En 1983, les Colts de Baltimore détenaient le premier choix du repêchage de la NFL. Considéré comme le meilleur espoir disponible unanimement ou presque, John Elway avait toutefois clairement fait savoir qu’il ne jouerait jamais pour cette organisation.

Miguel Bujold Miguel Bujold
La Presse

Les Colts ont tout de même choisi Elway, mais l’ont finalement échangé aux Broncos de Denver. L’année suivante, on a un peu mieux compris la décision d’Elway. Le propriétaire des Colts, Bob Irsay, le père du proprio actuel Jim Irsay, a littéralement déménagé son équipe à Indianapolis en pleine nuit.

Dans ce qui est appelé le « Mayflower Move » parce que c’est l’entreprise Mayflower qui s’était chargée du déménagement, 14 camions qui transportaient tout l’équipement et le matériel des Colts avaient quitté Baltimore en direction d’Indianapolis dans la nuit du 28 mars 1984.

Pourquoi vous parle-t-on de cette histoire en ce beau matin de décembre 2020 ? Parce qu’il y a un autre jeune quart-arrière qui pourrait fort bien être le premier choix du prochain repêchage en avril et qui refusera peut-être de se joindre à l’équipe qui le repêchera. Comme Elway ou encore Eli Manning en 2004. Ce dernier avait forcé la main des Chargers de San Diego, qui l’avaient finalement échangé aux Giants de New York.

Soyons clair : Trevor Lawrence n’a toujours pas dit qu’il n’accepterait pas de jouer pour les Jets de New York ou les Jaguars de Jacksonville, les deux équipes qui auront vraisemblablement les deux premiers choix de l’encan de 2021. Lawrence n’a même pas encore confirmé qu’il passerait à la NFL et pourrait choisir de jouer une dernière saison avec Clemson dans la NCAA.

Cela dit, si la meilleure option pour les Jets ou les Jaguars s’avérait d’échanger le premier choix du repêchage, il y a une équipe qui serait particulièrement bien positionnée pour leur faire une offre qui serait difficile à refuser. Et cette équipe est justement celle d’Elway.

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John Elway, président des opérations football et directeur général des Broncos de Denver

Effectivement, les Broncos pourraient se permettre d’échanger plusieurs choix au repêchage, dont leur premier en 2021, qui devrait normalement être dans le top 10 ; leur fiche est actuellement de 4-8. Cela serait rendu possible du fait qu’il y a beaucoup plus de morceaux qui sont déjà en place qu’on pourrait le croire à première vue à Denver.

Beaucoup de potentiel

La première chose qu’il faut savoir, c’est que les Broncos auront disputé presque toute la saison sans quatre de leurs meilleurs joueurs. L’excellent chasseur de quart Von Miller (tendon d’une cheville) et le bloqueur à droite Ja’Wuan James (option COVID-19) n’ont pas joué du tout, tandis que le receveur Courtland Sutton (genou) et le plaqueur Jurrell Casey (biceps) se sont blessés en septembre et rateront le reste de la saison.

Sutton, 25 ans, devait être le pilier d’un groupe de receveurs très prometteur, qui comprend les recrues Jerry Jeudy et K. J. Hamler, qui ont été les deux premiers choix de l’équipe cette année. En plus de ces trois joueurs, les Broncos ont l’ailier espacé Tim Patrick, qui vient de fêter ses 27 ans, et l’ailier rapproché Noah Fant, qui joue sa deuxième saison et qui vient d’avoir 23 ans. Patrick mène l’équipe avec 607 verges de gains et Fant est premier avec 44 attrapés.

Les Broncos ont également une paire de demis offensifs respectable avec Melvin Gordon III et Phillip Lindsay, et grâce notamment aux enseignements de l’entraîneur de l’unité Mike Munchak, la ligne offensive s’améliore et devrait continuer de le faire.

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Melvin Gordon III (25), demi offensif des Broncos de Denver

Le bloqueur à gauche et ancien premier choix Garett Boles connaît sa meilleure saison et a récemment signé une prolongation de 68 millions pour quatre ans. Graham Glasgow et Dalton Risner forment une solide paire de gardes et le centre Lloyd Cushenberry III, un produit de LSU, a été lancé dans la mêlée dès sa première saison et devrait s’améliorer. Avec le retour au jeu de James comme bloqueur à droite, la ligne offensive des Broncos devrait normalement faire partie des 10 meilleures à compter de 2021.

