est accroché dans un défaut dans la glace. Je n’ai pas été en mesure d’effectuer ma poussée comme je le peux normalement. Mais ça arrive parfois et je ne vais pas me mettre à m’inquiéter pour ça.

Carey Price

J’ai l’impression d’être en audition, et je ne suis pas le seul dans cette position. Mais je trouve que ça se passe bien pour moi depuis le début du camp, et je suis en train de développer une forme de complicité avec Josh Brook.

Brett Kulak

Il joue comme un vétéran. Il a, quoi, 20 ans ? On dirait que c’est un pro depuis quatre ans. C’est un bon signe pour un jeune. Il fait les petites choses correctement.

Jordan Weal sur Nick Suzuki

Il le méritait. Il n’avait pas l’air fatigué, on l’a laissé dormir ce matin. Les seules personnes fatiguées étaient les entraîneurs. Il était excité de jouer à Montréal et il a bien fait.

Claude Julien sur Alex Belzile, qui disputait son deuxième match en deux soirs

— Propos recueillis par Jean-François Tremblay, La Presse

Dans le détail

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

Montembault en bonne position

Samuel Montembeault avait déjà disputé un match au Centre Bell la saison dernière (il était venu en relève) et hier soir, il y amorçait le premier match de sa carrière, même si on ne parle pas ici d’un « vrai » match. Disons-le, la soirée du jeune gardien québécois a assez mal commencé, avec un très mauvais but, dans un angle très serré, accordé à Jordan Weal. L’ancien de l’Armada de Blainville-Boisbriand s’est ensuite ressaisi, et il a fait bien meilleure figure. En tout, Montembeault a accordé 4 buts sur un déluge de 46 tirs, tirs de barrage non compris. Peu importe, à moins d’un désastre, le choix de troisième tour des Panthers au repêchage de 2015 devrait pouvoir obtenir le poste de deuxième gardien derrière le partant Sergei Bobrovsky. « Le poste de deuxième gardien est disponible, les coachs nous l’ont déjà dit, et c’est à moi de faire mes preuves, avait-il expliqué plus tôt en journée. Il y a une place qui est disponible, mais personne ne va me donner rien, c’est à moi de m’arranger pour l’obtenir. »

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Samuel Montembeault, gardien des Panthers de la Floride

Bonne soirée pour Suzuki

C’est de Ryan Poehling qu’il avait été question, et pour cause, lors du match précédent. Mais hier soir, celui qui s’est fait remarquer parmi les jeunes se nomme Nick Suzuki. C’est que l’ancien premier choix a été très impressionnant, entre autres avec deux aides et une fiche de + 3 en 10 min 34 s de jeu lors des deux premières périodes, et il a été le deuxième attaquant le plus employé (18 min 48 s de temps de jeu). Il a de plus fini sa soirée avec un superbe but lors des tirs de barrage, où il a fait la démonstration de l’agilité de ses mains. « J’ai l’impression de m’améliorer de match en match, a fait valoir le jeune homme au terme de la rencontre. Je pense que ce match-ci a été pour moi un autre pas en avant. » Quant à nous, on peut penser que s’il continue comme ça, Nick Suzuki devrait avoir une place dans le vestiaire de l’équipe en octobre.

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Nick Suzuki

Byron blessé

Paul Byron n’a pas été en mesure de terminer la rencontre, lui qui a dû s’absenter à la suite d’une collision avec le défenseur des Panthers, Josh Brown, lors de la deuxième période. Byron n’a pas été en mesure de se présenter avec le reste de l’équipe lors de la troisième période, et le Canadien a alors annoncé que sa soirée de travail était terminée sans préciser la nature exacte de la blessure, comme le veut la tradition du CH. Reste à voir si c’est sérieux ou pas… Après la rencontre, l’entraîneur du Canadien, Claude Julien, n’a pas voulu donner bien des détails sur la question. « Il a été retiré du match par précaution en premier, on ne voulait pas qu’il revienne dans le match, mais il va falloir attendre encore un peu pour en savoir plus, on va en savoir plus [aujourd’hui] », s’est borné à dire le coach.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Paul Byron