Le « Don » nous a quittés, mais il restera pour toujours dans le cœur de Jim Popp.

Dan Ralph
La Presse canadienne

Don Matthews, l’un des entraîneurs les plus prolifiques de l’histoire de la LCF, est décédé il y a trois ans — le 14 juin 2017 — à l’âge de 77 ans. L’homme originaire d’Amesbury, au Massachusetts, a passé 22 saisons à la barre de diverses équipes de la LCF, remportant 231 matchs et cinq coupes Grey.

Popp a rencontré Matthews pour la première fois chez les Roughriders de la Saskatchewan en 1992, alors qu’il agissait à titre d’instructeur des ailiers espacés sous l’égide de Matthews.

« J’avais une relation très spéciale avec Don, a admis Popp. Il n’entretenait pas beaucoup d’amitiés, mais nous entretenions une relation très respectueuse, et chaleureuse.

Parfois, c’était une relation entraîneur/directeur général, d’autres fois une relation fraternelle, et parfois une relation père/fils. Peu importe ce que c’était, c’est ce que nous vivions », a-t-il précisé.

Popp et Matthews ont ensuite travaillé ensemble en deux autres occasions. D’abord à titre de directeur du personnel sportif et d’entraîneur-chef de l’équipe d’expansion des Stallions de Baltimore (1994-95), puis lorsque Popp a occupé le poste de directeur général et Matthews celui d’entraîneur-chef des Alouettes de Montréal (2002-06).

Il y a 25 ans, Popp et Matthews ont conquis la Coupe Grey et permis aux Stallions de devenir le premier — et seul — club américain à décrocher le titre du circuit canadien. Ils ont remis ça en 2002 avec les Oiseaux.

Matthews était surnommé affectueusement « The Don », pour une bonne raison. Il était un personnage plus grand que nature, à l’esprit vif, qui adorait les feux de la rampe, mais qui aimait aussi garder les gens qui l’entouraient sur un pied d’alerte, notamment à cause de son style plutôt abrasif.

« Si tu évitais de te retrouver sur sa liste noire, alors les choses allaient bien, a confié l’ex-demi offensif étoile Mike Pringle, qui a joué pour Matthews à Baltimore et Montréal. Si tu te retrouvais sur celle-ci, alors les problèmes arrivaient rapidement.

Il nous laissait beaucoup de libertés, pour exprimer notre personnalité tant sur le terrain qu’à l’extérieur de celui-ci, à condition que nous nous présentions et que nous haussions notre niveau de jeu à chaque match. Si ce n’était pas le cas, alors il montrait sa vraie personnalité, très autoritaire. »

Popp a souligné que Matthews avait tenté de le convaincre de le rejoindre chez les Argonauts de Toronto après la conquête de la coupe Grey des Stallions en 1995, mais qu’il avait plutôt choisi de demeurer fidèle à l’organisation qui a déménagé ses pénates à Montréal.

« Il croyait que j’étais un vrai cinglé lorsque j’ai décidé de déménager à Montréal, parce qu’il croyait que le projet allait échouer, a confié Popp. Mais j’y suis allé, j’ai apprécié la possibilité de bâtir ce club et de le voir atteindre les plus grands honneurs.

Quand il a accepté le poste à Montréal (en 2002), c’est la première chose qu’il a mentionnée (au propriétaire des Alouettes, Robert Wetenhall). Il a dit : “Avant même de répondre à une seule question, je veux simplement vous dire que j’ai toujours cru que cette organisation serait un échec. Je l’ai dit à Jim… la seule raison pour laquelle je suis ici aujourd’hui, c’est à cause de Jim”.

J’ai demandé à M. Wetenhall de s’asseoir avec lui pendant une heure parce que je me disais qu’il verrait l’homme de football. Ce fut un seul entretien, et il avait le boulot », s’est-il souvenu.

Et malgré toute la volonté et les succès de Matthews, Popp a souligné qu’il se réinventait constamment.

« Don n’a jamais voulu d’un jeune joueur, d’une recrue, a évoqué Popp. Il n’y croyait pas, jusqu’à ce qu’il triomphe à Baltimore, et par la suite Don a changé sa façon de faire, parce qu’il avait réalisé que c’était envisageable.

Nous disposions de nombreux vétérans de la LCF, et les avions entourés de très bons joueurs qui ignoraient tout de la ligue, et ç’a été une expérience très instructive. Il a fallu du temps, franchir une étape à la fois, leur enseigner la bonne façon de faire, en misant sur les leaders dans le vestiaire, et ç’a fonctionné », a-t-il résumé.

L’entraîneur-chef des Patriots de la Nouvelle-Angleterre Bill Belichick — six fois champion du Super Bowl — est considéré comme une sommité parmi les entraîneurs de la NFL. Popp ne peut s’empêcher de rire lorsqu’il constate que Belichick fait les manchettes pour ses commentaires rudes et son tempérament brusque.

« Ce n’est pas comme si ça ne s’était jamais produit dans notre ligue, car Don était là, a rappelé Popp. Don et Belichick sont des êtres très intelligents, mais je ris chaque fois que ça se produit parce que j’ai déjà tout vécu ça auparavant. »