En bon français, on appelle ça « manger une volée ». Le genre de correction qui ébranle la confiance d’un club et qui peut laisser des traces.

Miguel Bujold
Miguel Bujold La Presse

Encensés par tout le monde sur la planète football au cours des dernières semaines, Tom Brady et les Buccaneers de Tampa Bay se sont fait écraser, 38-3, par Drew Brees et les Saints de La Nouvelle-Orléans, dimanche soir. En plus de l’humiliation, c’est un résultat qui risque fort d’avoir une incidence sur le classement dans la Conférence nationale lorsque les séries éliminatoires s’amorceront dans deux mois.

Il a beaucoup été question des nombreux receveurs de talent autour de Brady dernièrement. Dimanche soir, les Saints nous ont toutefois rappelé qu’ils étaient assez bien nantis, eux aussi.

Brees a brillamment réparti ses passes et était au sommet de son art. Le général des Saints a rapidement donné les devants aux siens avec deux passes de touché réussies après avoir fait hésiter la défense des Bucs en regardant ailleurs qu’à l’endroit où il a finalement lancé le ballon. Les Buccaneers ont mordu à l’hameçon les deux fois.

Les deux principaux ailiers espacés des Saints, Michael Thomas et Emmanuel Sanders, étaient de retour au jeu, mais ils ne sont que 2 des 12 joueurs des Saints qui ont attrapé au moins une passe ! En plus de leur domination par la voie des airs, les Saints ont ajouté 138 verges au sol, dont 54 de Taysom Hill.

Indiscutablement le joueur le plus polyvalent de la NFL, Hill a été excellent durant tout le match. En plus de ses sept courses, il a complété deux passes pour 48 verges et en a lui-même capté une pour 21 verges. Il permet à l’attaque des Saints de rester imprévisible.

Mais la grande étoile des Saints a été Brees, qui a maintenant une fiche de 5-2 contre Brady. Brees a été supérieur à son vieux rival sur toute la ligne, lançant quatre passes de touché. Ça lui en donne 564 en carrière, trois de plus que Brady, qui a quant à lui joué l’un de ses pires matchs en carrière, peut-être même le pire.

PHOTO KIM KLEMENT, USA TODAY SPORTS

Drew Brees

Derrière une ligne offensive qui demeure vulnérable lorsqu’elle est opposée à des fronts défensifs de qualité, Brady s’est fait malmener durant toute la soirée. Il a complété 22 de ses 38 passes pour 209 verges, a lancé trois interceptions et a été victime de trois sacs. Il aurait facilement pu terminer la rencontre avec cinq interceptions, et on a eu l’impression que ce sont 10 sacs qu’il avait dû encaisser, pas trois. C’était laid.

Pourtant, tous les receveurs des Buccaneers jouaient : Mike Evans, Chris Godwin, Scotty Miller, Rob Gronkowski et, oui, Antonio Brown. À son premier match en plus d’un an, Brown a capté trois passes pour 31 verges.

Puisque Brown n’est arrivé chez les Bucs qu’il y a une douzaine de jours, son utilisation a été limitée. On a tout de même pu voir que le talent était toujours là, ce qui fait en sorte que son rôle devrait être en constante évolution au cours des prochaines semaines. Il sera d’ailleurs très intéressant de voir de quelle façon réagiront les autres ailiers espacés de l’équipe lorsque Brown sera la cible de 10 ou 15 passes par match de Brady…

Mais si Brady est dominé derrière sa poche protectrice comme il l’a été dimanche soir, son armée de receveurs ne changera pas grand-chose. C’est sur la ligne de mêlée que se décident les matchs de football, et on a bien pu le constater lors de la victoire des Saints. Alors que Brees pouvait travailler derrière un quintette qui est presque toujours excellent en protection de passe, Brady se faisait frapper lors d’un jeu sur deux. Un scénario qu’il a rarement vécu en Nouvelle-Angleterre.

Une équipe mal préparée

Les Buccaneers tiraient de l’arrière 31-0 après 30 minutes de jeu, le plus gros déficit en carrière de Brady lors de l’intermission. Autre statistique gênante, les Bucs ont établi un nouveau record de la NFL en ne courant avec le ballon qu’à cinq reprises – et la cinquième fois, c’est lorsqu’ils ont posé le genou au sol sur le dernier jeu de la partie.

En plus de pouvoir bénéficier d’une excellente protection durant toute sa carrière avec les Patriots, Brady pouvait bien sûr profiter de la préparation maladive de Bill Belichick et de ses adjoints. Bruce Arians, l’entraîneur-chef des Bucs, est un bon « coach », mais dimanche soir, son équipe n’était manifestement pas bien préparée pour un match d’une très grande importance, contrairement à celle de Sean Payton.

On peut également se questionner sur la décision d’Arians d’avoir laissé Brady jouer alors que les Bucs perdaient 38-0 au milieu du quatrième quart. D’autant que c’est à ce moment du match que le quart de 43 ans s’est le plus fait frapper.

Avantage Saints

Il y a 48 heures à peine, la grande majorité des experts et amateurs de football jugeaient que les Buccaneers et les Seahawks de Seattle formaient les deux meilleures formations de la Nationale. Les choses changent parfois rapidement dans la NFL.

Les Saints viennent d’envoyer un message fort aux autres équipes de la conférence. Après un mois de septembre qui a ouvert la porte aux doutes, Drew Brees joue extrêmement bien et est très bien entouré depuis qu’il a retrouvé tous ses coéquipiers.

Quant à la défense, elle vient de prouver qu’elle peut faire le travail contre une attaque de bon niveau. Les Saints ont clairement une meilleure défense que les Seahawks, et leur ligne offensive est nettement plus solide que celle des Buccaneers.

Puisqu’ils ont gagné leurs deux affrontements de la saison contre les Bucs (6-3), les Saints (6-2) ont confirmé qu’ils détiendraient le bris si les deux équipes terminent la saison à égalité. Leur calendrier semble également un peu plus favorable que celui des Buccaneers en deuxième moitié de saison.

Et si les Bucs doivent se contenter du deuxième rang derrière les Saints dans le Sud de la Nationale, ils devront probablement gagner trois matchs à l’étranger afin d’obtenir leur place au Super Bowl. Ils pourraient devoir remporter des victoires à Seattle, à Green Bay et à La Nouvelle-Orléans dans l’espace de 16 jours. Bonne chance !

Non seulement la défaite de dimanche soir a-t-elle été humiliante pour Brady et les Bucs, mais en plus elle a considérablement nui à leurs chances de remporter le Super Bowl, qui doit normalement être disputé à Tampa Bay, le 7 février 2021.