Éric Deslauriers se souvient de la date précise. C’était le 3 décembre 2018, le jour où il a appris qu’il ne faisait plus partie des Alouettes. De retour avec l’équipe depuis juillet dernier, l’ancien receveur espère ne pas avoir à revivre un épisode similaire prochainement.

Miguel Bujold Miguel Bujold
La Presse

Choix de premier tour des Alouettes en 2006, Éric Deslauriers a joué neuf saisons avec l’équipe (de 2007 à 2015), puis a accepté une offre de l’ancien directeur général Jim Popp et est devenu l’un des recruteurs du club en janvier 2016.

Après 12 ans dans le nid, Deslauriers a donc été sonné d’apprendre qu’il n’était plus un membre de l’organisation il y a un peu moins d’un an.

« Je savais que le nouveau plafond salarial pour les opérations football allait entrer en vigueur l’année suivante, et je n’avais pas de contrat pour 2019. Mais si je me fiais à ce qu’on me disait, je n’avais pas à m’inquiéter », a raconté Deslauriers il y a quelques jours.

« Lorsque je suis arrivé au bureau ce jour-là, la personne qui s’occupe habituellement des contrats de l’équipe était avec Kavis [Reed] et ils m’ont appelé. Je pensais que c’était pour renouveler mon contrat, mais ils m’ont plutôt présenté une lettre qui m’indiquait que mon contrat n’allait pas être renouvelé. »

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Éric Deslauriers est dans le monde du football depuis 26 ans.

Deslauriers a d’abord cru qu’il recevrait une nouvelle offre des Alouettes pour occuper un autre poste dans l’organisation. Mais elle n’est pas venue.

« Je pensais peut-être que j’obtiendrais un poste de consultant avec un salaire moins élevé. Ou peut-être qu’ils ne me voulaient tout simplement plus dans les bureaux, je ne savais plus quoi penser.

« Je n’avais jamais fait de curriculum vitæ. Je n’avais jamais eu à me chercher un emploi parce que je n’avais jamais perdu d’emploi. À part avoir été libéré par les Steelers [de Pittsburgh], je n’avais jamais vécu quelque chose de similaire. C’était la première fois que je me faisais mettre à la porte, alors j’ai vécu un gros down, c’est sûr. »

Deslauriers a reçu quelques appels. D’autres équipes de la Ligue canadienne de football (LCF) voulaient savoir s’il était disposé à déménager. Le cœur n’y était tout simplement pas.

J’ai le logo des Alouettes tatoué sur le cœur, je ne m’en cache pas. Lorsque j’étais joueur, j’ai eu des opportunités d’aller ailleurs pour plus d’argent. Mais ce sont les Alouettes qui m’ont donné ma première chance. J’adore cette équipe depuis que je suis tout petit.

Éric Deslauriers

Le départ de Reed

Peu de temps après le congédiement de Kavis Reed, en juillet dernier, Deslauriers a reçu un appel de l’adjoint au DG Joe Mack, qui allait en quelque sorte remplacer Reed. On lui offrait le poste de coordonnateur du personnel des joueurs.

En clair, Mack, l’entraîneur-chef Khari Jones et Deslauriers se partageraient les tâches qui reviennent normalement au directeur général.

Vu le timing du retour de Deslauriers dans l’organisation, on peut présumer que Reed y était pour beaucoup dans son renvoi.

« Je pense que c’est Kavis qui a pris la décision, mais je ne pense pas qu’il l’a prise sans consulter d’autres gens. On n’était peut-être pas toujours sur la même longueur d’onde lui et moi, mais on se respectait et on travaillait bien ensemble », a soutenu Deslauriers.

« J’ai compris la décision de l’équipe et ça fait partie du football professionnel. Mais je ne me suis fermé aucune porte. Je n’ai pas dénigré l’équipe ou Kavis. Même si on ne s’entendait pas super bien, il m’a quand même donné une chance. Jim m’avait donné ma première, mais Kavis m’a tout de même offert un deuxième contrat et il n’était pas obligé de le faire », a précisé Deslauriers.

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Éric Deslauriers n’a pas de contrat pour 2020. Il espère ne pas avoir à revivre une situation similaire à celle de décembre dernier, quand il a appris qu’il ne faisait plus partie des Alouettes.

Bonne relation avec Jones

Lorsqu’il a parlé au bilan de fin de saison de l’équipe, le 15 novembre, Khari Jones a pris soin de souligner le travail accompli par Mack et Deslauriers au cours des derniers mois. L’entraîneur-chef apprécie le Québécois.

« En gros, mon travail, c’était de servir de lien entre Khari et Joe Mack. C’est également moi qui expliquais aux joueurs quel serait leur rôle pour la semaine qui commençait, s’ils jouaient, s’ils étaient laissés de côté ou s’ils faisaient partie de l’équipe de pratique [scout team]. »

Deslauriers n’a pas de contrat pour 2020. Il espère évidemment ne pas avoir à revivre une situation similaire à celle de décembre dernier, même s’il comprend bien la position actuelle dans laquelle se retrouve l’équipe.

« La réalité, c’est que le DG qui sera embauché va vouloir amener son monde. Est-ce que je pense qu’il va m’écouter et que j’ai une valeur aux yeux de l’organisation ? Oui. Mais je ne suis pas naïf. Je sais que cette personne voudra travailler avec des gens qu’elle connaît bien. »

« Mais je pense que j’ai fait un bon travail comme coordonnateur du personnel des joueurs et que les entraîneurs et les joueurs de l’équipe l’ont apprécié. Alors si on m’offrait d’avoir le même poste, j’accepterais tout de suite. »

Un candidat obscur ?

Les Alouettes devraient annoncer l’identité de leur nouveau directeur général au cours des prochaines semaines. Rappelons que Wally Buono a été embauché comme conseiller dans cette recherche.

Deslauriers est-il un candidat obscur, un dark horse comme disent les anglophones, pour le poste ? Il répond certainement à quelques critères.

« J’ai rencontré beaucoup de gens dans les camps de la NFL lorsque j’étais recruteur et j’essaie toujours d’emmagasiner le plus d’information possible. J’ai joué durant neuf ans. Est-ce que ça me donne une expertise ? Peut-être pas, mais ça me fait comprendre de quelle façon les entraîneurs et les joueurs communiquent ensemble. »

J’ai encore beaucoup de choses à apprendre, mais je pense que les gens peuvent également voir ce que j’apporte à la table. Ça fait 26 ans que je suis dans le football. J’ai joué au Canada et aux États-Unis [cinq saisons à l’Université Eastern Michigan], j’ai vu et participé à des camps dans la NFL. Je pense que j’apporte une bonne expérience.

Éric Deslauriers

Deslauriers a également l’avantage d’être bilingue. Même si sa famille est francophone, Deslauriers a toujours étudié en anglais, notamment en raison du football. Il avoue donc être plus à l’aise à parler en anglais, même si son français est convenable.

« Je me sens à l’aise de parler en français avec les gens. C’est lorsqu’il y a une caméra devant moi que j’ai plus de difficulté. Presque tout se passe en anglais au football et ça fait longtemps que c’est mon univers », rappelle-t-il.

Alors, Deslauriers postulera-t-il ?

« J’aimerais ça qu’on m’écoute et que ma vision soit connue. Est-ce que je pense que c’est réaliste ? Personnellement, oui. Mais peut-être pas aux yeux de l’organisation et des médias. Alors pour tout de suite, je vais prendre ça une étape à la fois. Les Alouettes me tiennent à cœur et ce que je veux d’abord et avant tout, c’est faire partie de l’équipe. »