L'écurie Mercedes-AMG de Formule 1, née officiellement en 2010, va encore faire les gros titres de la presse sportive et «people», cette semaine, suite à l'accrochage entre les deux pilotes de ses Flèches d'Argent dimanche au deuxième tour du Grand Prix de Belgique.

Daniel Ortelli AGENCE FRANCE-PRESSE

Petite cause, grands effets. En touchant et en crevant au deuxième tour le pneu arrière de son coéquipier Lewis Hamilton, en tête depuis le premier virage, Nico Rosberg a abîmé le museau de sa monoplace et gâché la course du Britannique. Il a aussi augmenté ses chances de remporter le titre mondial et déclenché une tempête médiatique digne des plus belles heures de la F1.

Cette ex-équipe Brawn GP, championne du monde en 2009 avant de devenir le porte-drapeau officiel de la marque à l'étoile, avec le label AMG des voitures de sport du groupe Daimler-Benz, est une bénédiction pour la F1 moderne, un cadeau du ciel aux journalistes, un plaisir de tous les jours pour les fans.

Chaque lendemain de Grand Prix, Mercedes-AMG se livre à un «débriefing» médiatique de son image dans la presse et sur les réseaux sociaux. Celui du Grand Prix de Belgique va être fascinant car l'écurie de Niki Lauda et Toto Wolff a tout fait, dimanche, pour créer le «buzz» et déchaîner les passions, autour d'un casting parfait, digne de Hollywood.

Non seulement il y a un triple champion du monde aux commandes, le rusé Niki, et un vrai passionné de sport auto, le malin Toto, comme directeur général. Il y a aussi un beau blond, Rosberg, et le premier champion du monde de couleur de toute l'histoire de la F1, Hamilton. Il y a aussi une équipe de haut niveau, qui a conçu deux monoplaces quasi-parfaites avec des moyens illimités.

Cette saison pourrait être pénible, ennuyeuse, car Mercedes a déjà gagné neuf fois sur 12 (Hamilton 5, Rosberg 4) et dominé 11 fois sur 12 les qualifications. Elle ne l'est pas, bien au contraire, car jusqu'à maintenant Rosberg et Hamilton ont eu carte blanche pour se battre devant... à une seule condition: ne pas tout gâcher en s'accrochant.

Wolff: «Rosberg n'a pas fait exprès!»

C'est ce pacte de non-agression absolue, souvent discuté en interne, qui a été rompu à Spa, un mois après la répétition générale du Grand Prix de Hongrie où Rosberg avait déjà pris des risques pour doubler Hamilton, plusieurs fois, en vain. Cette fois-ci, Rosberg s'est raté, tout seul comme un grand, et Wolff, le grand romantique francophile, a pris la réalité en pleine figure.

«Il n'a pas fait exprès de le toucher, c'est un non-sens de dire cela», a dit Toto avant de quitter le circuit de Spa-Francorchamps, suite aux déclarations assassines d'Hamilton pour se venger, à chaud, de Rosberg, son ex-ami. «Mais ça ne change rien au scénario, Nico n'aurait pas dû attaquer dès le deuxième tour, le couteau entre les dents», a-t-il ajouté.

En une seule journée, la F1 a rajeuni de 30 ans, grâce à ce «flash-back» vers les duels acharnés entre Ayrton Senna et Alain Prost, coéquipiers chez McLaren sous la houlette de Ron Dennis. Ça tombe bien car la F1 est devenue un refuge pour nostalgiques qui adorent se souvenir de l'âge d'or de leur sport préféré, ces années 70 et 80 où chaque Grand Prix était un événement.

Au lieu de s'enfermer à double tour derrière les vitres fumées de son motor-home, comme l'aurait fait Ferrari ou même Red Bull, l'écurie Mercedes-AMG ne s'est pas cachée et a joué à fond, dimanche à Spa, le jeu d'un sport moderne et excitant, capable de faire revenir au bercail les fans lassés par les années de domination de Michael Schumacher et Sebastian Vettel.

Tout le monde a parlé, à tort et à travers, et les observateurs se sont régalés, chacun pouvant donner son avis et argumenter. C'était un modèle de communication débridée, sans langue de bois, pas du tout «corporate», avec juste ce qu'il faut d'exagération, de jolies formules et de mauvaise foi.

C'était un beau dimanche de F1, de bout en bout, et une journée idéale pour faire remonter les taux d'audience du feuilleton des Flèches d'Argent. Prochain épisode, le 7 septembre à Monza.