L’entraîneur Daniel Langevin y croit fermement

Frédérick Duchesneau Frédérick Duchesneau
La Presse

On l’a souvent entendu dans le passé. Dans certains cas, c’était davantage un souhait qu’un espoir de concrétisation très élevé. Mais cette fois, il semble que ce soit plus fondé que jamais.

« Ils sont les plus prometteurs qu’on ait jamais eus pour percer la PGA. J’ai une énorme confiance qu’au moins un des trois va y arriver, et très prochainement. »

Celui qui le dit, c’est Daniel Langevin. Il est l’entraîneur-chef des Carabins de l’Université de Montréal depuis 2005 et entraîneur-chef des programmes golf-études au Québec depuis 2006. En tout, de façon directe ou indirecte, il supervise le développement de quelque 200 golfeurs par année.

Et ceux dont il parle, ce sont Joey Savoie, Hugo Bernard et Laurent Desmarchais. Trois jeunes Québécois qui cognent – vraiment – à la porte de la PGA. Trois jeunes qu’il connaît très bien puisqu’il les entraîne depuis leur adolescence.

Mais parlons d’abord du coach et de son parcours.

Devenir ce qu’il n’avait pas eu

Le Québec n’est pas reconnu comme une pépinière de golfeurs. M. Langevin rappelle les belles carrières des Daniel Talbot, Jean-Louis Lamarre, Rémi Bouchard, Stéphane Talbot, Craig Matthews, Dave Lévesque et Marc-Étienne Bussières. Mais aucun d’entre eux n’a percé le PGA Tour. Aucun n’a réussi à s’y établir.

« Stéphane Talbot est probablement celui qui a eu le plus de chances de le faire. Et il y avait Craig Matthews aussi, qui était très prometteur et qui aurait eu de bonnes chances à cette époque. Ce sont les deux noms que je retiens », analyse Daniel Langevin, ajoutant qu’il ne minimise pas le parcours des autres qu’il a cités.

Alors, comment réussit-on à amener des jeunes au seuil du plus grand circuit du monde quand on vient d’un coin du globe qui n’a pas de tradition forte dans un sport ?

Je pourrais répondre en une phrase : tu deviens un bon entraîneur quand tu as la chance de diriger de bons athlètes.

Daniel Langevin, reprenant un commentaire maintes fois entendu de la bouche d'entraîneurs qui ne souhaitent pas s’attribuer le mérite du succès de leurs joueurs

Mais la version longue du parcours de Daniel Langevin est bien plus intéressante que cette courte réponse.

« Mon père était artisan menuisier et faisait partie de ceux qui bâtissaient les fameuses chaloupes Verchères. Et puis, tout bonnement, je me suis retrouvé à faire une journée de bénévolat comme caddie à l’ouverture du club de golf Verchères quand j’avais 12 ans. Il fallait travailler fort quand j’étais jeune, donc on alternait les séances au petit restaurant-cantine sur le bord de la 132 avec du ramassage de balles au club de golf, raconte-t-il. Sauf que faire le caddie, j’avais aimé ça. Donc, j’ai joué ma première partie de golf à 13 ans, puis à 16 ans, j’ai pris ça plus au sérieux. »

Plutôt talentueux, il devient adjoint-professionnel à 18 ans, sans vraiment avoir fait de tournoi amateur. Puis, quelques années plus tard, il connaît un certain succès en tournois. « Malgré le fait que j’avais appris un peu sur le tas », souligne-t-il.

En 1992, M. Langevin est nommé professionnel en titre au club de golf de Verchères, poste qu’il occupera jusqu’en 2015.

Mais dans le cadre de ses fonctions, à compter de 1998, il a voulu commencer à aider les jeunes.

La raison pour laquelle j’ai fait ça, c’est que je me suis rendu compte que si moi j’avais eu un encadrement quand j’ai commencé, mes capacités athlétiques m’auraient permis de me rendre beaucoup plus loin que ce que j’avais accompli au niveau compétitif. Donc, j’ai un peu décidé de devenir ce que je n’avais pas eu.

Daniel Langevin

Il s’est lancé, un peu à tâtons, dit-il, en s’inspirant du travail de Pierre Dugas et de Roger Lauzon, qui font figures de pionniers au Québec. « Ils n’étaient pas nécessairement des enseignants du mouvement, mais des entraîneurs », précise Daniel Langevin.

Puis, il suit plusieurs stages aux États-Unis avec des coachs renommés, dont Hank Haney, qui sera plus tard entraîneur de Tiger Woods.

« Ensuite, j’ai tout mis ça dans le même bol, à la sauce Daniel Langevin », résume-t-il.

Savoie, Bernard et Desmarchais

Dans sa biographie sur le site de l’UdeM, on lit que Daniel Langevin joue une vingtaine de rondes par année. Puis ceci : « Je ne joue pas très bien… Dans les 70… » Celle-là n’a pas bien passé ! Il rit.

« Je vais t’expliquer. Je suis midget AA et j’embarque sur la glace avec des gars de la Ligue nationale. Je ne me sens pas très bon ! », se défend-il, faisant référence à ses élèves.

Il est vrai que Joey Savoie, Hugo Bernard et Laurent Desmarchais ont de quoi complexer pas mal tous les golfeurs, entraîneurs y compris.

Les deux premiers, âgés de 26 et 25 ans, sont passés pro. Le dernier, 19 ans, pas encore universitaire, prendra bientôt le chemin du Tennessee, en NCAA, division 1.

