Membre des Buccaneers de Tampa Bay, Antony Auclair passe ses journées en compagnie de joueurs comme Tom Brady, Rob Gronkowski et Antonio Brown, notamment. Des joueurs qu’il regardait jouer lorsqu’il était adolescent. Le Québécois de 27 ans se pince-t-il pour être bien sûr qu’il n’est pas au milieu d’un rêve ?

Miguel Bujold Miguel Bujold
La Presse

« Je suis dans la ligue depuis quatre ans maintenant, alors je ne me considère plus comme un fan fini de la NFL, mais bien comme un joueur de la NFL. Je les vois donc comme mes coéquipiers. Ce sera peut-être différent un jour lorsque je penserai à cette saison ou à ma carrière, mais pas pour l’instant. »

Auclair et les Buccaneers s’apprêtent à participer au Super Bowl, contre les Chiefs de Kansas City, le 7 février. Un match qui sera joué au domicile des Bucs, le Raymond James Stadium. Ce bout-là, Auclair peine à y croire.

Je ne le réalise pas encore pleinement. Je ne dors pas bien depuis quelques jours, je suis tellement excité. La saison a été folle avec la COVID-19 et tous les protocoles qu’il a fallu suivre. Mais c’est incroyable de vivre ça, c’est excitant.

Antony Auclair

« C’était déjà un rêve de jouer dans la NFL, je n’avais jamais pensé me rendre au Super Bowl. Je suis une personne qui prend toujours ça une étape à la fois, donc me rendre au Super Bowl, c’est un moment assez intense. »

Le Beauceron de 27 ans espère encore que certains membres de sa famille pourront assister au gros match, mais la situation se complique.

« Justin Trudeau et Joe Biden vont changer la réglementation pour que ce soit encore plus difficile de voyager, alors c’est vraiment compliqué. C’est une drôle d’année pour se rendre au Super Bowl. Je suis content d’un côté, mais je ne peux pas en profiter pleinement en ayant ma famille près de moi. »

Brady et « Gronk »

Puisqu’il évolue à la même position que Gronkowski, Auclair passe la plupart de son temps avec l’équipe en compagnie du légendaire « Gronk ».

PHOTO MATT LUDTKE, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Rob Gronkowski

« Il a toujours le sourire aux lèvres, alors c’est difficile de ne pas être de bonne humeur lorsqu’on est avec lui. [Brady et Gronkowski] travaillent très fort et ils le font constamment. Ce sont de bons exemples à suivre et je suis vraiment heureux de pouvoir les côtoyer. Ce sont des joueurs extraordinaires, évidemment, et ce sont de très bons gars, aussi. Je passe mes journées avec Gronk et c’est un type vraiment drôle. »

Auclair a la chance de voir le grand Brady à l’œuvre tous les jours. Et ce sont le sang-froid et la concentration hors pair du quart-arrière qui l’impressionnent le plus.

« Il a joué tellement de matchs en séries. Il a donc acquis beaucoup d’expérience dans les éliminatoires. Le calme qu’il affiche durant les matchs est vraiment impressionnant. Sa mentalité est toujours de se concentrer pleinement sur le prochain jeu, que le précédent ait été bon ou mauvais. C’est vraiment une attitude qu’on doit tous adopter dans notre équipe. »

PHOTO CHRIS O’MEARA, ASSOCIATED PRESS

Tom Brady à l’entraînement

« C’est un excellent coéquipier, sûrement le meilleur de tous les temps. Il aide toujours des recrues durant nos entraînements. Ça donne vraiment confiance de voir qu’un joueur de sa trempe a confiance en nous. Ça fait une énorme différence pour des recrues ou un joueur comme moi, qui n’est même pas originaire des États-Unis. »

Auclair n’avait jamais participé aux séries avec les Buccaneers avant cette année. Même si l’arrivée de vétérans aguerris a eu un énorme impact sur l’équipe, Auclair estime que les insuccès des Bucs n’ont jamais été une question d’effort.

« L’éthique de travail que des joueurs comme Tom, Rob et Antonio Brown ont apportée, c’est fou de voir ça. Voir la façon dont ils travaillent après autant de temps dans la ligue, ça nous donne envie de faire comme eux.

