(Denver) Peyton Manning venait de se soumettre à une série d’opérations au cou entre les deux chapitres de sa légendaire carrière en 2012, lorsque Todd Helton, un frappeur étoile avec les Rockies du Colorado à l’époque et un ancien coéquipier au niveau universitaire, l’a invité pour une séance d’entraînement privée au Coors Field.

Arnie Stapleton Associated Press

Ces deux grandes vedettes dans leur sport respectif, qui ont joué ensemble à Tennessee durant les années 90, se sont dirigées vers les cages des frappeurs situées sous les gradins du stade de baseball des Rockies pour se lancer un ballon de football.

Helton pensait que Manning faisait le pitre lorsque son premier lancer est faiblement tombé devant le joueur de baseball. Ce n’était pas une blague.

Manning était engagé dans un processus visant à réenseigner à son cerveau comment laisser partir le ballon au bon moment et vers le bon endroit, après qu’il eut raté la totalité de la saison 2011 et subi plusieurs opérations cervicales qui l’ont laissé avec de l’engourdissement au bout des doigts de sa main droite.

« Il n’avait rien, a relaté Helton il y a quelques années. Mais je savais qu’il serait de retour et qu’il allait redevenir Peyton Manning, parce que personne ne travaille avec autant d’ardeur. »

Cette éthique de travail a aidé Manning à surmonter la douleur de sa séparation avec les Colts d’Indianapolis, les doutes au sujet de son avenir au football et des lésions nerveuses au bras droit pour afficher un dossier de 50-15 avec les Broncos de Denver.

Au passage, il a établi une multitude de records au chapitre du jeu aérien dans la NFL et poli son spectaculaire palmarès à titre de l’un des plus grands passeurs dans l’histoire de la ligue.

Dimanche, Manning fera son entrée au Temple de la renommée du football, à Canton, en Ohio, en compagnie de cinq autres anciens joueurs, un ex-entraîneur-chef et un contributeur.

Manning a surmonté ses problèmes au cou pour compléter, avec les Broncos 140 de ses 539 passes de touché en carrière, incluant 55 en 2013, un record. En quatre ans, il a mené les Broncos à autant de titres de la section Ouest de l’Association américaine et à deux championnats d’association.

Il est aussi sorti victorieux du Super Bowl 50, après s’être rétabli d’une grave blessure au pied, environ 10 ans après avoir gagné le match de championnat de la NFL avec les Colts.

Manning a annoncé sa retraite un mois après être devenu le premier quart partant à gagner des Super Bowls avec deux organisations différentes. Puis, il a été élu au Temple de la renommée du football 24 heures avant que Tom Brady, son ami et rival de longue date, ne se joigne à ce club exclusif en menant les Buccaneers de Tampa Bay à un triomphe face aux Chiefs de Kansas City lors du Super Bowl 55, il y a six mois.

« J’aurais certainement voulu jouer toute ma carrière avec les Colts d’Indianapolis parce que c’est l’équipe qui m’a sélectionné au tout premier rang du repêchage de 1998 », a affirmé Manning, en réfléchissant sur son éventuelle intronisation à Canton.

« J’étais fasciné par John Elway, qui avait passé toute sa carrière en tant que Bronco, par Dan Marino qui n’a joué que pour les Dolphins, par Troy Aikman avec les Cowboys, par mon père (Archie), choisi par La Nouvelle-Orléans et qui a passé la majorité de sa carrière à La Nouvelle-Orléans. Donc, c’était mon plan du début à la fin. »

Les Colts ont tourné la page en 2012 en confiant le poste de quart à la recrue Andrew Luck, après que Manning eut raté la totalité de la saison 2011 et que les Colts eurent obtenu le premier choix au repêchage en 2012.

Joueur autonome, Manning a choisi Denver, une organisation qui l’a accueilli à bras ouverts, a-t-il dit, et une ville où il vit toujours aujourd’hui avec sa famille.

Presque dès le début de sa carrière professionnelle, en 1998, Manning est devenu un pionnier dans sa manière de décortiquer les défensives adverses et de diriger le jeu à partir de la ligne de mêlée, au point de devenir un modèle pour tous les quarts qui allaient suivre.

Manning n’a jamais été le meilleur athlète, mais sa préparation hors du commun et son extraordinaire mémoire lui ont permis de s’élever au-dessus de la mêlée.

« Il vous battait mentalement », a expliqué DeMarcus Ware, qui s’est joint aux Broncos pour, comme bien d’autres, avoir la chance de jouer avec Manning.

« C’est ce qui le guidait : physiquement, tu es probablement plus rapide que moi, tu es probablement plus athlétique que moi, mais je serai plus malin que toi à chaque fois. »

Manning a choisi son père pour prononcer le discours de présentation.

« Il n’a jamais été mon instructeur, mais toujours mon mentor », a dit Manning, tout en ajoutant que son père s’était imposé une règle : il lui fera plaisir de donner des conseils à condition qu’on le lui demande.