Nicholas Latifi était à quelques heures d’un premier départ en Grand Prix, à la mi-mars à Melbourne, quand les responsables de la F1 ont décidé d’annuler le Grand Prix d’Australie.

Michel Marois Michel Marois
La Presse

« C’était vraiment très étrange comme atmosphère », a rappelé le pilote de l’équipe Williams, vendredi, de Toronto, où il passe cette période de confinement à la résidence de ses parents.

« Chaque saison, on se prépare tellement pour ce premier Grand Prix, et cela aurait été mon premier. Il y avait donc de la déception, bien sûr, mais nous avons vite réalisé la gravité de la situation et compris que d’autres courses allaient aussi être annulées. »

« Dans les premiers jours, on ne savait pas trop ce qu’il fallait faire, et j’ai décidé de rentrer au Canada. On pensait que ce serait une affaire de quelques semaines, mais j’y suis encore et cela va prendre encore plusieurs semaines avant que je puisse retourner en Grande-Bretagne pour reprendre le boulot chez Williams. »

Comme tous les pilotes, Latifi essaie de rester en forme physiquement et mentalement. Et il peut s’entraîner sur un simulateur très sophistiqué. « Ça fait quelques années que j’ai fait installer ce simulateur chez mes parents à Toronto, mais c’est surtout mon petit frère qui en avait profité jusqu’ici. »

« Quand je suis revenu, en mars, j’ai jugé que ça valait la peine d’effectuer quelques améliorations, avec un véritable écran de jeu vidéo et un système plus réaliste de pédales. Cela faisait un moment que mon entraîneur me suggérait de participer aux épreuves virtuelles en ligne, car c’est une bonne façon de simuler les conditions mentales qu’on retrouve dans les compétitions. »

Latifi s’est ainsi retrouvé parmi les premiers pilotes attitrés à participer aux Grands Prix virtuels organisés par les promoteurs de la F1 en remplacement des épreuves annulées. Il a ainsi pris part dimanche à une course F1 eSports sur le circuit d’Interlagos, au Brésil.

« Au début, pour l’épreuve virtuelle de Bahreïn, il n’y avait que Lando [Norris], Max [Verstappen] et moi. D’autres pilotes se sont joints à nous depuis et j’entends dire que plusieurs autres se sont fait installer des simulateurs à la maison, qu’ils s’entraînent hors ligne afin d’être compétitifs quand ils rejoindront les habitués. »

« C’est toujours intéressant de compétitionner en ligne, mais ça l’est encore plus quand nous pouvons le faire contre les pilotes que nous sommes habitués de côtoyer régulièrement dans la réalité. Ça ajoute un peu d’intensité, car personne ne veut avoir l’air ridicule ! »

L’équipe Williams a également organisé un défi virtuel qui opposait Latifi à son coéquipier George Russell et à des amateurs. « C’est une belle façon d’interagir avec les amateurs de F1. »

J’avais déjà l’habitude d’organiser des épreuves impromptues en ligne, en invitant ceux qui en avaient envie. En général, les amateurs conduisent de façon plus propre que les autres pilotes de F1, ils n’osent pas prendre le risque de m’accrocher !

Nicholas Latifi

Bientôt en piste ?

Les dirigeants de la F1 ont évoqué récemment la reprise des activités cet été, avec la possibilité d’organiser jusqu’à 18 épreuves d’ici à la fin de l’année. « On parle d’une reprise en Autriche, au début de juillet, mais on n’en sait pas beaucoup plus pour la suite de la saison », a expliqué Nicholas Latifi.

« Il y aura de toute évidence beaucoup de courses dans un court laps de temps, avec plusieurs week-ends consécutifs de compétitions. Et les premières épreuves, au moins, seront disputées sans spectateur. On parle d’un Grand Prix au Canada, peut-être au début de l’automne. Ce serait évidemment différent de la chaleur de l’été, mais j’anticipe beaucoup ce premier Grand Prix à la maison, et ce n’est pas le froid ou la météo qui va me déranger ! »

PHOTO RYAN REMIORZ, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Nicholas Latifi au volant de sa Williams durant une séance d’essai au Grand Prix du Canada, en juin 2019

Latifi a d’autant plus hâte de reprendre la « vraie » compétition que sa Williams semble plus compétitive que celle de la saison dernière. « C’est vrai, dès nos premiers tours de piste, en février lors des essais présaison, nous avons constaté que la voiture répondait beaucoup mieux et que nous étions plus près des autres équipes du milieu de peloton. »

« Tout le monde chez Williams a beaucoup travaillé pour corriger la situation, et les résultats sont visiblement positifs. Cela dit, c’est difficile d’avoir une idée précise de notre compétitivité par rapport aux autres équipes. Nous étions à quelques heures de le savoir, à Melbourne, quand la saison a été interrompue. Il va falloir patienter encore quelques mois avant d’avoir la réponse ! »