Ces trois jeunes ont des feuilles de route et ont eu des rangs mondiaux amateurs de loin plus élevés que tout le monde [dans le passé, au Québec].

Daniel Langevin

Joey Savoie a été top 30 amateur mondial, « du jamais vu au Québec », dit le coach.

Hugo Bernard a atteint le top 50, en plus de devenir en 2016 le premier Québécois en 25 ans à remporter le championnat canadien amateur. « J’ai son trophée ici dans mon bureau. Pour me remercier, il m’a remis la plaque commémorative », confie M. Langevin.

« Et Desmarchais, s’il continue son ascension, va faire probablement le top 20 amateur bientôt, sinon dans les prochaines années », affirme-t-il.

Tous trois seront passés par le réseau universitaire américain – un chemin obligé pour réussir, « vu la nature du golf », indique l’entraîneur – et n’auront donc pas représenté les Carabins.

Leurs forces et leurs faiblesses ?

« Les trois sont de très longs frappeurs, fait savoir Daniel Langevin. Ils frappent aussi loin que Brooks Koepka. »

Dans le cas de Koepka, on parle de coups de départ d’une moyenne de 307 verges.

Leur point à améliorer : les coups de wedge.

« Ça ne représente pas tout à fait le standard du PGA Tour. Par conséquent, ils ont aussi un peu d’amélioration à aller chercher sur le putting aussi. Quoique Desmarchais, présentement, le putting, c’est une force pour lui. »

Quoi qu’il en soit, ces standards, ils y sont presque.

« On regarde les statistiques et on le voit, ça s’approche grandement. On parle de fractions. Je ne me base pas sur des émotions pour dire qu’ils ne sont pas loin du PGA Tour », assure l’entraîneur.

L’Everest des sports

On a évoqué précédemment le fait qu’aucun golfeur d’ici n’ait réussi à faire carrière sur le circuit de la PGA. Daniel Langevin ne trouve pas cela surprenant. Prenant un par un les sports majeurs, et précisant ne pas vouloir diminuer l’accomplissement d’athlètes qui se rendent au plus niveau dans leur discipline respective, il s’explique.

Au hockey, au football et au baseball, il y a beaucoup d’équipes et beaucoup de joueurs par équipe. Sans compter que le hockey et le football ne sont pas pratiqués dans un grand nombre de pays.

Le soccer se joue partout, mais là encore, on compte beaucoup d’équipes et un nombre important de joueurs par équipe.

Le golf, pour sa part, est pratiqué dans beaucoup de pays – bien que moins que le soccer –, « et malheureusement, tu n’as que 150 chances d’y aller », fait valoir le coach.

En ce sens, le golf, comme le tennis, est le mont Everest dans les sports. Pour atteindre le sommet, il y a vraiment peu d’élus.

Daniel Langevin

Les Québécois connaissent beaucoup plus de succès au tennis qu’au golf, cela dit.

« Mais le tennis a un pôle de développement directement ici, à Montréal, ce qu’on n’a pas en golf », rétorque l’entraîneur.

L’idole de Daniel Langevin, c’est Jack Nicklaus. Ensuite, il y a eu Tiger Woods. De la nouvelle génération, il aime beaucoup Collin Morikawa. « Dans le moment, c’est celui qui m’impressionne le plus », dit-il.

À 23 ans, Morikawa compte déjà trois victoires sur le circuit de la PGA, dont un titre majeur. Il est au sommet de l’Everest. Au camp de base, trois jeunes Québécois espèrent l’y rejoindre bientôt.

Les trois espoirs

Joey Savoie

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Joey Savoie

Ville natale : La Prairie
Nombre d’années sur Équipe Canada : 3 (formation Jeune pro en 2020 | Équipe nationale en 2018 et 2019) Quelques faits saillants
Champion – 2018 Franklin American Mortgage Tennessee Ouvert
Champion – 2018 Tournoi commémoratif Grant Clements
Champion – 2017 Tailhade Cup
Champion – 2016 Championnat amateur masculin du Québec
Distinctions
Membre d’Équipe Canada aux Jeux panaméricains 2019
Golfeur amateur masculin canadien 2018
Source : Golf Canada

Hugo Bernard

PHOTO FOURNIE PAR GOLF CANADA

Hugo Bernard

Ville natale : Mont-Saint-Hilaire
Nombre d’années sur Équipe Canada : 6 (formation Jeune pro en 2020 | équipe nationale de 2016 à 2018 | Formation de développement en 2013)
Quelques faits saillants
Égalité en 4e place – 2019 Mackenzie Tour PGA Tour Canada Q-School (USA Est)
Champion – 2016 Championnat amateur d’Orlando
Champion – 2016 Championnat canadien amateur masculin
Médaillé – 2016 Championnat Division II de la NCAA
Distinctions
Division II Première Equipe All-American (2015-16) Champion national individuel Arnold Palmer (2015-16)
Source : Golf Canada

Laurent Desmarchais

PHOTO CHUCK RUSSELL, FOURNIE PAR GOLF CANADA

Laurent Desmarchais

Ville natale : Longueuil
Nombre d’années avec Équipe Canada : 2
Quelques faits saillants
Champion – 2019 Championnat amateur du nord-ouest du Pacifique
Champion – 2018 Championnat national collégial PING
Champion – 2018 Championnat junior masculin du Québec
Champion – 2018 Championnat Golf Québec Match Play
Champion – 2018 Championnat de l’Ontario Premiers élans
Source : Golf Canada