Représentant des Alouettes au sein de l’Association des joueurs de la LCF, John Bowman a été un homme passablement occupé au cours des derniers mois. Le futur membre du Temple de la renommée du football canadien a discuté de l’annulation de la saison, de même que de son avenir professionnel, avec notre journaliste.

Miguel Bujold
Miguel Bujold La Presse

Près d’une semaine après l’annonce qu’il n’y aura pas de saison de la LCF en 2020, John Bowman continue de s’entretenir régulièrement avec des joueurs du circuit. À titre de représentant des Alouettes au sein de l’Association des joueurs, Bowman a été très impliqué dans les négociations des derniers mois.

« Je suis surtout triste du dénouement pour les membres de notre syndicat. On a tous investi beaucoup afin de pouvoir disputer une saison, certains jeunes joueurs n’ont même jamais eu la chance de jouer un seul match. L’autre chose qui m’attriste, c’est le temps que la ligue a mis avant de prendre une décision finale. »

Lorsqu’on lui a demandé qui était le grand responsable du résultat que l’on connaît, Bowman a nuancé ses propos. L’ailier défensif a souvent critiqué le commissaire Randy Ambrosie par le passé, mais s’est gardé de le faire cette fois-ci.

« Au bout du compte, le gouvernement fédéral a pris les décisions qu’il devait prendre, et la ligue a pris les décisions qu’elle devait prendre. Il y a des pandémies approximativement tous les 100 ans. Mais c’est malheureusement la réalité à laquelle nous devons faire face. »

Ma frustration vient du fait que je sens qu’on nous a fait de fausses promesses en cours de route. La ligue est menée d’une certaine façon depuis que j’ai commencé ma carrière et je ne suis pas sûr que ce soit la bonne.

John Bowman

Selon certains observateurs, les coûts de fonctionnement des équipes sont beaucoup trop élevés, et on ne parle pas tant des salaires des joueurs. Le salaire minimum des joueurs devait être de 65 000 $ en 2020 et le plafond salarial des équipes était de 5,25 millions la saison dernière. Ce sont plutôt les entraîneurs et les dirigeants des équipes qui sont de plus en plus souvent montrés du doigt lorsqu’il est question des difficultés financières du circuit canadien.

« Ce n’est pas comme si la ligue n’avait pas de revenus. Il y a entre autres un contrat de télédiffusion qui est intéressant. Mais les coûts de fonctionnement des équipes ont explosé au cours des dernières années. Et je pense que la pandémie a fait réaliser cette réalité aux propriétaires des équipes.

« Les nouveaux propriétaires des Alouettes veulent voir des changements. C’est la même chose pour ceux à Toronto. J’espère simplement que l’Association des joueurs et les propriétaires pourront construire quelque chose de solide ensemble. »

Ville bulle en 2021 ?

Impossible à ce stade de savoir si la LCF réussira à reprendre ses activités le printemps prochain. Bowman estime toutefois que le concept de ville bulle, qui aurait été Winnipeg, s’il y avait eu une saison écourtée à l’automne, devrait être privilégié si la pandémie de la COVID-19 force les équipes à jouer devant des gradins vides.

« La Santé publique décidera bien sûr d’une grande partie de ce qui se passera. On sait tous que la LCF dépend des revenus qu’elle génère aux guichets, alors que plus de 75 % de ceux-ci proviennent des billets et de la consommation des spectateurs à l’intérieur des stades. »

Si les spectateurs ne peuvent assister aux matchs, je ne crois toutefois pas que ce serait très logique de jouer dans neuf stades différents. Je présume donc que le concept de ville bulle serait privilégié.

John Bowman

Bowman a été directement impliqué dans le plan de la LCF afin de pouvoir jouer dans une ville bulle. La Santé publique du Canada s’était d’ailleurs montrée encouragée par les différentes mesures proposées par la LCF.

« Je faisais partie du comité qui travaillait sur la sécurité du plan de relance. Il s’agissait des tests pour le coronavirus qu’on aurait fait subir, des délais à respecter, de la distanciation sociale, etc. Ça a été beaucoup de travail, et malheureusement, on l’a fait en vain. »

Une après-carrière à Montréal

La dernière fois que l’auteur de ces lignes s’était entretenu avec Bowman, en mai, l’ailier défensif avait indiqué qu’une saison annulée se traduirait fort probablement par la fin de son illustre carrière de 14 saisons.

Meneur de l’histoire des Alouettes avec 134 sacs en carrière, Bowman occupe actuellement le sixième rang de la LCF à ce chapitre, à un sac de Joe Montford et du cinquième rang. Grover Covington est premier avec 157.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Meneur de l’histoire des Alouettes avec 134 sacs en carrière, John Bowman occupe actuellement le sixième rang de la LCF à ce chapitre.

Bowman a réussi 8 sacs en 16 matchs la saison dernière. Bien qu’il ait eu 38 ans en juillet et qu’il ne soit plus aussi dominant qu’à ses meilleures campagnes, Bowman demeure le meilleur chasseur de quarts des Alouettes jusqu’à preuve du contraire.

L’ailier défensif a-t-il déjà décidé s’il mettait effectivement un terme à sa carrière ?

Oui, mais je ne veux pas entrer dans les détails. Mon travail est actuellement d’aider les membres de notre association du mieux que je le peux. Mais j’ai eu une belle carrière [a great run]. Si j’ai effectivement disputé ma dernière partie, il s’agissait d’un match éliminatoire devant nos partisans [en novembre 2019], alors c’est une bonne chose.

John Bowman

S’il est resté un peu vague quant à son avenir sur le terrain, Bowman a été catégorique sur un point : Montréal est l’endroit où il veut vivre. L’Américain souhaite demeurer au Québec même s’il ne joue plus.

« J’adorerais rester à Montréal. Ça fait même deux ou trois ans que je ne suis pas retourné dans ma ville [New York], et à vrai dire, personne ne sait qui je suis là-bas. Je pense m’être forgé une certaine réputation à Montréal et j’aimerais pouvoir y ajouter. »

« Je me suis fait beaucoup de contacts à Montréal au fil des ans et j’ai bien sûr réfléchi à ce que j’aimerais faire après ma carrière. Cela dit, c’est une période difficile pour tout le monde. Plusieurs des milieux dans lesquels j’aimerais pouvoir travailler réduisent actuellement leurs effectifs. Ils n’embauchent pas. »

Dans un monde idéal, Bowman souhaiterait-il rester au service des Alouettes ?

« Vous pourriez peut-être passer un coup de fil à Mario Cecchini [le président des Alouettes] et à Gary Stern [le propriétaire] pour leur dire de me trouver un emploi qui paie bien dans le club ! »