Le quart-vedette Johnny Manziel a commis sa part de gestes irréfléchis par le passé, et ceux-ci ont été très médiatisés. Souvent, il était question de fêtes, d'alcool, de chambres d'hôtel sens dessus dessous.

Mis à jour le 24 juill. 2018
Jean-François Tremblay LA PRESSE

Manziel a soutenu en février dernier, au début de ce qu'il a appelé sa «comeback szn», que l'alcool était devenu un moyen de s'automédicamenter pour des problèmes de dépression et de bipolarité. Il prend aujourd'hui des médicaments pour vivre au quotidien avec cette maladie.

Mais il y a un incident de violence conjugale dans son passé qui chicote plus que les autres.

Le rapport de la police de Dallas dévoilé en mai dernier, et obtenu en primeur par TMZ, est exhaustif. On y apprend entre autres qu'il y a deux ans, il a empêché son ex-conjointe de s'enfuir de sa voiture en l'empoignant alors qu'elle tentait de se cacher dans des buissons, puis il l'a projetée dans le véhicule.

Il l'aurait ensuite prétendument giflée au visage. Les ex-amoureux, séparés au moment de l'incident, avaient décidé de passer la nuit ensemble dans un hôtel, avant que la situation ne s'envenime.

Le rapport de police soutient que l'ex-conjointe de Manziel «a cru qu'elle allait mourir ou qu'elle serait battue violemment». Manziel a ensuite été accusé de voies de fait. Il a conclu une entente sur sa peine et a dû suivre une thérapie de gestion de la colère et assister à un panel sur les conséquences de la violence conjugale. Le dossier a été fermé, puisque Manziel a respecté toutes les conditions négociées. 

Lorsque confronté en conférence de presse, le jeune homme de 25 ans ne s'est pas défilé. 

«À un certain moment, j'ai emprunté une voie que je ne croyais jamais emprunter. Je me réveille souvent après des cauchemars sur mon passé. Je n'en suis pas fier. Je ne pourrai jamais le changer et j'ai de la difficulté à penser à ces décisions et à ces fautes du passé.»

«C'est un combat. Je ne crois pas que ça reflète la personne que je suis. Mes parents ne m'ont pas élevé de cette façon. Ce n'est pas le jeune homme que l'entraîneur Sherman a connu quand j'ai terminé mon secondaire», dit Johnny Manziel au sujet de ses erreurs du passé.

«À l'avenir, je dois prendre soin de moi comme personne et je dois traiter les gens autour de moi avec respect. Je dois faire un pas à la fois pour être la meilleure personne possible et le meilleur joueur de football possible. Peut-être qu'un jour, je pourrai vivre avec certains de mes gestes. Peut-être pas non plus.»

Kavis Reed, assis à ses côtés, a écouté la réponse attentivement. La prochaine question était pour lui : a-t-il pris en considération le lourd passé de Manziel quand est venu le temps de réaliser la transaction qui allait changer le visage de sa franchise?

«Mon grand-père était pasteur baptiste. Il nous disait que celui qui n'a jamais péché lance la première pierre. Nous avons tous commis des erreurs.

«À Montréal, nous avons une société qui pardonne. Ce jeune homme a tout fait pour réparer ses erreurs. C'est important. Quand j'ai pu lui parler, je l'ai vu. Tous ceux qui lui ont parlé disent la même chose. Nous devons regarder en avant et non en arrière. Nous regarderons en avant avec ce que Johnny Manziel peut faire pour notre organisation.»

Le lien entre Manziel et l'entraîneur Mike Sherman semble aussi avoir pesé lourd dans la balance. Sherman a recruté le quart dans la NCAA avec les Aggies de l'Université Texas A&M, où il a brillé. Manziel dit de Sherman qu'il est devenu sa figure paternelle quand il a quitté la maison pour aller jouer au football.

«Je sais le genre d'homme qu'il est, a soutenu l'ancien quart des Browns de Cleveland. Il est exactement ce dont j'ai besoin à ce stade de ma vie.»

Sherman en a rajouté. «Quand il est entré dans mon bureau, la première chose que je lui ai dite est : "Ça doit fonctionner et ça va fonctionner." Il était d'accord.»

Sur le terrain

On le disait au début, le Québec est une société qui croit aux deuxièmes chances. Luc Brodeur-Jourdain s'est fait le porte-parole de ses coéquipiers sur la question.

«En autant que ça fasse partie de son passé et non de son présent, c'est correct avec moi.»

Manziel aura l'occasion dans les prochaines semaines de montrer tout son sérieux dans sa volonté d'utiliser la LCF comme tremplin pour retourner dans la NFL. Ce ne sera pas une mince tâche.

Reed a beau assurer que «Manziel n'arrive pas en sauveur», c'est un peu l'impression que ça donne. Il doit relancer une attaque au neutre et naviguer derrière une ligne offensive poreuse. C'est pour cette raison, d'ailleurs, que Reed a ajouté dans la transaction Tony Washington et Landon Rice.

Reed s'est aussi défendu d'avoir payé le fort prix pour l'ancien gagnant du trophée Heisman, remis au meilleur joueur universitaire américain, en 2012. Rappelons qu'il a cédé le joueur de ligne défensive Jamaal Westerman et le receveur Chris Williams, mais surtout ses choix de premier tour en 2020 et en 2021.

«Les choix de repêchage sont comme la loterie, nous ne savons pas ce que nous allons obtenir. Nous ne croyons pas que ces choix reviendront nous hanter», dit Kavis Reed.

Il reste maintenant à savoir quand Manziel effectuera son premier départ. Donc, concrètement, est-ce que ce sera dès jeudi contre les Eskimos d'Edmonton, après seulement trois jours à se familiariser avec le livre de jeux? Sherman n'a pas voulu s'avancer. Manziel a répété qu'il croyait qu'on lui confierait le ballon «quand il serait prêt». Brodeur-Jourdain, lui, s'est montré beaucoup plus optimiste.

«C 'est extrêmement réaliste qu'il joue jeudi. Notre livre de jeux est simple.»

PHOTO ÉDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Johnny Manziel entouré du directeur général Kavis Reed (à droite) et de l'entraîneur-chef Mike Sherman, lors d'une conférence de presse à Montréal, lundi.