De passage à Montréal dans le cadre de sa tournée annuelle pour rencontrer des partisans de la LCF, Randy Ambrosie en a profité pour répondre aux questions des journalistes, mardi. Le commissaire du circuit canadien a avoué que la saga entourant la vente des Alouettes avait été très difficile.  

Miguel Bujold Miguel Bujold
La Presse

« Je dirais que 2019 a probablement été l’année la plus difficile de ma carrière professionnelle et ce fut en grande partie à cause de l’instabilité qu’il y avait chez les Alouettes », a admis Ambrosie.  

« Mais compte tenu de la façon dont les choses sont tombées en place, je pense que ça pourrait également devenir l’année la plus satisfaisante de ma carrière. »

Ambrosie a été catégorique. L’offre que la LCF a accepté des nouveaux propriétaires des Alouettes, Gary Stern et Sid Spiegel, était de loin la meilleure.

« C’était clairement la meilleure offre, et c’était le meilleur scénario qu’on pouvait espérer pour les Alouettes et leurs partisans. Je pense qu’on se retrouve avec le meilleur des deux mondes, les Alouettes ont un groupe de propriétaires solide, et ce sont deux Québécois francophones (Mario Cecchini et Danny Maciocia), nés à Montréal, qui gèreront l’équipe. »

Avec le recul, Ambrosie changerait toutefois une chose dans le dossier de la vente des Alouettes.  

« Je pense qu’on aurait dû mieux définir ce qu’on recherchait des nouveaux propriétaires dès le départ. Mais on voulait donner la chance à tous les groupes intéressés de se manifester et faire des offres. On s’est alors retrouvé avec des offres très différentes les unes des autres et ça devenait difficile de les évaluer et les comparer. »

La LCF 2.0

Tandis que la situation des équipes dans les trois plus grands marchés de la LCF (Toronto, Montréal et Vancouver) demeure chancelante, Ambrosie continue d’aller de l’avant avec son projet de LCF 2.0. La ligue a maintenant conclu des partenariats avec 14 pays, dont le Mexique, l’Allemagne, la France et le Japon. L’objectif est de promouvoir le football canadien à l’international.

« Nous avons des associations avec 14 pays et ça représente 800 millions de personnes. Si notre produit peut intéresser 1 %, 2 % ou 3 % de ces gens, on parlerait alors de 8, 16 ou 24 millions de personnes », a dit Ambrosie, qui mise sur une stratégie d’inclusion.  

« On pourrait devenir la ligue de sport la plus inclusive et internationalisée de l’histoire du sport professionnel. À un moment où le nationalisme et l’isolationnisme semblent prendre de l’ampleur, notre philosophie est plutôt celle d’aller à la rencontre de d’autres nationalités et pays. On veut construire des ponts, pas des murs. »

Le projet et la vision d’Ambrosie sont certainement louables, mais qu’en est-il sur le plan économique ? Un ancien du monde de la finance, Ambrosie est-il vraiment convaincu que sa stratégie rapportera économiquement un jour ?

« Nous n’avons pas eu à investir des sommes substantielles. On fait les choses intelligemment avec des investissements modestes. Je pense qu’éventuellement, le retour sur notre investissement sera au moins 100 fois plus grand que l’argent que nous aurons investi. C’est un projet qui servira à revigorer et à redéfinir la LCF. »

En 2030

Ambrosie voit grand, c’est le moins qu’on puisse dire. Lorsqu’on lui a demandé de nous décrire à quoi ressemblerait la LCF dans 10 ans, il a répondu sans hésiter.

« En 2030, nous aurons des partenariats avec 30 pays et des contrats de télé avec 20 d’entre eux. Le match de la Coupe Grey sera vu par 100 millions de personnes à travers le monde. Nous aurons des joueurs globaux (internationaux), américains et canadiens, qui joueront du football rapide et de très grande qualité. Nous serons devenus l’épicentre du football international. »

« Notre but est clair : on veut devenir la plus grande ligue globale de football au monde », a lancé Ambrosie.

Précisons cependant que le commissaire parlait ici de présence internationale. Ambrosie ne s’attend pas à ce que la LCF devienne plus riche et puissante que la NFL… Cela dit, il n’a aucune difficulté à imaginer des matchs opposant des équipes de différents continents.  

« Absolument que je pense que c’est possible. Une équipe de la LCF pourrait très bien affronter une équipe de joueurs étoiles du Mexique, d’un pays de l’Europe ou du Japon. Pourquoi pas ? Nous sommes au début d’une nouvelle ère. »

« On a une très bonne relation avec la NFL. J’aime cette ligue et je pense qu’elle a construit quelque chose de remarquable. Mais lors d’une conversation que j’ai eu avec Roger Goodell (le commissaire de la NFL), il m’a rappelé que c’était ma responsabilité de m’assurer que la LCF atteigne son plein potentiel. Et c’est ce qu’on est en voie de faire. Je pense qu’on peut très bien cohabiter les deux ligues ensemble. »

La NFL à Toronto

Alors que la LCF tentera de prendre racine aux quatre coins de la planète, la XFL cherchera à s’établir comme un joueur important dans le marché du football professionnel en Amérique.  

Une menace pour la LCF ?

« On doit se concentrer à faire grandir notre propre ligue. Cela dit, ce serait une erreur de ne pas regarder ce qui se passe avec la XFL et ce qu’elle effectue. On doit la respecter, car ce sont des gens sérieux et au final, ils veulent promouvoir le football », a estimé Ambrosie.

La LCF devra également garder le dossier d’une éventuelle arrivée de la NFL à Toronto à l’oeil. Rappelons que dans les jours qui ont précédé le Super Bowl, il y a quelques semaines, certains propriétaires d’équipes, dont Arthur Blank des Falcons d’Atlanta, ont évoqué la Ville reine lorsqu’il a été question d’une potentielle expansion. L’arrivée de la NFL sonnerait fort probablement le glas des Argonauts, déjà fragiles.  

« Écoutez, on ne peut certainement pas blâmer la NFL de s’intéresser à une ville comme Toronto, qui est de calibre international et qui représente un très grand marché. Mais mon focus, c’est de construire la LCF afin qu’elle devienne la plus grande ligue qu’elle peut devenir. Roger Goodell a dit que la construction d’un nouveau stade serait essentielle pour la venue d’une équipe à Toronto et je n’ai toujours pas vu de pelle dans le sol. »

Nouveau format éliminatoire ? 

Ambrosie a récemment expliqué que la LCF songeait à changer son format éliminatoire. Selon la formule envisagée, les deux meilleures équipes de la ligue obtiendraient un congé au premier tour. La troisième accueillerait celle qui aurait terminée au sixième rang du classement général, tandis que les formations ayant finies quatrième et cinquième s’affronteraient.

C’est par la suite que ça deviendrait intéressant. Au lendemain des deux matchs de premier tour, l’équipe qui aurait terminé au premier rang du classement général choisirait quelle équipe elle souhaiterait rencontrer au deuxième tour.   

« Ce serait un peu insultant pour l’équipe qui se ferait choisir par l’équipe de première place, mais ça ajouterait de l’intérêt ! Le sport professionnel est devenu tellement politiquement correct, plus personne ne veut donner de motivation supplémentaire à son adversaire. Mais c’est pourtant ce genre de trucs qui créent de l’intérêt chez les amateurs », a estimé Ambrosie.