En course, l'Espagnol était bien décidé à ne pas céder un pouce ou un millième à quiconque. Pour preuve ce passage dans l'étroite voie des stands où il longe les garages aux côtés de Giancarlo Fisichella avec tous les risques que cela comporte.

Igor Gedilaghine

En course, l'Espagnol était bien décidé à ne pas céder un pouce ou un millième à quiconque. Pour preuve ce passage dans l'étroite voie des stands où il longe les garages aux côtés de Giancarlo Fisichella avec tous les risques que cela comporte.

«J'étais prêt à sortir du box mais tout le monde était en train de rentrer ravitailler et mes mécaniciens ont vu un trou devant la Renault, mais c'est vrai, c'était juste», reconnaît Alonso encore sous l'excitation de la victoire.

Plus chaude encore fut la passe d'armes avec Felipe Massa sur un tracé mouillé.

Dans la manœuvre, les monoplaces se sont touchées et l'un des premiers gestes d'Alonso en sortant de son baquet fut de faire venir une caméra de télévision pour qu'elle filme les stigmates que porte sa MP4-22 sur les flancs: des marques de gomme provenant d'une roue de la F2007. C'est la Ferrari qui a touché, pas la McLaren, tient-il ainsi à souligner.

Méchant

Cet épisode donnera lieu juste avant la cérémonie du podium à une drôle d'explication entre les deux protagonistes qui communiquent en italien.

Alors qu'il serre la main qu'est venu lui tendre Massa, Alonso lui glisse d'un air méchant: «Ce genre de choses ne se font pas». S'en suit le dialogue suivant:

Massa: «de quoi tu parles ?»

Alonso: «ne fais pas le malin, tu le sais très bien: tu m'as heurté exprès, tu as donné un coup de roue pour me jeter dehors !»

Massa: «Quoi ? Vas te faire foutre !»

Alonso: «Toi vas te faire foutre ! La prochaine fois, je te colle au mur !»

Si Alonso s'est ensuite excusé, excuses que Massa a dit accepter, cet échange traduit néanmoins la rage qui habite Alonso, bloqué derrière un adversaire pour le titre qu'il doit juger inférieur, alors qu'il est déjà malmené par son propre coéquipier débutant Lewis Hamilton. D'autant qu'il sent que sa nouvelle équipe est plus proche d'Hamilton, un pilote compatriote britannique élevé dans la culture maison, et plus volontiers encline à célébrer le jeune prodige que le double champion du monde.

Effusions

D'ailleurs, la joie de l'équipe McLaren-Mercedes lors de la cérémonie du podium n'était pas aussi débordante que lorsqu'il s'est agi de fêter Hamilton.

Et l'attitude plus que distante du vainqueur du jour envers son patron Ron Dennis est également un signe de ce que doit ressentir le pilote: il a décroché contre tous les pronostics dimanche une victoire qu'il ne doit qu'à son talent et il ne compte pas partager les honneurs.

Multipliant les gestes de victoire et les effusions de joie, comme cette embrassade à une caméra, Alonso a tout juste accepté les accolades de Dennis, sans jamais les lui rendre ni même croiser son regard.

Et dans des temps où McLaren-Mercedes est empêtrée dans une sombre histoire d'espionnage à l'encontre de Ferrari, il est difficile de ne pas imaginer dans cette attitude du pilote espagnol une volonté de peut-être se dissocier du patron d'une écurie dont on soupçonne des agissements frauduleux et qui risque de lourdes sanctions sportives.

En attendant la décision de la Fédération internationale de l'automobile (FIA), Alonso a effectué la bonne affaire du jour.

«Au delà de la victoire, ce qui me ravit c'est aussi les dix points repris à Kimi (Räikkönen) et Lewis (Hamilton) ainsi que les deux à Felipe (Massa), reconnaît l'Espagnol. La victoire a le même goût qu'une autre, mais pour le championnat elle est plus importante.»

À sept courses de la fin, Alonso qui a signé trois victoires cette saison ne compte plus que deux points de retard sur Hamilton au Championnat.