Avant la première épreuve d'une nouvelle saison, il est difficile de deviner quelle sera la hiérarchie entre les monoplaces. En déballant son matériel dans le paddock de Melbourne, chacun était donc rempli de craintes, d'espoirs, de doutes et d'interrogations.

Luc Domenjoz COLLABORATION SPéCIALE

Avant la première épreuve d'une nouvelle saison, il est difficile de deviner quelle sera la hiérarchie entre les monoplaces. En déballant son matériel dans le paddock de Melbourne, chacun était donc rempli de craintes, d'espoirs, de doutes et d'interrogations.

C'était tout spécialement le cas chez Ferrari. Au cours de l'hiver, la Scuderia avait procédé à une vaste réorganisation causée par le départ de Michael Schumacher. Nouveau pilote, Kimi Raikkonen, nouvelle hiérarchie, nouvelle voiture, nouveau règlement pneumatique: tout laissait douter de la compétitivité de la Scuderia.

Désormais, ces questions ont trouvé une partie de leur réponse. La nouvelle Ferrari F2007 est une machine extraordinaire. Et la nouvelle équipe fonctionne à merveille. Hier, Raikkonen a remporté le Grand Prix d'Australie sans jamais être inquiété, et même sans forcer.

Suite à un problème de boîte de vitesses survenu samedi, Felipe Massa, son coéquipier, a dû s'élancer de la dernière position de la grille de départ. Il a terminé sixième, mais il aurait sans aucun doute pris le deuxième rang sans son problème du samedi.

Bien sûr, l'Albert Park est un circuit singulier, essentiellement composé de virage à angles droits qui sollicitent peu l'aérodynamique. Si ses caractéristiques sont opposées à celles de circuits comme Barcelone, qui exigent des châssis parfaitement équilibrés, le Grand Prix d'Australie offre toutefois un premier aperçu des forces en présence.

Une voiture parfaite

Un aperçu qui fut sans appel, tant la domination de Raikkonen, hier, fut impitoyable. Peu embarrassé de formules prudentes, le Finlandais expliquait qu'il était sûr de la supériorité de sa voiture. «Elle était parfaite aujourd'hui, lâchait-il. Nous le savions déjà, mais nous n'étions pas 100 % certains de la manière dont se déroulerait la course. Alors, je n'ai pas trop forcé, j'ai toujours gardé une bonne réserve sous le pied!»

Une course idéale, donc, mise à part une petite sortie de route - «De ma faute, je regardais ailleurs», a expliqué Raikkonen - et un problème de radio de bord, en panne depuis le début de la course. Anodin.

Un pilotage «le coude sur la portière» qui lui permet de signer sa première victoire au sein de sa nouvelle équipe. «C'est un résultat très important pour nous, souligne Luca Baldisseri, le nouveau directeur technique remplaçant Ross Brawn. Nous avons entrepris une réorganisation importante en interne, et voir nos efforts ainsi récompensés va nous motiver à travailler encore plus fort.»

Un travail déjà lancé. Aldo Costa, le concepteur de la F2007, explique que la voiture bénéficiera d'améliorations diverses à chacun des 16 Grands Prix restant cette saison. La machine Ferrari est en route. Ses adversaires, hier, en ont semblé si loin qu'ils auront du mal à la rattraper avant que le titre ne soit joué.

Les essais de l'hiver avaient laissé entrevoir une lutte à trois entre les Ferrari, les McLaren et les Renault. La formation française en semble loin. À Melbourne, ses deux voitures n'ont terminé qu'en cinquième et dixième places.

«C'est un résultat médiocre, mais qui reflète pourtant notre vraie position, constate Denis Chevrier, le responsable de l'exploitation chez Renault. Nous sommes derrière les Ferrari, les McLaren et même les BMW Sauber. Il nous manque plus d'une seconde et demie pour revenir dans le coup. On espère que c'est rattrapable, mais il va nous falloir toute la saison pour y parvenir!»

La cinquième place de Giancarlo Fisichella semble un classement " normal " dans la carrière du Romain, ce qui permet de mesurer combien le talent de Fernando Alonso va manquer à l'équipe française cette année. «Qu'aurait fait Fernando dans notre voiture aujourd'hui? se demande Chevrier. Il est inutile de se poser la question. D'autant que s'il y a une réponse, personne n'osera la dire...»

Chez McLaren, le fait que les deux voitures terminent sur le podium masque mal le retard des MP4-22 sur la Ferrari F2007. Le meilleur tour d'Alonso accuse ainsi plus d'une seconde de retard sur celui de Raikkonen. Le double champion du monde espagnol en est bien conscient. «Je suis très inquiet, martèle-t-il. Nous avons limité la casse en finissant deuxième et nous allons tenter de faire pareil au cours des trois ou quatre prochains Grands Prix. Mais nous avons un travail énorme pour revenir au niveau des Ferrari.»

L'équipe McLaren planifie ainsi d'introduire une profonde refonte aérodynamique de la MP4-22 pour le Grand Prix d'Espagne. Il reste à espérer qu'elle soit efficace. Sinon, personne ne pourra approcher des Ferrari au cours de cette saison 2007.