Le légendaire entraîneur-chef des Packers de Green Bay, Vince Lombardi, avait une jolie formule pour décrire le football. A game of inches. Un jeu qui se décide par quelques pouces. « Et ce sont les pouces qui font les champions », disait-il.

Publié le 11 août

Ce sont aussi quelques pouces qui ont permis à Félix Auger-Aliassime de vaincre Yoshihito Nishioka, mercredi soir, sur le court central du parc Jarry. Pointage final : 7-6 et 6-4. Mais croyez-moi, ces deux paires de chiffres ne rendent pas justice à la tension qui enveloppait le stade IGA dans la première manche.

Le Québécois attaquait sans relâche. Ses balles étaient lourdes. Ses services, au-dessus de 200 km/h. Le Japonais se défendait bien. Très bien, même. Son jeu a forcé Félix Auger-Aliassime à viser les lignes de côté et celle du fond — avec difficulté. Les fautes directes s’accumulaient. Un bris d’égalité fut nécessaire.

Félix Auger-Aliassime a pris les devants 7-6. Les deux joueurs ont alors entamé un looooong échange. La foule, les oiseaux, les mouches, tout le monde s’est tu. À son neuvième coup, Nishioka a tenté une rare attaque. Il a visé le coin du terrain, et l’a atteint, avec la précision d’un tireur d’élite. On pensait que ça suffirait. Mais non. Auger-Aliassime s’est étiré de tout son long. 193 centimètres bien comptés.

Le bout de sa raquette a touché la balle de justesse. Sans puissance. Nishioka est monté au filet pour l’achever. Il a de nouveau placé la balle, dans l’autre coin cette fois. Un coup que le Québécois avait anticipé. Auger-Aliassime l’a puni avec un revers sensationnel. Une flèche magistrale. Un casse-cou que Nishioka n’a pu qu’observer.

Les pouces font les champions.

Point, jeu, manche Auger-Aliassime.

Le héros local, soulagé, a grand ouvert les bras et les jambes, et s’est offert à la foule en liesse. Il a absorbé toute son énergie, tel Superman retrouvant sa superbe devant le soleil.

« À 6-6, ce n’était pas une situation facile,
a-t-il raconté. Il y avait beaucoup de tension dans l’air. Mais c’est vrai que de gagner une manche sur un coup comme celui-là, ça n’arrive pas souvent. En plus, ici, [à Montréal]. L’instinct a parlé. J’ai vraiment frappé un coup magnifique, juste au bon moment. Le bruit [de la foule] était complètement unique. Je n’avais plus d’énergie. Je me suis exposé au public et j’ai juste apprécié le moment. »

Imprégné de l’amour et de la ferveur du public, Félix Auger-Aliassime a haussé son niveau de jeu dans la manche suivante. Yoshihito Nishioka a continué d’offrir une bonne résistance, mais il ne possédait pas la puissance de son adversaire. Près de 40 km/h séparaient leurs services.

Auger-Aliassime a terminé la partie avec 17 as.

Nishioka ? Aucun.

« Au deuxième set, j’ai senti que j’avais plus de vitesse. Que j’étais capable de produire », a expliqué le Québécois. Le résultat final l’a encouragé. D’autant plus qu’après les défaites inattendues de Daniil Medvedev (1), Carlos Alcaraz (2) et Andrey Rublev (5), mercredi, Auger-Aliassime (6) est maintenant l’un des trois favoris pour remporter le tournoi.

« Le chemin est encore très long », a-t-il tenu à tempérer en s’adressant à la foule. C’est vrai. Son prochain adversaire, Cameron Norrie, l’a d’ailleurs battu pas plus tard que la semaine dernière, au Mexique.

Mais ce chemin, il existe. Et Félix Auger-Aliassime sait que tout au long du parcours, des milliers de partisans seront à ses côtés pour le soutenir, l’applaudir, le réconforter et l’aider à se relever.

« S’il y a un tournoi où je suis prêt à faire un effort sans limites, c’est ici, a-t-il confié. Dans les autres tournois aussi, j’essaie de donner mon meilleur effort. Mais le public ici me porte, et j’ai envie d’offrir ma meilleure performance possible. »