Carl Nassib a bouleversé le monde du sport, lundi.

Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Par le truchement de son compte Instagram, le joueur de ligne des Raiders de Las Vegas, dans la NFL, a dévoilé son homosexualité au grand public. Il est du même coup devenu l’un des très rares athlètes professionnels nord-américains à sortir du placard, et l’un des seuls à le faire pendant sa carrière active.

Sans surprise, Brock McGillis s’est réjoui de cette nouvelle. Pour cet ex-hockeyeur, devenu l’un des plus ardents défenseurs des droits des personnes LGBTQ+ dans le sport au Canada, « le plus important, c’est que [Nassib] n’ait plus à se cacher ».

« C’est un fardeau énorme qu’il n’a plus à porter », ajoute-t-il.

Le profil de Nassib en fait en quelque sorte un cas d’exception. Une poignée de joueurs de la NFL ont fait leur coming-out au fil des ans, mais après avoir pris leur retraite. D’autres footballeurs l’ont fait alors qu’ils évoluaient dans les rangs universitaires, mais ils n’ont pas percé par la suite. Pensons notamment à Michael Sam, qui n’a disputé qu’un seul match professionnel, avec les Alouettes de Montréal, en 2015.

Nassib, 28 ans, a déjà disputé 73 matchs dans la NFL. Sa réputation n’est plus à faire.

Sa sortie publique, croit Brock McGillis, « aura certainement un impact », pour peu qu’il « continue d’utiliser sa voix et son statut pour faire évoluer les choses ». Il a également la chance de faire tomber le vieux mythe selon lequel s’ouvrir sur sa sexualité, pour un athlète, en fait une « distraction » pour son équipe.

Sports « virils »

Le fait que Carl Nassib soit un joueur de football n’est également pas anodin. Comme le hockey, ce sport robuste demeure considéré comme « viril » et intimement lié aux stéréotypes masculins les plus tenaces. Ce qui n’est pas étranger au faible nombre d’athlètes homosexuels qui s’exposent comme tels ou, carrément, qui persévèrent jusqu’à en faire une carrière.

Au hockey, il n’y a encore, à ce jour, aucun joueur de la LNH ou même de la Ligue américaine qui ait affiché son homosexualité. Brock McGillis se décrit comme le premier professionnel qui soit sorti du placard en public, mais il n’a disputé que 35 matchs dans des circuits de bas calibre. Yanic Duplessis, Néo-Brunswickois repêché en 2019 par les Voltigeurs de Drummondville, dans la LHJMQ, est possiblement le cas qui a fait le plus de bruit dans un passé récent. Mais le jeune homme de 18 ans est loin de la LNH.

PHOTO COURTOISIE

Brock McGillis

Selon McGillis, la culture du football est, d’une manière générale, bien plus ouverte à la diversité que celle du hockey, et ce, pour plusieurs raisons. Le bassin d’athlètes est plus grand. Les profils raciaux et socio-économiques y sont multiples. Et le football mineur, aux États-Unis comme au Canada, se joue principalement dans un cadre scolaire, où les jeunes sont quotidiennement exposés à la diversité, notamment sexuelle, ce qui « crée un niveau de confiance » et rappelle « l’impact des mots ».

Le hockey ne coche aucune de ces cases. McGillis rappelle que notre sport national se dispute bien davantage en vase clos. Les coûts élevés qu’il exige font en sorte que les classes moyennes et élevées, et bien souvent blanches, y sont surreprésentées, si bien qu’il en résulte un milieu fermé où « les personnes peuvent parler comme elles veulent et faire ce qu’elles veulent sans craindre d’insulter qui que ce soit ».

Et surtout, où la conformité est élevée au statut de religion.

Pour le logo

Ce n’est pas d’hier que Brock McGillis dénonce le caractère uniforme du hockey. En 2019, il s’en désolait déjà dans une entrevue avec La Presse. Il y racontait notamment les histoires d’horreur que des adolescents lui rapportaient.

Plus de deux ans plus tard, « rien n’a changé », déplore-t-il. Les jeunes joueurs homosexuels continuent de taire leur identité plutôt que de s’exposer à des représailles de coéquipiers ou d’adversaires. « Le hockey n’est pas un espace sécuritaire pour la communauté LGBTQ+. »

L’espoir de jours meilleurs, croit-il, passe par une libération de l’« individualité » des athlètes.

« Qu’il y ait de la place pour que les joueurs soient eux-mêmes, précise le militant. Le hockey te dit de jouer pour le logo sur ton chandail, que tout ce que tu fais, tu le fais pour l’équipe. C’est un concept qui est parfait en principe, mais qui ne permet pas l’individualité. »

Cette culture, dit-il encore, se déploie depuis les premiers coups de patin des jeunes garçons jusqu’aux sphères les plus élevées. « Dans une entrevue à la télévision, tu n’as pas besoin de regarder pour deviner que c’est un joueur de la LNH. À 99 %, ils disent tous la même chose. »

Ce sombre constat sur le hockey ne veut pas dire que la question est réglée ailleurs pour autant. Sur le compte Instagram de Carl Nassib, quelques heures après qu’il eut publié la vidéo dans laquelle il dévoilait son homosexualité, des commentaires homophobes sont apparus sous une photo publiée en septembre 2020. Sur le cliché, on l’aperçoit à l’entraînement, sur la ligne de mêlée, penché vers l’avant, en attendant que le ballon soit en jeu.

« Il est habitué à cette position. » « Cette photo prend soudain tout son sens. » « On aurait dû savoir. » Et ainsi de suite. Les remarques se comptent désormais par dizaines.

« Ça ne me surprend pas du tout, je me fais dire les mêmes choses chaque jour », souligne Brock McGillis, par ailleurs très actif sur les réseaux sociaux.

« Les sports masculins ont créé une culture où c’est normal de parler et d’agir comme ça. Il y a encore beaucoup de haine. Et c’est cette haine qui incite les gens à se cacher. »