Ce soir-là, en septembre 2005, la performance de Kyle Chipchura lors du premier match des recrues du Canadien à Kanata avait ravi les hommes de hockey du Tricolore. 

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Le premier choix du Canadien en 2004 n’avait pas obtenu de point, mais son ardeur au travail et sa fiabilité en défense avaient fait la différence dans cette victoire de 4-3 aux dépens des espoirs des Panthers de la Floride. 

Malgré ses 19 ans, Chipchura avait hérité du rôle de capitaine de cette jeune équipe dirigée par l’entraîneur-adjoint du Canadien, Rick Green. «Il a été le meilleur joueur sur la glace ce soir, avait affirmé après le match le directeur du développement des joueurs du Canadien, Trevor Timmins. Il a été brillant dans les deux sens de la patinoire. Il a réussi une foule de petits jeux efficaces que le commun des mortels ne voit pas toujours.»

Le Canadien était alors dirigé par… Claude Julien. L’équipe vivait une phase intéressante. Avant l’année marquée par le lock-out, le CH avait surpris les Bruins en première ronde. 

Mike Ribeiro avait connu la meilleure saison de sa jeune carrière avec 65 points. Saku Koivu jouait avec son efficacité coutumière, mais les fans en voulaient plus. 

Chipchura possédait un atout supplémentaire, le gabarit, à 6 pieds 2 pouces et 210 livres. Plusieurs le comparaient à Trevor Linden, l’ancien capitaine des Canucks de Vancouver. On voyait en lui le gros centre attendu depuis des décennies. 

L’autre point de mire de ce camp, Guillaume Latendresse, devait combler une autre lacune chez le Canadien. Un seul joueur avait réussi à marquer au moins 30 buts depuis 1998, Richard Zednik, en 2003. Latendresse, choix de deuxième ronde en 2005, 10e sur la liste du Canadien, constituait un attaquant de puissance rempli de promesses. L’équipe ne comptait pas beaucoup d’ailiers de plus de 6 pieds, encore moins de 6 pieds 2 pouces et 230 livres comme Latendresse!

On ne doutait alors point de leurs chances de réussir. Sergei Kostitsyn, malgré son rang lointain de sélection, suscitait lui aussi de l’espoir après un tournoi intéressant et une première saison de 78 points en 63 matchs dans les rangs juniors à London. 

Les trois ont joué quelques centaines de matchs dans la Ligue nationale, mais aucun n’est devenu un joueur d’impact chez le Canadien, pour une foule de raisons. 

Chipchura n’était pas le plus rapide patineur. Les nouveaux règlements adoptés à la suite du lock-out ne l’ont pas favorisé. Il fallait se méfier aussi d’un joueur incapable de produire à un rythme de plus d’un point par match à sa dernière année chez les juniors, à Prince Albert. Une vilaine blessure au tendon d’Achille n’a pas aidé non plus. 

Après trois années dans ses valises entre Montréal et Hamilton, Chipchura était échangé aux Ducks d’Anaheim en 2009 pour un choix de quatrième ronde. Il s’est maintenu sept ans dans la LNH par la suite, mais n’a jamais connu une saison de plus de 20 points.

Latendresse a été mal utilisé par le CH. Ses qualités de marqueur ne faisaient pas de doute, il avait marqué 43 buts en 51 matchs à sa dernière année junior à Drummondville, mais on l’excluait des supériorités numériques et on lui demandait de défoncer les bandes. Il a néanmoins réussi à marquer 16 buts à ses deux premières années, et 14 en 56 matchs à sa troisième saison, un rythme de 20 buts sur une saison complète. 

Il a finalement été échangé par Bob Gainey à sa quatrième saison en retour de Benoit Pouliot. Son arrivée au Minnesota a eu des effets bénéfiques sur lui. Il a compté 25 buts en 55 matchs là-bas. Mais déjà, les effets des commotions cérébrales commençaient à faire des ravages. Il n’a plus jamais disputé plus de 27 matchs en une saison et annonçait sa retraite quelques années plus tard. 

Kostitsyn s’est imposé au sein de trios offensifs très rapidement, il a même obtenu huit points en douze matchs à ses premières séries éliminatoires, mais les joies de la vie nocturne montréalaise ont gâché une belle carrière. On l’a chassé à Nashville quatre ans plus tard pour des joueurs des ligues mineures. 

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Sergei Kostitsyn

Les absents à ce camp 2005, eux, ont percé. Mark Streit et Alexei Emelin, retenus en Europe ce printemps-là, sont devenus des défenseurs importants pour le Canadien. Ne pas retenir Streit après une saison de 62 points demeure toujours un mystère, mais il a connu une superbe carrière par la suite à Long Island.

Jaroslav Halak et Carey Price se partageaient la tâche devant le filet. On en faisait moins de cas avec la présence de José Théodore à Montréal. On connaît la suite… 

Quatorze ans plus tard s’amorce un autre tournoi des recrues. Cette cuvée semble nettement plus prometteuse, mais l’exercice ci-haut démontre qu’il n’y a pas de garanties dans le monde du sport. 

Par contre, les chiffres parlent. En un seul match dans la LNH, Ryan Poehling a un but de moins que Chipchura en 68 rencontres avec le Canadien. Il a aussi remporté le titre de joueur par excellence au Championnat mondial junior. Nick Suzuki a constitué le meilleur joueur junior ce printemps avec 42 points en 24 matchs éliminatoires. Il a été à l’origine de trois remontées spectaculaires lors des trois dernières rondes des séries.

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Nick Suzuki

En défense, Josh Brook a produit à un rythme jamais égalé ni par Nathan Beaulieu ou même Mikhail Sergachev. Seul P.K. Subban, dans des années récentes, a atteint la marque des 75 points dans les rangs juniors. Il y a aussi Cale Fleury, déjà un jeune leader en défense dans la Ligue américaine. 

Parmi les absents, rappelons-le, Cole Caufield a battu des records au chapitre des buts au sein du programme de développement américain. Alexander Romanov a été élu le défenseur par excellence au Championnat mondial junior. Jesse Ylonen joue déjà, à 19 ans, au sein du deuxième trio de son équipe finlandaise. Jesperi Kotkaniemi serait à ce tournoi des recrues s’il n’avait pas franchi les étapes si rapidement. Il est encore d’âge junior. Jordan Harris, défenseur gaucher, jouait au sein de la première paire à Northeastern, dans la NCAA, et s’y retrouvera sans doute à nouveau cette année. Mattias Norlinder, 19 ans, défenseur gaucher lui aussi, sera probablement lui aussi au sein de la première paire à Modo quand il sera guéri. 

En 2005, le Canadien comptait trois espoirs de premier plan, Price, Chipchura et Latendresse, et des recrues intéressantes comme Kostitsyn et Halak, sans compter les absents Streit et Emelin. 

On en compte beaucoup plus cette année. Vous en verrez chuter brutalement de leur piédestal. D’autres vous surprendront. Mais au volume, le CH possède un net avantage sur la cuvée d’il y a 14 ans.

À LIRE

Il semble déjà y avoir une belle camaraderie parmi les espoirs du Canadien. Poehling et Brook ont d'ailleurs fait leurs premières armes en cuisine cet été en appartement! Jean-François Tremblay nous emmène dans leur univers ce matin.