« Mais même dans nos saisons perdantes, on a toujours eu des joueurs qui travaillaient extrêmement fort et on avait un bon esprit d’équipe. Je pense que l’acquisition de certains joueurs durant la saison morte a fait en sorte que la confiance de nos joueurs s’est développée d’une grande façon. Notre équipe est vraiment plus confiante. »

Rendez-vous raté avec Duvernay-Tardif

Représenté par l’agent Sasha Ghavami comme Laurent Duvernay-Tardif, Auclair connaît bien le garde des Chiefs de Kansas City. Les deux joueurs, toutefois, n’avaient toujours pas communiqué ensemble, jeudi après-midi.

« L’année dernière, c’est moi qui l’avais regardé jouer au Super Bowl, et c’était incroyable. Qu’un joueur du Québec et du Canada participe au Super Bowl pour la deuxième année d’affilée, c’est fantastique.

« C’était mon rêve de l’affronter cette saison [les Chiefs et les Buccaneers se sont affrontés en novembre], mais malheureusement, il a décidé de ne pas jouer. Il fait tout un travail contre la COVID au Québec. Ça aurait été vraiment fou de jouer contre lui au Super Bowl, mais qui sait, ça se produira peut-être un jour. »

On ne sait toujours pas si Auclair sera en uniforme lors du Super Bowl, lui qui a été laissé de côté lors des trois premiers matchs éliminatoires des Buccaneers. Reconnu pour être un ailier rapproché qui bloque particulièrement bien, Auclair évolue derrière un futur membre du Temple de la renommée, soit Gronkowski, et Cameron Brate, qui s’illustre quant à lui comme receveur.

Je n’ai pas joué dans les derniers matchs, mais il n’y a rien qui changeait au niveau de ma préparation. Je vais faire la même chose pour le Super Bowl. On ne sait pas encore ce qu’on planifie de ce côté-là, mais je vais me préparer comme si j’allais jouer.

Antony Auclair

Auclair pourrait obtenir son autonomie en mars. S’il n’est pas de retour avec les Buccaneers, d’autres équipes cogneront assurément à sa porte. Les ailiers rapprochés qui bloquent bien sont une denrée de plus en plus rare.

« On n’obtient pas toujours la reconnaissance que nous méritons, même si on doit bloquer des joueurs imposants. On appelle ça une mention d’assistance. Si je bloque un joueur et que ça permet à Gronk d’attraper une passe de 30 verges, c’est comme si j’avais réussi une mention d’assistance. Ça ne me dérange pas vraiment de jouer dans l’ombre, j’aime mon rôle et j’aime jouer au football, c’est ce qui compte. »

À la maison contre les Chiefs

PHOTO MIKE EHRMANN, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Le Raymond James Stadium, à Tampa

Les Buccaneers seront les premiers de l’histoire à disputer un Super Bowl dans leur propre stade. Même si l’expérience sera différente en raison de la pandémie, Auclair sent qu’il y a de l’engouement pour les Bucs à Tampa et avoue que ce sera un avantage pour son équipe de rester dans sa ville.

« Quand on est revenus du match de championnat de la NFC, il y avait des milliers de personnes qui nous attendaient à l’aéroport. C’était plaisant de voir ça et c’est à ce moment qu’on a réalisé que la ville de Tampa était derrière nous et qu’elle était vraiment excitée.

« C’est sûr que c’est un avantage parce qu’on est dans nos affaires. En temps normal, il faudrait voyager la semaine précédente et faire la semaine des médias dans une autre ville en restant à l’hôtel. On a la chance d’avoir le confort de la maison. C’est un avantage, mais on ne peut pas trop y accorder d’importance. Les Chiefs sont venus à Tampa durant la saison et ils nous ont vaincus. »

Les Chiefs l’avaient effectivement emporté, 27-24, le 29 novembre. Si on exclut leur dernier match de la saison, lors duquel Patrick Mahomes et plusieurs autres joueurs clés n’étaient pas en uniforme, les Chiefs ont gagné 25 de leurs 26 derniers matchs, séries éliminatoires comprises… Auclair a cependant rappelé que les Bucs avaient une excellente formation, eux aussi.

« Notre défense joue extrêmement bien, notamment notre tertiaire. Elle est jeune et elle s’améliore constamment. Toute l’équipe joue avec confiance. C’est une très bonne équipe, mais on est une très bonne équipe, nous aussi. »