On peut essentiellement dire la même chose au sujet de la ligne défensive. Avec les retours au jeu de Miller et de Casey, ce groupe pourrait être l’un des plus difficiles à contenir de la NFL. À sa troisième saison, l’ailier Bradley Chubb a réussi 7,5 sacs et sera plus dangereux avec la présence de Miller de l’autre côté de la ligne. Le plaqueur Shelby Harris connaît une bonne campagne, lui aussi.

C’est un peu plus incertain du côté des secondeurs, mais il y a quelques joueurs de qualité dans la ligne tertiaire. Justin Simmons est un demi de sûreté de premier plan et la recrue Michael Ojemudia est un demi de coin prometteur.

L’une des autres forces de la défense est Vic Fangio, l’entraîneur-chef. Fangio a été un coordonnateur défensif durant 20 saisons dans la NFL (Panthers, Colts, Texans, 49ers et Bears) et ses défenses ont souvent été parmi les plus étanches de la NFL. Ed Donatell est le coordonnateur défensif des Broncos, mais on devine que Fangio est très impliqué de ce côté du ballon.

Bref, lorsqu’on analyse les Broncos, on se rend rapidement compte qu’il y a beaucoup de potentiel au sein de cette organisation. Et on n’a même pas parlé d’Elway, qui demeure le DG et la personne idéale pour diriger les Broncos, dont il a le logo tatoué sur le cœur.

Lock est-il l’homme de la situation ?

La grande question à Denver, c’est de savoir si Drew Lock représente la solution à long terme à la position la plus importante. Choix de deuxième tour en 2019, Lock a été tantôt bon, tantôt mauvais depuis qu’il est devenu le quart partant des Broncos il y a environ un an.

Les statistiques de Lock ont été très ordinaires depuis le début de sa carrière : 264 en 452 (58,4 %) pour 2938 verges (moyenne de 209 par match), neuf passes de touchés, 13 interceptions et un coefficient d’efficacité de 74,9. Il faut par contre se rappeler qu’il n’a que 14 matchs derrière lui, soit moins d’une saison complète.

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Choix de deuxième tour en 2019, Drew Lock (3) est devenu le quart-arrière partant des Broncos de Denver il y a environ un an.

Mais Elway n’est pas trop du genre à patienter très longtemps. Et le membre du Temple de la renommée est mieux placé que quiconque pour savoir si Lock a le potentiel pour devenir un bon partant ou non. S’il juge que ce n’est pas le cas, il n’hésitera probablement pas à procéder à un changement dès cet hiver.

D’ailleurs, depuis que Peyton Manning a pris sa retraite après la conquête des Broncos il y a cinq ans, aucune équipe n’a fait appel à plus de quarts-arrière comme partant. Pas moins de 10 quarts ont obtenu au moins un départ : Lock, Brock Osweiler, Trevor Siemian, Paxton Lynch, Case Keenum, Joe Flacco, Brandon Allen, Jeff Driskel, Brett Rypien et Kendall Hinton. C’est bien sûr en raison de la situation avec la COVID-19 que Hinton, un receveur sur l’équipe de développement, a été le partant pour un match il y a deux semaines.

Le prochain mois servira d’évaluation dans le cas de Lock. Elway sait bien sûr qu’on commence à s’impatienter à Denver. Même s’il a gagné deux Super Bowls comme joueur et un autre à titre de directeur général, il y a de plus en plus de pression sur lui. Alors s’il croit que c’est nécessaire, parions qu’Elway réussira un grand coup pour trouver le prochain quart des Broncos.

Matthew Stafford et Matt Ryan pourraient être des options intéressantes par le biais d’une transaction. Comme nous le suggérions au début de ce texte, l’acquisition d’un haut choix au repêchage afin de pouvoir sélectionner Lawrence ou Justin Fields en est une autre. Fields est le quart-arrière des Buckeyes d’Ohio State et est coté deuxième quart-arrière de la NCAA par une majorité d’experts.

D’une façon ou de l’autre, les Broncos peuvent se permettre de sacrifier des choix au repêchage pour régler leur problème de quart-arrière. Grâce au bon travail d’Elway, cette équipe est beaucoup plus près de redevenir une équipe gagnante qu’on semble le croire.

Mais les Broncos devront affronter Patrick Mahomes et les Chiefs de Kansas City deux fois par saison au cours des 10 ou 15 prochaines années. Alors pour finir au premier rang de leur division, il leur faudra un quart-arrière de très bon calibre.

