Le 55e Super Bowl, qui sera disputé entre les Chiefs de Kansas City et les Buccaneers de Tampa Bay, dimanche soir au Raymond James Stadium, a tous les ingrédients pour être un match mémorable, à commencer par le choc entre Tom Brady et Patrick Mahomes, qui pourraient un jour être considérés comme les deux plus grands quarts-arrières de l’histoire.

Miguel Bujold Miguel Bujold
La Presse

Lors de sa conférence de presse virtuelle de jeudi, Tom Brady a annoncé que son prochain objectif serait d’améliorer la seule chose qui fait défaut dans son jeu : sa mobilité.

« Je vais travailler sur ma vitesse, durant la saison morte, et tenter de l’améliorer un peu. Je vois tous ces quarts qui gagnent des verges avec leurs jambes, et il faudrait que je réussisse quelques jeux de cette façon, moi aussi. J’ai déjà commencé à réfléchir à la façon dont je vais m’entraîner. »

Brady qui veut devenir un quart-arrière plus mobile. À 43 ans… Il y a des perfectionnistes, puis il y a Brady.

C’est une histoire sans fin que celle du beau Tom. Son entraîneur-chef, Bruce Arians, a d’ailleurs dit qu’il ne serait pas surpris du tout de le voir signer une prolongation avec les Buccaneers au cours des prochains mois.

Non, ce ne serait pas surprenant.

Il ne restera qu’une saison au contrat de Brady après le Super Bowl, ce qui nous amène à la question suivante : s’agira-t-il d’une prolongation de quatre ou de cinq ans ? On plaisante à peine.

En septembre, Brady avait pourtant l’air de ce qu’il est : un quart-arrière de 43 ans avec 21 saisons au compteur. Ses passes manquaient de force (de « zip », comme on dit au football) et sa précision semblait l’avoir quitté pour de bon.

À 43 ans, c’était tout à fait normal. C’était également légitime de croire que la fin était proche : les frères Manning étaient déjà à la retraite, Drew Brees et Philip Rivers étaient sur leurs derniers milles, idem pour Ben Roethlisberger et Alex Smith.

Erreur. Brady avait seulement besoin d’un peu de temps pour faire tomber la rouille et se familiariser avec le système de jeu d’Arians et du coordonnateur offensif Byron Leftwich. Le numéro 12 a d’ailleurs dit qu’il s’attendait à ce que les Buccaneers soient encore plus forts la saison prochaine. Incroyable.

PHOTO STACY REVERE, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Tom Brady

Au sommet de la liste

Est-ce que la confrontation de quarts-arrières qui s’affronteront dimanche soir est la meilleure qu’on ait vue au Super Bowl ? La réponse courte, c’est oui.

Il y a eu les deux finales entre Roger Staubach et Terry Bradshaw dans les années 1970. La très attendue rencontre entre Dan Marino et Joe Montana après la saison de 1984. John Elway a joué au Super Bowl contre ce même Montana, puis Brett Favre, sept ans plus tard. Il y a aussi eu la finale entre Peyton Manning et Drew Brees et celle entre Roethlisberger et Aaron Rodgers.

Mais Brady contre Mahomes ? Au sommet de la liste. Le plus grand quart de l’histoire en Brady face au meilleur du moment, et peut-être le plus talentueux de tous les temps, en Mahomes.

Pendant que Brady voudra ajouter un septième championnat à sa collection, Mahomes voudra prouver qu’il est bel et bien le nouveau maître du football américain. Il a déjà une bague du Super Bowl, a participé aux trois dernières finales de la Conférence américaine et a un contrat de 450 millions en poche. Si quelqu’un peut menacer tous les records de Brady un jour, c’est lui.

Lorsqu’un journaliste a fait remarquer à Mahomes que l’écart au chapitre des Super Bowls serait de quatre ou de six entre lui et Brady après le match de dimanche, le quart des Chiefs a répondu qu’il était trop tôt pour le jeu des comparaisons.

Mais en devenant le premier quart de 25 ans ou moins à gagner deux titres du Super Bowl, Mahomes pourrait effectivement rattraper Brady un jour. Ce serait par contre beaucoup moins réaliste d’y rêver si ce dernier gagnait son septième championnat et que Mahomes laissait filer l’occasion d’en remporter un deuxième.

PHOTO DENNY MEDLEY, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Patrick Mahomes

Leader avant tout

On peut s’amuser en débattant de qui, de Brady et de Bill Belichick, a été le plus important dans les succès des Patriots de la Nouvelle-Angleterre. Mais la réalité, c’est que les Patriots ont eu le meilleur quart et le meilleur entraîneur de tous les temps en même temps.

Mais ce que Brady a réussi cette année valide (comme s’il avait besoin de le faire…) sa domination des 20 dernières années. En plus de s’être acclimaté à une nouvelle équipe, de nouveaux entraîneurs, un nouveau système de jeu, une nouvelle ville – après deux décennies dans l’impitoyable régime de Belichick, doit-on le préciser –, Brady s’est établi comme le grand leader des Buccaneers.

Et c’est précisément la clé de son gigantesque succès : le leadership. Il n’y a pas de demi-mesures avec Brady, et tout le monde le comprend. Les erreurs ne sont pas tolérées. L’énorme respect que lui vouent ses coéquipiers est ultimement à la base des exploits de Brady. Si tous ses coéquipiers font ce qu’ils ont à faire, Brady prendra presque toujours les bonnes décisions dans le feu de l’action et trouvera le moyen de gagner.

Mais gagner, c’est tout ce que Mahomes fait depuis qu’il est devenu le quart partant des Chiefs en 2018. Son équipe a perdu une fois depuis le 10 novembre 2019 lorsqu’il jouait… Une fiche de 25-1.

C’est un choc dont on pourrait encore parler dans 50 ou 100 ans.

Une rencontre entre les deux quarts-arrières qui pourraient fort bien être considérés comme les deux plus grands de l’histoire du football dans une dizaine d’années. C’est Ali contre Frazier, Federer contre Nadal, Gretzky contre Lemieux ou Serena contre Navratilova, si c’était possible.

Qui gagnera ? Votre journaliste football a heureusement une autre journée devant lui avant de faire sa prédiction. Pas facile, celle-là…