Serge Savard grommelle un peu au bout du fil, répond qu'il ne veut pas retourner dans le passé, demande quelques instants pour frapper son coup de départ au golf, puis reprend le combiné.

Mis à jour le 27 oct. 2013
Mathias Brunet LA PRESSE

«Probablement Chelios...», lâche-t-il.

La question? Lequel de tous ses joueurs parmi le noyau de jeunes de 1986 regrettait-il le plus d'avoir échangé.

«On regarde ça aujourd'hui, Chris Chelios pour Denis Savard, ça n'a pas de bon sens, poursuit Savard. Ma seule consolation, c'est qu'on a gagné la Coupe Stanley avec Denis Savard. Mais ce ne fut pas un bon échange.»

Plusieurs rumeurs ont circulé à l'époque pour expliquer cet échange. Mésentente avec le président Ronald Corey, l'état du genou de Chelios, que l'on croyait très abîmé, virées nocturnes néfastes pour l'image de l'équipe, bref, Savard a-t-il subi de la pression pour échanger son défenseur lauréat du trophée Norris?

«Les échanges que j'ai faits, c'est moi qui les ai faits, et je ne commencerai pas à jeter le blâme sur personne. Il y a des choses qui doivent rester secrètes, raisons médicales ou autres. On pensait que Denis Savard allait être bon pour de nombreuses années encore, mais il était en fin de carrière finalement.»

Serge Savard revit la belle époque des années 80 quand il voit le noyau actuel de jeunes joueurs à l'oeuvre à Montréal.

«Les gens ne le réalisaient peut-être pas, mais le joueur qui a fait la grande différence en 1986, c'est Bobby Smith [obtenu en échange de Keith Acton et de Mark Napier deux ans plus tôt]. C'était la pièce qui manquait au puzzle, un gros centre que personne ne pouvait intimider. Je ne sais pas si nous aurions gagné la Coupe sans lui. Alex Galchenyuk deviendra ce gros joueur de centre. Il va faire une supervedette dans la Ligue nationale dans les prochaines années.»

Savard hésite à comparer Subban à Chelios. «Subban peut prendre un match en main, il est tellement bon! Il n'y a pas une chose qu'il n'est pas capable de faire sur la patinoire. Chelios était un grand guerrier, Subban est peut-être plus fort physiquement. Les deux ont gagné le Norris. Chelios était l'un des meilleurs de son époque, Subban l'est.»

Comment expliquer les succès de Serge Savard et de son recruteur en chef André Boudrias au repêchage entre 1983 et 1987? «On misait beaucoup sur la Ligue de hockey junior majeur du Québec. Les autres clubs ne le faisaient pas, car ils estimaient que c'était une ligue inférieure aux autres. On en a tiré avantage et on a fait une place à nos jeunes parce qu'ils étaient bons.»

Et lequel, outre Patrick Roy, une évidence, a eu le plus grand impact? «Claude Lemieux a été un bon choix de deuxième ronde. Il a terminé au deuxième rang dans les votes pour le Conn Smythe en 1986. Il a été l'un de nos gros gars d'impact.»

Avant de raccrocher, une dernière question.

- Et puis, Serge, ce coup de départ?

- Raté...

Notre homme était sans doute déconcentré par les souvenirs de l'échange de Chelios...