Créée en 1838 à Wolfville, en Nouvelle-Écosse, l’Université Acadia est l’un de ces établissements où l’on a l’impression que le temps s’est un peu arrêté.

Michel Marois Michel Marois
La Presse

C’est là qu’a débarqué Jeff Cummins il y a 16 ans, pour prendre en charge le programme de football. Originaire de la Californie, le flamboyant joueur de ligne défensive venait de mettre un terme à une carrière de sept saisons dans la LCF et l’Arena Football League.

Anthony Calvillo a joué avec lui en 1994 avec le Posse de Las Vegas. « Nous avions le même agent, et je me souviens de lui comme d’un coéquipier très amusant. C’est aussi un merveilleux être humain, et je suis content de voir qu’il a trouvé le bonheur dans une petite ville des Maritimes. »

Cummins semble effectivement très heureux à Wolfville. Ses Axemen viennent de connaître une saison parfaite et disputent samedi la Coupe Uteck contre les Carabins de l’Université de Montréal. Une occasion de retrouver de vieilles connaissances, puisqu’il a aussi croisé Danny Maciocia à l’époque où il jouait dans la LCF.

PHOTO FOURNIE PAR LES AXEMEN D’ACADIA

Jeff Cummins a débarqué à Wolfville, en Nouvelle-Écosse, il y a 16 ans, pour prendre en charge le programme de football de l’Université Acadia.

Encore invaincus cette saison, les Axemen ont remporté le titre de leur association samedi dernier avec un gain de 30-1 sur les Gaiters de Bishop’s. « Nous avons eu une excellente saison et avons été heureux de remporter la finale comme nous l’avons fait samedi dernier », a souligné Cummins en entrevue cette semaine. « C’était la troisième fois que nous affrontions Bishop’s et, quand on joue aussi souvent contre une équipe, on en vient à connaître ses forces, ses faiblesses ; c’est un peu plus facile de se préparer. »

Ce sera évidemment très différent d’affronter les Carabins, une équipe que nous n’avons pas affrontée depuis trois ans. Nous savons quand même qu’il s’agit d’une formidable formation, très bien dirigée, comme ils l’ont démontré en battant Laval en finale du Québec.

Jeff Cummins, entraîneur-chef des Axemen d’Acadia

« En attaque, leur jeu au sol est dangereux, avec un excellent porteur de ballon [Ryth-Jean Giraud] et un quart-arrière très mobile [Frédéric Paquette-Perrault]. Ils ont aussi de bons receveurs, notamment le numéro 20 [Kevin Kaya], qui peut toujours réussir de gros jeux. Leur ligne offensive est solide, et l’attaque est très forte techniquement.

« En défense, ils sont très athlétiques. Ils n’ont pas de gros joueurs de ligne comme je l’étais et comme on en voit dans notre association, mais tous leurs joueurs sont mobiles et peuvent continuellement varier leurs positions. Les secondeurs peuvent reculer en couverture, les demis peuvent foncer sur le quart, on ne sait jamais ce qu’ils vont faire. »

Prêts à tout donner

Voilà une évaluation très lucide de ses adversaires qui montre que Cummins aborde la Coupe Uteck avec réalisme. Cela fait déjà 12 ans qu’une équipe des Maritimes a pris part à la Coupe Vanier, 17 ans qu’une formation a remporté le titre canadien.

Comment les Axemen peuvent-ils mettre fin à cette séquence ?

« Si je connaissais la réponse à cette question, on aurait déjà gagné la Coupe Vanier depuis longtemps ! », a répondu l’entraîneur-chef en éclatant de rire.

« En fait, c’est très difficile pour une équipe de notre association. Nous jouons toujours contre les mêmes équipes et avons tous sensiblement le même style de jeu. Quand nous arrivons à la demi-finale nationale, nous affrontons une équipe que nous ne connaissons pas et qui pratique un style de jeu très différent de celui auquel nous sommes habitués. »

Il n’y a pas de recette miracle, il faut aller sur le terrain et gagner, mais c’est très difficile contre les meilleures équipes au pays, comme les Carabins.

Jeff Cummins

« Jouer sur notre terrain va surtout nous aider à être à l’aise pour préparer ce match. Nous avons pu garder la même routine qu’au cours des dernières semaines, alors que les Carabins vont devoir effectuer un déplacement en avion – ce qu’ils ne font jamais en saison – et qu’ils vont devoir s’ajuster à un environnement et des horaires inhabituels pour eux.

