(Montréal) Les derniers mois auront peut-être privé Alexandre Dupuis de son emploi, de sa demeure et de toute forme de stabilité possible. Mais les tempêtes traversées au cours de cette période n’auront pas empêché le centre-arrière québécois de voler vers de nouveaux horizons et aboutir dans le nid des Alouettes de Montréal.

Daphnée Malboeuf La Presse Canadienne

La pandémie aura écorché à peu près tout le monde sur son passage, quoique certains auront été moins épargnés que d’autres. Parlez-en à Dupuis.

D’abord, il a été privé de sa saison de football en 2020, alors qu’il devait être de retour au sein de la formation d’Edmonton pour une quatrième saison. Il a par la suite vu son condo, qu’il partageait avec sa conjointe, la plongeuse olympique Meaghan Benfeito, partir en fumée le 29 janvier dernier et du même coup, plusieurs souvenirs récoltés au cours des dernières années.

Et alors que le ciel semblait un peu moins gris à l’horizon, voilà que les Elks (la nouvelle appellation de la formation albertaine) lui ont annoncé qu’ils le libéreraient, deux jours avant qu’il ne quitte le Québec pour amorcer son camp d’entraînement à Edmonton.

Un vieil adage nous rappelle bien souvent que quand on se compare, on se console. Dans le cas de Dupuis, c’est bien vrai. Mais sa philosophie lui a tout de même permis de traverser avec brio les moments plus sombres.

« Peu importe l’adversité à laquelle j’ai fait face, et ce que j’ai toujours gardé en tête, c’est de contrôler ce que je peux contrôler et de laisser tomber le reste […] Il faut y aller une étape à la fois. »

Puis, il y a eu une lueur au bout du tunnel. L’enchaînement de mauvaises nouvelles a fait place à une opportunité excitante. Le directeur général des Alouettes, Danny Maciocia, venait de sauter sur l’occasion pour rapatrier le Québécois dans sa ville natale.

En quelques heures seulement, Dupuis venait de traverser toute la gamme des émotions.

« Quand j’ai appris que je me faisais relâcher, c’est certain que ce n’était pas facile. Il y avait beaucoup de questionnements, raconte-t-il. J’ai par la suite reçu un appel de mon agent comme quoi les Alouettes m’offraient un contrat. La journée a donc changé du tout au tout. J’étais super excité. J’ai écouté la chanson Le But de Loco Locass. J’ai contrôlé ce que je pouvais contrôler et après, c’est la vie qui en a pris soin. »

Il n’y avait pas seulement Dupuis qui se réjouissait de la tournure des évènements cette journée-là. André Bolduc, entraîneur des porteurs de ballons, a longtemps souhaité rapatrier dans ses rangs ce centre-arrière qu’il avait recruté à l’époque avec le Vert et Or de l’Université Sherbrooke. Dupuis avait cependant plutôt préféré les Carabins de l’Université de Montréal.

« J’étais vraiment content parce que non seulement c’est un bon joueur de football, avec un bon gabarit, mais Alex, c’est une super personnalité. Il est super brillant, a souligné Bolduc. C’est un gars qui comprend bien la’game’aussi et qui va amener quelque chose d’important dans les réunions avec nous, aussi avec les jeunes joueurs. »

La résilience dans la vie comme au football

Une étape à la fois, c’est vraiment la philosophie que Dupuis s’est inculquée au cours des derniers mois pour faire face aux différentes épreuves qui se dressaient sur son chemin.

Au cours des prochaines semaines, le numéro 44 compte bien faire bon usage de cette résilience aiguisée pour se pousser davantage au camp d’entraînement.

« Une saison dans la Ligue canadienne, c’est un peu comme un marathon. Ce sont de longues saisons, bien qu’écourtée cette année, et ce n’est pas toujours facile, explique le gaillard de six pieds trois pouces et 243 livres. C’est ce que j’amène dans mon éthique de travail. »

Bolduc ne cache pas qu’il croit que ça pourrait être un atout pour l’équipe et que les leçons apprises par son nouveau protégé au cours de cette année difficile pourront se transposer dans sa façon d’aborder l’adversité.

« Quand tu fais face à des épreuves comme celles-là et que tu es capable de te retrousser les manches, de t’organiser, ça fait de toi un homme qui est à mon sens inébranlable », a-t-il expliqué plein d’admiration dans la voix.

« Souvent, on recherche ça chez les joueurs de football, parce que ce sont des gars qui, lorsque se produit une situation négative dans un match, ne gardent pas la tête basse. Alex, c’est ce qu’il fait. Oui, il a beaucoup de résilience et c’est certain qu’au football, ça aide. »

Des atouts psychologiques, mais aussi physiques

Bien qu’il soit encore trop tôt pour brosser un portrait clair de l’unité offensive des Alouettes qui foulera le terrain lors du premier match de la saison, Dupuis croit être en mesure de tirer son épingle du jeu et aider sa nouvelle équipe grâce à son style robuste.

« Je suis capable de bloquer des joueurs de la ligne défensive à un contre un, sans mettre notre équipe dans le pétrin. C’est une chose qui est normalement difficile pour les centre-arrières, mais c’est l’une de mes principales qualités, je pense », a mentionné l’athlète de 31 ans.

Si l’identité offensive des Alouettes s’est développée au cours de la dernière saison (2019) autour du jeu par la course, l’utilisation des centre-arrières est d’autant plus importante pour permettre aux porteurs de ballon de se faufiler à travers les défensives adverses.

« Nous voulons impliquer [nos centre-arrières] à bloquer des gars de la ligne défensive adverse, qui sont souvent plus gros qu’eux, a souligné Bolduc. Donc le but c’est de vraiment impliquer [Dupuis] dans ce qu’on fait de mieux ici, c’est-à-dire de courir avec le ballon. »

Après de longs mois de noirceur, voilà que le ciel semble s’éclaircir au-dessus de la tête de Dupuis. Nul ne sait où l’avenir le mènera, mais chose certaine, c’est qu’il souhaitera certainement faire partie de la formation partante le 14 août prochain, couteau entre les dents, alors que les Moineaux amorceront leur saison à Edmonton.

« Je veux gagner ce match-là, mais je veux gagner tous les matchs aussi. Je veux être intense, je vais jouer mon football », dit-il, précisant qu’il se concentrera sur le plan de match. Mais c’est sûr qu’il y a des coups qui risquent d’être plus physiques pour montrer que j’avais ma place dans la ligue et cette équipe. »