Il y a des défaites qui font plus mal que d'autres. En tout cas, qui pourraient faire plus mal que d'autres. L'utilisation du conditionnel est importante ici. On vous explique.

Mis à jour le 30 mars 2019
JEAN-FRANÇOIS TREMBLAY LA PRESSE

Dans sa situation précaire au possible dans la course aux séries, le Canadien de Montréal avait encerclé deux dates au calendrier. Des incontournables, des moments que le Canadien n'avait pas le droit de laisser filer contre des rivaux directs au classement. 

Le premier moment : le 24 mars. Résultat : une défaite de 2-1 en prolongation contre les Hurricanes de la Caroline. Un point, c'est vrai, mais le Canadien a laissé filer la victoire dans les derniers instants. La conclusion du match a mal passé, on l'a tout de suite senti à chaud dans le vestiaire. Même Carey Price, pourtant le stoïcisme fait homme, avait du mal à trouver les mots. Exactement le genre de défaite qui aurait pu laisser des traces. 

Puis, il y a eu ce deuxième moment, jeudi dernier. Résultat : une défaite sans appel de 6-2 contre les Blue Jackets de Columbus. Une rebuffade qui, encore une fois, a fait mal. Les signaux de frustration ne mentaient pas, là non plus. Brendan Gallagher voulait être ailleurs. 

Ce qui nous mène à vendredi. Et au pourquoi de l'utilisation du conditionnel au début de ce texte. 

Le Canadien s'est entraîné en après-midi hier à Winnipeg dans ce qui avait, pourtant, toutes les allures d'une petite journée comme les autres. Une séance tout ce qu'il y a de plus normal : les mêmes exercices, le même enthousiasme. Bref, aucun signe visible du récent affront. 

Partout dans le vestiaire, le mot d'ordre était le même : le Canadien a son sort entre ses mains. Il suffit de gagner. D'autant que l'équipe a réussi à effacer le déficit de deux victoires qu'il avait sur ses rivaux il n'y a pas si longtemps pourtant. 

D'ailleurs, coup d'oeil au classement. Le Canadien est tout juste exclu des séries, avec 90 points et quatre matchs à jouer. Les Blue Jackets détiennent la dernière place, eux aussi avec 90 points, mais avec cinq matchs à jouer. Les Hurricanes sont juste devant, à 91 points. Aucune de ces équipes ne jouait hier. 

« C'est facile de se motiver. Il reste quatre matchs pour faire les séries. Si tu as de la misère à trouver de la motivation pour ça, tu as un petit problème. »

- Jonathan Drouin

Il a poursuivi : « Pour nous, c'est de garder la même confiance qu'on a eue tout au long de l'année. Si tu penses au match de jeudi quand tu vas jouer contre les Jets, ou même à la pratique [d'hier], tu n'es pas dans le bon état d'esprit. » 

« Il y a toujours de l'espoir, a ajouté Tomas Tatar. Tant qu'il y a de l'espoir, c'est possible que ça arrive. On y croit encore. C'était une défaite difficile à avaler, mais ce serait encore pire si on perdait le moral. On n'aurait aucune chance. Il reste quatre matchs, il faut travailler fort, et il faut croire que l'on peut réussir. » 

« On contrôle encore notre destinée »

Avec quatre matchs d'ici la fin de la saison, Claude Julien est à un moment où il doit faire preuve de beaucoup de doigté. D'autant plus que les adversaires à venir sont coriaces : Jets ce soir, puis Lightning de Tampa Bay, Capitals de Washington et Maple Leafs de Toronto. Quatre équipes classées pour les séries, et quatre des sept meilleures offensives de la ligue. 

On a vu Claude Julien tôt en saison accepter une certaine dose d'erreurs au nom de la jeunesse, mais à un moment où les attentes étaient modestes. 

Puis, de fil en aiguille, les victoires se succédant, il a raffermi ses politiques. Les attentes changeaient, son style de gestion a évolué en conséquence. Il a commencé à qualifier d'inacceptables quelques prestations, à imposer à certains de ses joueurs sous-performants une « rotation ». Pas plus tard qu'au début du mois, il a laissé Jesperi Kotkaniemi de côté. Puis c'est Jonathan Drouin qui s'est retrouvé cloué au banc. 

Pourtant, après ces défaites contre les Hurricanes et les Blue Jackets, alors que les joueurs étaient livides, Claude Julien affichait beaucoup de retenue. Comme s'il ne voulait pas ajouter une couche de négatif à des joueurs qui s'en mettaient déjà beaucoup sur les épaules. 

« On a fait face à des situations comme ça avant aujourd'hui et on a toujours su bien rebondir, a dit l'entraîneur. Le moral dans le vestiaire est quand même bon. On contrôle encore notre destinée, si on gagne. C'est une question de contrôler les émotions, les pensées. Si on est positifs, on a une chance, si on est négatifs, on est finis. On doit croire en nos moyens comme on l'a fait toute la saison. » 

C'est d'autant plus vrai avec quatre matchs au calendrier, et en pleine course aux séries. Le Canadien aurait trop à perdre s'il devait s'apitoyer sur son sort. Les joueurs le savent, et Claude Julien le sait aussi. 

« Le hockey va tellement vite, a dit Phillip Danault. Un moment, on est en séries, et deux points plus tard, on ne l'est plus. Ce n'est pas le moment d'être démoralisés. En fait, c'est le meilleur temps de l'année. »