À sa manière, Hugo Houle a encore laissé son empreinte sur la 10e étape du Tour de France, mardi.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

En langage de hockey, on dirait d’Hugo Houle qu’il fait bien les « petites choses ». Comme couper le vent à son meneur, l’approvisionner en bidons et gels ou le positionner en tête de peloton à l’approche d’un moment critique.

Le cycliste de Sainte-Perpétue a poursuivi son excellent Tour de France en étant encore à la manœuvre pour son coéquipier colombien Miguel Ángel López, qui a conservé sa neuvième place au classement général après la 10e étape, remportée au sprint par l’Irlandais Sam Bennett (Deceuninck), mardi.

Au lendemain du premier jour de repos, le vent, les changements de direction et ce que les Français appellent le mobilier urbain étaient à l’honneur de cette étape toute plane reliant les îles d’Oléron et de Ré sur 168,5 kilomètres.

Beaucoup de chutes

Le rythme soutenu et la nervosité du peloton ont conduit à d’inévitables chutes, dont une aurait pu coûter cher à Guillaume Martin (Cofidis), la belle surprise française de ce Tour, qui a préservé son troisième rang au général.

Chez Astana, López s’est fait une petite frayeur en étant coincé derrière une chute à l’approche du pont de l’île de Ré, le moment critique de la course, à une vingtaine de kilomètres de la ligne.

Passé sans encombre de l’autre côté de la route, Houle a vu que son chef de file colombien était bien entouré. Il a donc décidé de garder sa place dans le peloton pour donner du renfort en cas de besoin.

Je savais qu’il était avec quatre ou cinq coéquipiers. Je me suis dit : ça ne sert à rien que je me laisse décrocher tout de suite. Des fois, tu restes en arrière, mais dans le fond, tu payes autant que les gars qui roulent. En étant devant, je restais frais.

Hugo Houle

De sa position, Houle a pu prévenir ses coéquipiers que le rythme avait ralenti et qu’il n’y avait pas lieu de paniquer pour López.

« Quand j’ai vu qu’il n’était pas trop loin, je suis descendu et j’ai ‟bouché” le dernier 30 secondes [d’écart], si on veut. Je l’ai remonté tout de suite à l’avant en prévision du rond-point après le pont, pour qu’il soit en sécurité en cas d’un petit coup de bordure. »

Avec le vent de face qui soufflait, aucune autre cassure ne s’est produite. López a rallié l’arrivée sans encombre, conservant sa neuvième place au général, à 1 min 15 s du maillot jaune slovène Primož Roglič (Jumbo), qui a connu une journée sans histoire.

Bennett très ému

Malgré la démonstration des Sunweb pour le sprinter néerlandais Cees Bol (8e), Bennett s’est imposé devant l’Australien Caleb Ewan (Lotto) et le Slovaque Peter Sagan (Bora), à qui il a repris le maillot vert de la course aux points.

« Tout m’a paru trop bien se passer. Je n’y croyais pas, une fois la ligne franchie. Ensuite, j’ai été submergé par l’émotion », a déclaré Bennett, en pleurs, lui qui l’emportait pour la première fois sur le Tour après ses succès au Giro (3 en 2018) et à la Vuelta (2 en 2019).

Un peu en retrait, Houle s’est lui aussi mêlé au sprint, terminant 17e, son cinquième résultat parmi les 20 premiers depuis le grand départ à Nice.

« On était en petit comité, le risque était un peu moins élevé, a dit celui qui s’était classé 11e vendredi. Honnêtement, je n’ai pas la force. Aujourd’hui, j’ai essayé de me placer un peu mieux, de frotter, mais pff ! je ne pourrais pas gagner contre ces gars-là, ça, c’est sûr. Ce sont des spécialistes. Je suis les roues, ça m’amuse. »

Une course tendue, toute la journée

L’athlète de 29 ans était très heureux d’avoir évité les écueils. Après avoir visité le bitume, l’Irlandais Nicolas Roche, le Letton Toms Skujiņš et l’Australien Sam Bewley n’ont pas eu cette chance. Ce dernier a abandonné dans un cri de rage.

Le Slovène Tadej Pogačar, deuxième au général, est tombé sans dommage, mais son principal lieutenant en montagne, l’Italien Davide Formolo, s’est fracturé une clavicule et ne repartira pas.

Même si tu sais te placer dans le peloton, que tu te protèges, tu n’es jamais à l’abri de rien. Ç’a été tendu toute la journée, à essayer de voir s’il y a des trous sur la route, des dos d’âne, des îlots directionnels. Le cerveau est allumé sur une étape comme ça. Ce n’est pas le temps de s’endormir !

Hugo Houle

Le Québécois d’Astana prévoit une journée « un peu plus relaxe » mercredi, qui verra le peloton parcourir 167,5 km entre Châtelaillon-Plage et Poitiers. Une revanche pour Ewan ?