Les prédictions de Miguel Bujold

Houston c. Chicago : Chicago

Dallas c. Cincinnati : Cincinnati

Kansas City c. Miami : Kansas City

Arizona c. Giants de New York : Arizona

Minnesota c. Tampa Bay : Tampa Bay

Denver c. Caroline : Caroline

Tennessee c. Jacksonville : Tennessee

Indianapolis c. Las Vegas : Indianapolis

Jets de New York c. Seattle : Seattle

Green Bay c. Detroit : Green Bay

La Nouvelle-Orléans c. Philadelphie : La Nouvelle-Orléans

Atlanta c. Chargers de Los Angeles : Chargers de L. A.

Washington c. San Francisco : Washington

Pittsburgh c. Buffalo : Buffalo

Baltimore c. Cleveland : Cleveland

La semaine dernière : 10-5

Total de la saison : 121-58-1

TROIS MATCHS À NE PAS RATER

KANSAS CITY c. MIAMI, DIMANCHE, 13 h

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Xavien Howard, demi de coin des Dolphins de Miami

L’affrontement entre les Vikings et les Buccaneers (également dimanche à 13 h) aura un impact direct sur la course aux meilleurs deuxièmes dans la Nationale, mais celui entre Kansas City et Miami nous donnera l’occasion de mesurer l’amélioration des jeunes Dolphins. Leur défense subira son plus gros test de la saison et il sera particulièrement intéressant d’observer la confrontation entre leur tertiaire et le prolifique jeu aérien des Chiefs. Les Dolphins sont quinzièmes contre la passe (232,8 verges par match), mais leur paire de demis de coin composée de Xavien Howard et de Byron Jones est possiblement la meilleure du circuit. Howard a déjà réussi huit interceptions en plus d’avoir défendu 16 passes cette saison, tandis que Jones, obtenu à fort prix sur le marché de l’autonomie en mars, ne semble pas être testé si souvent. Jones n’a défendu que deux passes et ne totalise que 23 plaqués.

PITTSBURGH c. BUFFALO, DIMANCHE, 20 h 20

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Josh Allen, quart-arrière des Bills de Buffalo

Les Steelers ne jouent pas bien dernièrement et ils ne méritaient pas de gagner contre Washington. Leurs receveurs ont maintenant échappé 31 passes, le pire rendement de la ligue, et ont carrément été mauvais lors des deux derniers matchs. De l’autre côté du ballon, les blessures continuent de s’additionner. Après Devin Bush et Bud Dupree, qui ne joueront plus en 2020, ce sont Robert Spillane et Joe Haden qui sont tombés au combat. Les deux joueurs devraient rater le match à Buffalo. Les Bills ont quant à eux offert une brillante performance contre les 49ers, lundi soir. Josh Allen a complété 32 de ses 40 passes pour 375 verges et a lancé quatre passes de touchés. Ça lui a valu d’être nommé le joueur offensif de la semaine dans l’Américaine pour une troisième fois cette saison. Allen n’a été victime que de trois sacs à ses trois derniers matchs. La confrontation sur la ligne de mêlée devrait donc être fort intéressante puisque la défense des Steelers tentera d’établir un record en réussissant au moins un sac dans un 70e match d’affilée. Les Buccaneers l’avaient fait 69 matchs de suite de 1999 à 2003.

BALTIMORE c. CLEVELAND, LUNDI, 20 h 15

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Lamar Jackson (8), quart-arrière des Ravens de Baltimore, contre les Cowboys de Dallas

Les Ravens ont retrouvé le chemin de la victoire en disputant un bon match contre Dallas, mardi soir, et ils devront continuer de gagner s’ils veulent participer aux éliminatoires pour une troisième année consécutive. Il y a au moins neuf équipes qui bataillent pour l’obtention de l’une des sept places disponibles qui donnent accès au tournoi, et à l’heure actuelle, les Ravens et les Raiders, qui ont tous deux une fiche de 7-5, seraient les deux équipes exclues. Lamar Jackson a joué son meilleur match depuis un bon moment face aux Cowboys. Privé de l’ailier rapproché Mark Andrews et de l’ailier espacé Willie Snead IV, Jackson a lancé deux passes de touchés et en a ajouté un troisième au sol. Pour les Browns, ce sera une nouvelle occasion de démontrer qu’ils forment maintenant une équipe de pointe de l’Américaine. La clé du match pourrait fort bien être le jeu des défenses contre la course, les Browns et les Ravens possédant deux des plus efficaces jeux au sol de la ligue.