Décidément, il se passe des trucs bizarres au Centre Bell en séries éliminatoires. L'hymne national américain qui est hué, par exemple. Alex Ovechkin qui fait le comique en freinant devant un jeune (et personne qui rit). Dominic Moore qui traverse la patinoire pour marquer un but d'anthologie...

Richard Labbé LA PRESSE

Et le Canadien qui ne gagne pas.

L'avantage de la glace? Pas au Centre Bell. Que non. Pour une raison que la raison ignore, le CH n'est pas capable de gagner devant ses fidèles lors de la «vraie» saison. Ce n'est pas juste une impression, ce sont les faits. Depuis le lock-out, la fiche du Canadien en séries sur sa propre patinoire est de quatre victoires contre dix défaites. Ce n'est pas comme ça qu'on récolte la Coupe Stanley, vous l'aurez compris.

Il doit bien y avoir une bonne raison pour expliquer ces déboires du CH dans sa propre bâtisse, mais je ne la connais pas. D'ailleurs, les joueurs aussi ont l'air de ne pas la connaître.

«Ce qui est arrivé par le passé ne compte plus, ceci est une nouvelle équipe, a répondu Mike Cammalleri hier, après l'entraînement de son club. C'est super de jouer devant nos partisans au Centre Bell. C'est pourquoi c'est si plaisant d'être un membre du Canadien de Montréal. On a toujours des frissons quand on saute sur notre glace.»

Mais les frissons ne donnent pas toujours des victoires. Cammalleri a reconnu que parfois, juste parfois, lui et ses collègues ont tendance à vouloir trop en faire devant leurs nombreux fans. «Peut-être qu'on s'énerve un peu trop vite quand le match commence», a-t-il ajouté. Avec comme résultat que le club n'a plus d'essence dans le réservoir en fin de match.

Sauf que les excuses ne tiennent plus. Ce soir, c'est le sixième match. Une victoire, et le Canadien sera en position pour sortir les puissants Capitals de Washington. Imaginez un peu le délire si cela arrivait. J'entends déjà les commerçants du centre-ville placarder leurs fenêtres.

«La clé, ce sera de commencer avec force, et de jouer de la même manière pendant tout le match», a ajouté Cammalleri, en parlant de la rencontre de ce soir. Qui est sans lendemain, doit-on préciser.

Tantôt excellent, tantôt ordinaire

Les fans peuvent-ils vibrer de confiance? Excellente question, vous l'admettrez. C'est d'ailleurs le problème avec ce club. On ne sait jamais. Un soir, le Canadien a l'air d'un sérieux aspirant à la Coupe Stanley. Puis 48 heures plus tard, il a l'air d'un club tout à fait ordinaire. Difficile d'avoir pleinement confiance dans une équipe aussi imprévisible que celle-là.

Mais souvenez-vous de l'été dernier. Souvenez-vous des nouveaux qui sont arrivés ici presque tous en même temps: Gomez, Gionta, Cammalleri, Gill (passons gentiment sur le cas Paul Mara). Du coup, la direction montréalaise lançait un message clair. Fini les plans quinquennaux. Fini les jeunes qui vont se développer plus tard. Fini les plans en vue d'un avenir trop éloigné. Parce que l'avenir, c'est maintenant.

Eh bien, nous y voici.

Si le Canadien s'est permis d'aller chercher tout ce beau monde, c'est pour gagner des matchs importants. Des matchs importants comme un sixième match face à la meilleure formation du circuit.

«Toute la pression est sur eux, a conclu Mike Cammalleri. Les Capitals sont censés nous battre et remporter la Coupe Stanley, non?»

Peut-être. Mais j'ajouterais que ce Canadien bâti pour maintenant est censé remporter des gros matchs. Comme celui de ce soir.