« Cette semaine, j’ai redonné à mes joueurs les mêmes conseils qu’au cours des dernières semaines : il va falloir protéger le ballon en attaque, réussir à stopper le jeu au sol en défense. C’est évident qu’il va falloir jouer notre meilleur match de l’année si on veut avoir une chance de rivaliser avec Montréal. Chose certaine, nos joueurs vont tout donner sur le terrain. »

Au-delà des coupes, des victoires et des exploits sportifs, Cummins est surtout fier du groupe d’étudiants-athlètes qu’il a dirigé cette saison : « Notre groupe de meneurs a vraiment été exceptionnel, comme une extension du groupe d’entraîneurs. Ils ont toujours prêché par l’exemple en étant les premiers sur le terrain à l’entraînement, les derniers à quitter le vestiaire.

« Ce sont aussi d’excellents étudiants : nous avons 21 étoiles scolaires, dont 11 joueurs qui n’ont obtenu que des A dans leur bulletin. Grâce à ces joueurs, nous avons obtenu des succès sur le terrain et à l’extérieur. Et ce sont encore eux qui vont nous aider à offrir le meilleur de nous-mêmes, samedi, contre les Carabins. »

Un joueur à stopper

Joueur offensif par excellence dans l’association de l’Atlantique, le porteur de ballon Dale Wright est le joueur le plus dangereux des Axemen d’Acadia en attaque. Avec huit touchés en saison, trois autres la semaine dernière en finale d’association, le joueur de quatrième année peut changer l’allure d’un match à lui seul.

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Joueur offensif par excellence dans l’association de l’Atlantique, le porteur de ballon Dale Wright est le joueur le plus dangereux des Axemen d’Acadia en attaque.

« Nous sommes contents de la saison jusqu’ici, mais nous savons qu’il va falloir faire encore bien mieux samedi contre les Carabins », a souligné Wright en entrevue. « J’ai pu rencontrer quelques-uns de leurs joueurs lors du match Est-Ouest, l’été dernier, et nous savons qu’ils ont une excellente défense. Nous avons bien étudié les films de leurs matchs cette semaine afin de nous préparer. »

Natif de Markham, près de Toronto, Wright avoue qu’il a hésité avant d’opter pour Acadia. « Je savais que je prenais un risque en quittant la maison pour aller étudier dans une petite ville des Maritimes, mais je n’ai jamais regretté mon choix. »

J’ai beaucoup progressé depuis que je suis ici, tant comme joueur que comme étudiant.

Dale Wright

Les Axemen peuvent aussi miser sur un excellent quart, Hunter Guenard, qui a amassé des gains de 2287 verges par la passe avec 16 touchés. Ses cibles préférées ont été Cordell Hastings et Glodin Mulali, qui ont totalisé une moyenne de 170 verges de gains aériens par match cette saison.

Comme un voyage d’affaires

Du côté des Carabins, l’équipe est confiante, sans toutefois sous-estimer les Axemen. Calvillo a insisté : « Je connais Jeff, ses joueurs seront prêts. Ils n’ont pas perdu cette saison. Leur jeu est relativement simple, mais ils sont très bons dans ce qu’ils font. »

Maciocia souligne quant à lui : « Ce n’est pas l’équipe que nous avions affrontée il y a trois ans. Ils ont des armes en attaque, un bon porteur de ballon, un bon quart-arrière, de bons receveurs. Leur front défensif est aussi très intéressant. On sait aussi que dans les Maritimes, le vent est toujours un facteur important, et on annonce des rafales de plus de 25 km/h samedi après-midi. »

Pour le match, on souhaite prendre rapidement l’avance, comme on l’a fait à Québec samedi dernier.

Danny Maciocia, entraîneur-chef des Carabins de l’Université de Montréal

« Jouer avec une avance procure un élan, tout en permettant aux joueurs d’être plus confiants. En défense, on sait qu’Acadia va vouloir établir son jeu au sol, on en est très conscients. Ils ont une grosse ligne à l’attaque et ce sera très important pour nous de remporter la bataille de la ligne de mêlée. »

Les Carabins n’ont pas l’habitude des déplacements en avion, et le vol vers Halifax ne s’est pas déroulé exactement comme prévu. L’avion nolisé a dû effectuer un atterrissage d’urgence à Saint-Hubert plus tôt dans la journée, en raison d’un problème technique, et l’équipe a dû trouver un autre appareil. C’est donc avec deux heures de retard que les Carabins sont arrivés à Wolfville en fin d’après-midi.

Maciocia ne croit pas que la préparation de ses joueurs a été perturbée. « Je pense qu’on est prêts, a-t-il assuré. On a bien planifié la semaine. On a eu trois bons entraînements, on sait ce qu’on a à faire à Acadia. C’est comme un voyage d’affaires. »

Samedi

Coupe Uteck : Montréal c. Acadia, à Wolfville (N.-É.), 13 h

Coupe Mitchell : McMaster c. Calgary, à Calgary, 15 h