La vente des Alouettes à la LCF étant maintenant confirmée, il y a une chose que les amateurs de football de Montréal et du Québec devraient faire à l’unisson : dire un énorme « merci » à la famille Wetenhall.

Miguel Bujold
Miguel Bujold La Presse

Ne laissons pas les dernières années ternir tout le succès que les Alouettes et leurs partisans ont pu goûter durant le règne de Robert Wetenhall. Cette équipe a atteint le match de la Coupe Grey à huit reprises et l’a gagnée trois fois. Elle nous a donné Calvillo, Cahoon, Bowman, Pringle, Vercheval, Flory, Richardson, Brodeur-Jourdain, Proulx, Boulay, Trestman, Matthews, Heppell, Lapointe, Cox, Popp et combien d’autres.

Sans la famille Wetenhall, toutes ces saisons mémorables, toutes ces belles soirées d’été passées sur la montagne à triompher n’auraient probablement jamais eu lieu.

Robert Wetenhall a investi cœur, temps et beaucoup, beaucoup d’argent dans son club, qui était une véritable passion pour lui. Les Alouettes, c’était son bébé.

Quoi qu’en diront certains, Robert et Andrew Wetenhall méritent des éloges ce matin. Ils ont englouti des dizaines de millions dans une aventure qui ne leur promettait pas grand-chose d’autre que du bonheur.

Gagner du temps

L’annonce d’hier devrait calmer le jeu pour un temps. La LCF aurait certes préféré annoncer qu’un nouveau propriétaire avait déjà acheté l’équipe, mais, manifestement, elle n’a jamais reçu d’offre qu’elle jugeait satisfaisante.

Qu’une ligue gère l’une de ses équipes au quotidien n’est évidemment pas un scénario souhaitable. Le bon côté de cet arrangement, c’est que le commissaire Randy Ambrosie et la LCF pourront prendre le temps nécessaire pour trouver le « bon » propriétaire – ce qui de toute évidence ne sera pas si simple à faire.

La LCF a indiqué que les joueurs des Alouettes, les employés et les partisans de l’équipe n’avaient pas à s’inquiéter. Que les choses se poursuivraient normalement jusqu’à ce que l’équipe soit vendue.

C’est l’élément le plus important de la nouvelle d’hier. Derrière les entraîneurs et les joueurs – loin d’être des millionnaires du sport professionnel, précisons-le –, il y a tous les employés de soutien. Ceux qui vendent des billets ou qui travaillent au service des communications, par exemple. Depuis des mois, ces gens ne savaient pas trop ce qui les attendait.

Le dossier demeure en suspens, mais il y a tout de même un peu plus de clarté, du moins à court terme.

Quel avenir ?

Comme nous l’écrivions hier, le prochain propriétaire des Alouettes devra être patient. Il faudra plus que quelques mois pour remettre de l’ordre dans cette organisation. Pour le moment, l’objectif devrait être d’arrêter l’hémorragie, tout simplement. La situation dégénère sans cesse depuis trois ou quatre ans.

Les Wetenhall ont monté la garde durant de longues années, encaissant les pertes à coups de millions. La tâche de trouver un ou des investisseurs disposés à risquer des sommes substantielles en retour de la possibilité de faire de modestes profits si l’équipe gagne s’annonce ardue.

Or, même si l’équipe semble prise dans du sable mouvant, la LCF dit avoir bon espoir de voir les Alouettes connaître une nouvelle époque glorieuse. Malheureusement, rien n’est moins sûr.

C’est parfois à se demander si l’âge d’or du football au Québec n’est pas déjà derrière nous. Une époque qui se serait amorcée quelque part à la fin des années 90 et qui se serait terminée une quinzaine d’années plus tard.

Mais, pour le moment, on pourra recommencer à se concentrer sur l’action sur le terrain. Et la prochaine saison des Alouettes ne devrait pas manquer d’intérêt. La survie du club pourrait être en jeu, difficile d’avoir un plus grand enjeu…

La pression sera forte sur les Moineaux cet été. Sur le président, Patrick Boivin, sur le DG, Kavis Reed, sur l’entraîneur, Mike Sherman, et ses adjoints, sur les joueurs. Car plus les défaites s’empileront, plus il sera difficile de trouver un bon propriétaire. Ne viennent-elles pas d’ailleurs de mener au départ d’un très bon propriétaire ?

Si cette équipe ne joue pas avec l’énergie du désespoir à partir de maintenant, elle devrait avoir honte.