Deux cent soixante et un kilomètres, 9300 mètres de dénivelé et une inclinaison moyenne de 7,9 % : voilà le défi accompli par Élissa Proulx, jeune cycliste de 17 ans, le 19 juin dernier. Sous une chaleur écrasante, elle a grimpé et descendu la voie Camillien-Houde, sur le mont Royal, à 80 reprises dans le cadre du défi Everesting.

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

Voyant son vélo comme un « symbole de liberté », elle a décidé d’aller au-delà de la performance purement sportive et d’y ajouter un volet social. C’est ainsi à la mémoire de George Floyd et pour appuyer la lutte contre le racisme qu’elle s’est démenée pendant 21 heures. Elle a d’ailleurs invité ses amis et connaissances à contribuer à la campagne de sociofinancement mise en place par la famille de l’homme mort le 25 mai lors d’une intervention policière à Minneapolis.

« C’est une cause qui est très importante pour nous. On ne peut pas nécessairement comprendre puisqu’on ne la vit pas. Mais mon ami Nathaniel et moi, on s’est dit que s’il y avait une façon de pouvoir lutter contre le racisme, ce serait sur un vélo. »

Le défi Everesting consiste à trouver une côte et la grimper jusqu’à ce que le dénivelé atteigne l’altitude de l’Everest, c’est-à-dire 8848 mètres. Elle a choisi la voie Camillien-Houde, qu’elle connaît bien pour s’y entraîner, et la journée du 19 juin afin de réaliser son projet.

Ça a été une longue journée, une très longue journée haute en émotions. Ce n’était pas si dur physiquement, mais plus mentalement. Faire 80 fois la même montée, ça devient fatigant et ennuyant. Pour le reste, j’étais bien entraînée et j’étais super bien entourée.

Élissa Proulx

En compagnie de Nathaniel Hill, elle a donné le premier coup de pédales un peu après 3 h 30 du matin. La mine était quelque peu endormie, mais la motivation était bien présente. La nuit même, elle n’avait dormi que trois petites heures. Pas question de fermer les yeux durant le défi même si plusieurs pauses, dont une d’une heure à mi-parcours, ont été nécessaires. « Je me suis juste dit que j’allais y aller “all-in”. D’ailleurs, c’est plus la chaleur qui m’a fatiguée parce que j’étais sur le high de faire un défi. »

La cycliste, qui avait annoncé le défi la veille sur les réseaux sociaux, n’a pas manqué de soutien tout au long de la journée. Mickael Mallet, qui avait effectué le même parcours le 23 mai, a effectué quatre montées avec elle en distillant des conseils sur l’hydratation, les périodes de repos et la gestion de l’effort. Des amis et de la famille sont aussi venus l’encourager tout au long de la journée.

Sa mère, Lise-Marie Ferguson, a été aux premières loges du début à la fin. En bas de la côte, elle distribuait eau, gels et jujubes tout en multipliant les mots d’encouragements. Elle n’avait aucun doute sur la réussite du projet même si sa fille n’avait jamais parcouru une telle distance et encore moins accumulé autant de dénivelé.

PHOTO NATHAN GRAND, FOURNIE PAR LA FAMILLE

Élissa Proulx

« Je savais qu’elle en était capable au niveau physique même si c’est vraiment beaucoup. Quatre-vingts montées de Camillien-Houde, c’est spectaculaire, s’exclame-t-elle. […] Ce qui la décrit le mieux, c’est sa détermination. En janvier 2019, elle a été victime d’un accident très grave [lors d’une descente en ski] qui a nécessité plusieurs opérations au visage. Elle s’est beaucoup entraînée par la suite et elle est revenue en force lors de la dernière saison, en terminant au troisième rang de la Coupe de la relève féminine lors des Mardis cyclistes de Lachine. Quand elle dit qu’elle va faire quelque chose, elle va le faire à 100 %. »

On aura compris qu’Élissa Proulx n’a pas choisi ce genre de défis, avec un tel profil, par hasard. Celle qui a commencé le vélo à l’âge de 9 ans est entrée dans sa première année de la catégorie junior. Outre son classement aux Mardis de Lachine en 2019, elle avait fait bonne figure lors du Tour de l’Avenir Makadence avec une troisième place, chez les U17, lors du Critérium de l’Université Laval.

Avec un calendrier vidé de ses courses à cause de la COVID-19, le début d’été 2020 se prêtait parfaitement aux 80 montées sur le mont Royal. Elle espère que son défi saura toucher une corde chez d’autres jeunes de son âge.

Quand tu trouves ta passion, tu peux faire ce que tu veux. Il faut croire en soi parce qu’on peut vraiment être étonné par ce qu’on peut faire. Par exemple, il n’y a pas un moment dans la journée où j’ai pensé à abandonner. Il faut suivre sa voie sans se laisser distraire.

Élissa Proulx

Élissa Proulx, qui rêve de devenir cycliste professionnelle, promet déjà de relever d’autres défis axés sur la route plutôt que sur le dénivelé. Après tout, le vélo est toujours prêt pour quelques heures de liberté…

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C’est une cause qui est très importante pour nous. On ne peut pas nécessairement comprendre puisqu’on ne la vit pas. Mais mon ami Nathaniel et moi, on s’est dit que s’il y avait une façon de pouvoir lutter contre le racisme, ce serait sur un vélo.

Élissa Proulx