Après une décennie de paillettes, champagne et budgets en perpétuelle augmentation, la dispendieuse Formule 1, menacée par la crise financière, a pris son courage à deux mains pour réduire ses coûts dès 2009.

Joris Fioriti AGENCE FRANCE-PRESSE

De cérémonies faramineuses en dépenses de développement extravagantes, pour gagner quelques millièmes, la F1, incarnation du luxe, du glamour et de la technologie, creusait sa propre tombe, petit à petit, sans faire de bruit. Les plus gros budgets, dit-on, dépassaient en 2008 les 450 millions d'euros.

Début octobre, le président de la Fédération internationale de l'automobile (FIA) Max Mosley fut le premier à tirer la sonnette d'alarme : «La Formule 1 n'est pas viable», elle dépend du bon vouloir «de milliardaires qui la subventionnent, des gens comme Vijay Mallya de Kingfisher (Force India) ou Dietrich Mateschitz de Red Bull», expliquait-il.

«L'une des équipes a utilisé treize moteurs en une année juste pour tester des boîtes de vitesses. C'est complètement fou», observait encore en février l'homme fort de la FIA.

Ces dernières saisons, quelques mesures avaient certes été prises, comme le choix d'un manufacturier unique pour les pneus, ou la limitation du nombre de moteurs utilisables en course. Mais la crise économique mondiale, et le retrait ou la mise en vente d'écuries entières, a fait prendre brutalement conscience de l'urgence de frapper plus fort.

«Situation intenable»

Fin novembre, Red Bull rachetait l'intégralité de Toro Rosso, un petit budget du plateau, estimé à un peu plus de 100 millions d'euros. Deux mois plus tard, Honda, constructeur historique de la discipline, dont les premières apparitions en Grand Prix datent de 1964, annonçait son retrait, sept mois après celui de sa filiale Super Aguri.

De 22 voitures en 2008, le plateau tombait à 18 monoplaces. «Perdre encore deux équipes placerait (la F1) dans une situation intenable», constatait Mosley, avant que Honda ne réussisse finalement à revendre son écurie à son ancien directeur technique Ross Brawn.

Le 12 décembre, un accord de réduction drastique des coûts a donc été signé par la FIA et la Fota (Fédération des écuries de F1).

Aux termes de cet accord, les écuries ne peuvent plus utiliser que vingt moteurs par an. Les essais privés sont abolis pendant la saison, permettant d'abaisser ces coûts de 50 %. Des accords imposent aussi aux constructeurs de fournir moteurs et boîtes de vitesses aux plus petites écuries.

Fausse note

«Une grosse écurie, qui fait tout le travail de développement et de recherche, dépensera encore, entre moteur et boîte de vitesses, entre 100 et 130 millions d'euros. Les petites équipes pourront avoir exactement les mêmes produits pour 6,5 millions d'euros», note avec satisfaction Ron Dennis, le patron de McLaren-Mercedes.

Seule fausse note, le développement du Kers, un système transformant l'énergie des freinages en chevaux supplémentaires, aura coûté 120 à 150 millions d'euros pour l'ensemble des équipes, selon Flavio Briatore, directeur de Renault F1.

Pour 2010, la FIA a déjà annoncé un plafonnement des budgets à 33 millions d'euros pour les équipes qui le souhaiteront, en échange d'une plus grande liberté technique.

La mesure, contestée, semble pourtant essentielle. Ce n'est qu'en réduisant les coûts que de nouvelles écuries, comme l'équipe américaine USF1, annoncée pour 2010, tenteront l'aventure F1, assurant l'avenir de la discipline.