Depuis la mort de Dan Wheldon en piste à Las Vegas, de plus en plus de voix s'élèvent pour dire que l'IndyCar devrait cesser de rouler sur les ovales.

Pierre-Marc Durivage
Pierre-Marc Durivage LA PRESSE

À commencer par le quintuple champion NASCAR Jimmie Johnson, qui a dit avoir renoncé à son rêve de participer un jour aux 500 Milles d'Indianapolis: «Ces voitures sont fantastiques sur les circuits routiers, a dit Johnson à Associated Press. Mais je trouve déplorable que cette tragédie soit survenue. J'espère qu'ils vont trouver une façon de rendre les bolides plus sécuritaires sur les ovales. Mais je ne vois pas comment ils vont pouvoir le faire. J'ai beaucoup d'amis en IndyCar et j'aimerais mieux les voir rouler sur des circuits routiers. Plus sur des ovales.»

L'ancien champion du monde de Formule 1 Jody Scheckter a quant à lui affirmer qu'il voulait que son fils Tomas renonce à l'IndyCar. «Cela fait déjà un moment que je veux qu'il arrête, a déclaré le Sud-Africain à la radio BBC Berkshire. J'espère que cela le fera réfléchir et qu'il se rendra compte que la vie vaut plus que ça.»

Selon Scheckter, l'IndyCar est actuellement «la forme la plus dangereuse de course automobile.»

Tantôt habité par la colère, tantôt par la tristesse, Alexandre Tagliani a néanmoins tempéré ces commentaires lorsqu'on l'a contacté, lundi après-midi. Avec le recul, il a nuancé les réactions recueillies à chaud un peu partout après le tragique accident qui a emporté Dan Wheldon.

D'abord, pas question selon lui de ne plus rouler sur des ovales - «il y a de l'histoire sur certains circuits, Indianapolis fait partie de l'image de l'IndyCar», a soutenu Tag - mais il faut tirer les leçons pour rendre ce genre de course plus sécuritaire.

«J'espère vraiment que cela va entraîner des changements majeurs. Sinon, on est cons, a dit le pilote québécois. Sur les ovales, on pourrait par exemple réduire la puissance des moteurs tout en changeant les museaux et l'arrière des voitures de façon à protéger les roues en cas de contact. On pourrait aussi modifier l'aérodynamisme pour que les voitures glissent au lieu de s'envoler. De retour sur les circuits routiers, on pourrait ensuite revenir à la configuration normale.»





«On ne peut pas montrer personne du doigt»

Voilà le genre de suggestions que Tagliani se promet de faire aux dirigeants de la série. Dirigeants à qui il refuse de lancer la pierre. «Randy Bernard (le président de l'IndyCar, NDLR) fait un travail exceptionnel de promotion, il a réalisé des choses qui n'ont jamais été faites avant en IndyCar, a soutenu Tagliani. Il a mis son coeur et ses énergies dans l'organisation de la course de Las Vegas, il a développé une belle relation avec le maire de Las Vegas, notamment dans le but d'organiser éventuellement une course dans les rues de la ville.

«Ses intentions étaient humbles et bonnes, a enchaîné Tag. Comment aurions-nous pu dire à Randy qu'il a fait du bon travail, qu'il a été proactif, pour ensuite lui mettre des bâtons dans les roues? Le timing était tellement mauvais... Et là, on s'en sort avec une perte énorme.»

Tout le monde a préféré serrer les dents en se disant qu'il s'agissait de la dernière course de la saison et que l'on pourrait ensuite passer à autre chose, malgré le fait que les pilotes savaient que c'était dangereux de rouler à des vitesses comparables à celles d'Indianapolis mais sur une piste deux fois plus courte, plus étroite et avec des virages inclinés.

«Après les essais libres, je suis allé voir les gars et je leur ai dit que ça n'avait pas de sens, a dit Tagliani. La plupart des vétérans étaient d'accord avec moi mais, en bout de la ligne, le week-end a avancé et personne n'a eu le culot de le dire. On ne peut pas montrer personne du doigt.

«Quand on parle de risques, il y a bien des gens qui soutiennent que c'est normal qu'il y en ait en sport automobile, a regretté Tagliani. On s'est donc dit que c'était la dernière course de la saison et que l'on pourrait ensuite tourner la page...»

Une chose est sûre, le monde de l'IndyCar a changé, dimanche. En espérant que ça soit pour le mieux.

Photo Reuters

Dan Wheldon, au volant de sa monoplace pendant le tour de chauffe de l'épreuve de Las Vegas.