Il y a quelques semaines, Victor Mete était cédé au Rocket de Laval. C'était la plus récente étape du parcours sinueux d'un défenseur dont le développement est tout sauf normal.

Publié le 24 déc. 2018
Jean-François Tremblay LA PRESSE

La saison dernière, le premier jour, il était le partenaire de Shea Weber ; quelques semaines plus tard, il était utilisé à peine plus de six minutes dans un match. Cette saison, une journée, il passait 20 minutes sur la glace et la suivante, il était une arrière-pensée dans le plan de match.

Mete a vogué d'un partenaire à l'autre : Xavier Ouellet beaucoup, mais aussi Jeff Petry, David Schlemko, Jordie Benn, Mike Reilly, Karl Alzner et Noah Juulsen en présaison. Il a joué à gauche comme à droite. Le jeune homme a connu des moments difficiles, il a connu de superbes moments aussi.

Après un premier match raté pour une blessure à une main selon la version officielle, il a semblé se chercher. Son flair offensif n'était plus le même, il était devenu craintif sur la glace, plus sobre. Peu à peu, comme il était plus hésitant à exploiter sa vitesse et son coup de patin, son petit gabarit est devenu son principal handicap défensivement. Il perdait ses batailles à un contre un plus souvent, ses relances n'étaient plus à point. La roue s'est mise à tourner, Claude Julien a commencé à réduire ses missions. Jusqu'au 29 novembre dernier, jour où il a été envoyé au Rocket.

C'était devenu la seule issue possible. Il était non seulement exempt de ballottage, mais surtout, la décision de l'asseoir dans les gradins n'aurait en rien contribué à son développement. Sur le coup, la décision a peut-être surpris. Après tout, Mete est de toute évidence un défenseur de la LNH, et son habileté en relance ne pouvait qu'aider une équipe dont ce n'est pas la force.

REDEVENIR LE PARTENAIRE DE WEBER

Mais ce moment à Laval avait un objectif bien précis : le préparer à redevenir le partenaire de Shea Weber, comme il l'avait été la saison dernière. C'est exactement ce qui s'est passé samedi contre les Golden Knights. Le jeune homme est devenu le quatrième partenaire à la gauche de Weber cette saison, après David Schlemko, Brett Kulak et Jordie Benn. On s'attendait à ce que ce poste névralgique donne des cheveux gris à Claude Julien, mais pas à ce point.

« Je sais que j'ai la confiance des entraîneurs. Ça me permet d'avoir plus de confiance en moi pour faire différents jeux. Je sais que si je fais une erreur, ce sera correct. Je peux aussi me lancer un peu plus parce que Shea est là. »

- Victor Mete

Dans un match fort disputé, il a contenu la plupart des tentatives adverses et s'est régulièrement porté à l'attaque en appui aux attaquants. Il a d'ailleurs obtenu une passe sur le but gagnant en prolongation, en plus de frapper le poteau. C'est le plus proche qu'il a été d'inscrire son premier but dans la LNH en 75 matchs (il compte 12 aides).

« L'important, ce n'est pas avec qui joue Mete, c'est Mete lui-même, a expliqué Claude Julien samedi après le match. Il joue du bon hockey, il patine bien, il s'implique. Ça lui a fait du bien de jouer quelques semaines dans les ligues mineures. Il a repris sa confiance. On recommence à voir le Mete de l'an passé. »

À LAVAL

Mete devait profiter de son passage avec Joël Bouchard pour, dans un premier temps, « jouer de grosses minutes » et, dans un deuxième temps, « apprendre à fermer le jeu ». C'est ainsi que Claude Julien lui a présenté la rétrogradation. Et c'est ce dont il a besoin pour passer à la prochaine étape, comme l'ont fait avant lui des défenseurs du même moule comme Samuel Girard ou Torey Krug.

« Je reviens de Laval, j'ai joué plusieurs minutes là-bas. Je jouais 25 minutes par soir avec le Rocket, j'ai joué presque 20 minutes contre les Golden Knights. Ça se ressemble sur le plan physique. J'ai beaucoup travaillé sur suivre les joueurs et annuler les jeux quand j'étais à Laval. J'ai essayé d'amener ça ici. »

- Victor Mete

Joël Bouchard a toujours été très clair dans son approche. Il ne laissera jamais un de ses joueurs se la couler douce dans la Ligue américaine. Il veut que tous ses protégés démontrent la même hargne et jouent de la même manière qu'ils le feraient dans la LNH. Pour Victor Mete, c'était d'insister sur l'aspect défensif de son jeu, même s'il en a aussi profité pour marquer ce qui est à ce jour son seul but dans le hockey professionnel.

« Je n'ai pas été là longtemps, mais j'en ai vraiment profité. Même dans les exercices où les défenseurs allaient à l'attaque, Joël Bouchard me faisait rester en défense, car je devais travailler cet aspect. Je ne jouais qu'en défense. Je n'ai jamais perdu ma confiance quand j'ai été envoyé à Laval ou quand je jouais moins avec le Canadien. Je regardais le portait global, je savais que tout ça finirait pas m'aider. »

Évidemment, ce n'est qu'un match, et le défi de Mete est la constance. Mais force est d'admettre que Weber et Mete se complètent, sur papier du moins. Quand Weber est lent, Mete est rapide, quand Mete se fait brasser, Weber est immuable, quand Mete se porte à l'attaque, Weber est là pour le couvrir. Mete a révélé le seul conseil que lui avait donné Weber : « Patine comme d'habitude et ça va bien aller ». Et si c'était aussi simple que ça ?