Assis au bout du banc des Rangers depuis le début des séries, Martin Biron n'a pas bronché lorsque son coéquipier Henrik Lundqvist a concédé un premier but aux Devils après 2 min 43 s de jeu en première période mercredi.

François Gagnon LA PRESSE

Il n'a pas bronché non plus lorsque Patrick Elias a fait dévier un tir d'Adam Henrique pour double l'avance des Devils 90 dix secondes plus tard.

Mais lorsque Henrik Lundqvist a concédé un troisième but sur trois tirs aux Devils et qu'il a vraiment mal paru sur le tir des poignets de Travis Zajac, Biron s'est mis en mode d'alerte.

Il était prêt à recevoir l'ordre de John Tortorella de sauter sur la patinoire pour aller relever Lundqvist.

L'ordre n'est finalement pas venu.

Mais à compter de ce moment, Biron était prêt.

À moins que son coéquipier ne se blesse où qu'il connaisse un match lamentable vendredi, au New Jersey, Biron sera confiné au banc des Rangers pour le match six de la série finale. Il y restera aussi dans l'éventualité d'une septième partie et encore en grande finale si les Rangers remportent les deux derniers matchs de la série qui les oppose aux Devils et qu'ils se retrouvent devant les Kings.

Mais Biron sera prêt.

«Je suis toujours prêt», lance le gardien québécois avec qui j'ai eu une longue conversation mercredi matin au cours de laquelle Biron m'a expliqué comment il cherchait le sain équilibre entre être prêt à sauter dans la mêlée sans toutefois miner ses énergies et sa concentration en se demandant quand l'appel viendra.

«Le premier à savoir qu'il ne connaît pas un bon match est le gardien sur la glace. Le deuxième est celui sur le banc. Quand tu vois que ton chum n'est pas à l'aise devant le but, qu'il se bat avec la rondelle et qu'il accorde un ou deux mauvais buts, tu es déjà prêt à recevoir l'appel. Tu n'es pas pris par surprise comme dans le cas d'une blessure. Ça aide pas mal», explique Biron.

Beau monde et hot-dog

Véritable machine à parole et bout en train sur et hors de la patinoire, Biron reste bien éveillé au banc en parlant avec ses coéquipiers, avec les arbitres et quelques fois avec ses adversaires...

«Tu ne peux pas passer la soirée à regarder le beau monde dans les gradins ou à manger des hot-dog. Remarque que ça arrive des fois à Montréal. Je ne l'ai jamais fait, mais je sais qu'il y a des gars qui ne peuvent résister aux hot-dogs du Centre Bell... même pendant les matchs», lance Biron en riant.

«Sans en faire une maladie, je suis le jeu parce que des fois, j'ai des coéquipiers qui rentrent au banc et qui me demandent s'ils ont choisi la bonne option entre la passe ou le tir, si le gardien était bien placé. J'aurais l'air fou de ne pas être en mesure de répondre. C'est quand même ma job d'être dans la «game». Je ne suis pas juste là pour ouvrir la porte.»

Et si l'ordre d'aller relever son coéquipier est entendu : comment se passent les premières secondes qui suivent? Les premières minutes?

«Tout se met à aller très vite. L'échauffement d'avant-match étant fini depuis un bon moment, je m'assure de profiter de toutes les chances que j'ai pour m'étirer pendant que je fais le focus. Les gardiens ont tous leurs routines. Personnellement, j'espère avoir l'occasion de faire un arrêt rapidement pour me mettre dans le bain et d'avoir le temps de tourner autour de mon but, de gratter la neige avec mon bâton quand la rondelle est à l'autre bout ou lors des arrêts de jeu afin de me mettre à l'aise le plus vite possible.»

Même s'il a disputé 21 matchs cette saison - 12 victoires dont 2 par jeu blanc, 6 défaites, 2 revers en prolongation, moyenne de 2,46 buts accordés, efficacité de 90,4 % sans oublier les trois passes qu'il a récoltées - Martin Biron n'est venu en relève qu'à une reprise. Lors de la visite des Rangers à Edmonton en début de saison.

«Hank avait une blessure à un pied. Rendu en troisième période, il ne pouvait même plus se tenir debout. Il est rentré au banc avec une dizaine de minutes à faire. C'était ma première sortie de la saison. Edmonton, ce n'est pas la meilleure place dans la Ligue pour un gardien. La glace est belle et dure. Ça va vite pas mal. Et ce soir-là, je trouvais que ça allait vraiment vite», se souvient Biron qui a stoppé les trois tirs auxquels il a fait face.

Pris à la toilette

S'il n'est jamais drôle de se retrouver en relève d'un gardien qui vient de se blesser ou d'un autre qui vient d'accorder quelques mauvais buts et que le gardien en relève se retrouve avec une cause perdue sur les jambières, certaines entrées en scène sont cocasses.

Comme celle du jeune québécois Dany Sabourin qui, en deuxième ronde des séries en 2006-2007 a été obligé de sauter dans la mêlée pour amorcer une période de prolongation parce que Roberto Luongo était pris aux toilettes...

Sorti de nulle part, Sabourin, en 3:34 d'utilisation, avait réalisé cinq arrêts, dont deux très spectaculaires, qui lui avaient valu une ovation monstre à son retour au banc après que Luongo soit revenu du petit coin...

«Il y a des gars qui sont obligés de sauter dans la mêlée en raison d'un bris d'équipement et qui ne reste là qu'un ou deux jeux. Mais l'histoire de Dany est vraiment la plus drôle que j'ai entendue», convient Martin Biron.

Champion dans l'ombre

Si les Rangers évitent l'élimination ce soir, qu'ils gagnent la série et qu'il soulève la Coupe Stanley, Martin Biron célébrera un quatrième championnat d'importance dans le rôle d'adjoint.

En 1996, Biron a gagné la médaille d'or au Championnat mondial de hockey junior, mais il n'a pas vu d'action alors que Marc Denis s'était occupé de tous les matchs.

Quelques mois plus tard, avec les Olympiques de Hull, Biron a été limité à six matchs en séries éliminatoires en route vers la conquête de la Coupe du président.

Christian Bronsard, un jeune gardien qui n'avait jamais fait parler de lui avant et qui n'a jamais fait parler de lui ensuite, avait supplanté Biron dans la confiance de l'entraîneur-chef Claude Julien.

Non seulement avait-il abattu le gros du travail en séries éliminatoires, mais Bronsard avait aussi été le seul gardien à voir de l'action lors du tournoi de la coupe Memorial que les Olympiques de Hull avaient soulevée devant leurs partisans.

«J'étais là quand même. Je faisais partie des équipes, j'ai travaillé fort lors des entrainements et j'étais prêt à aller devant le but pour faire ma part. Je le suis toujours...»