Acheter à bas prix, revendre plus cher. C’est ce qu’aura réussi le Canadien avec Ben Chiarot.

Publié le 17 mars

Avant de féliciter Kent Hughes, reconnaissons le mérite de Marc Bergevin pour l’embauche initiale de Chiarot comme joueur autonome. À seulement 10,5 millions pour trois ans, ç’a été un très bon coup. Pendant son séjour ici, le défenseur format géant aura rendu de fiers services. Notamment en séries, l’été dernier, lorsqu’il a été le patineur le plus employé de la formation. Mais c’est vraiment dans le dernier mois qu’il s’est le plus illustré, avec neuf points en neuf rencontres, sa meilleure séquence en carrière.

Une statistique éblouissante.

Justement, ne vous laissez pas aveugler par cette production hors norme. C’était une anomalie. Une chicoutai dans un champ de framboises. Ben Chiarot n’a jamais été – et ne deviendra pas, dans la trentaine – une puissance offensive.

Oui, il jouait très, très, très bien récemment. Il faut aussi préciser que le Canadien lui a offert le plus beau présentoir dans sa vitrine. Chiarot jouait plus souvent en supériorité numérique. Jusqu’à 4 min 30 s, samedi, contre le Kraken de Seattle. En fait, il jouait plus souvent, tout court, et que ce soit volontaire ou non, il a eu droit à plus de mises en jeu en zone offensive qu’à l’habitude. Des conditions favorables à une éclosion. Il a saisi l’occasion avec brio.

Manifestement, les Panthers de la Floride ont été impressionnés. Au point de payer le plein prix pour ses services – un choix de premier tour en 2023 – et de laisser en extra un joli pourboire : un choix de quatrième tour en 2022, ainsi qu’un espoir de second ordre, Ty Smilanic.

Pour les Panthers, c’est une bonne transaction. Le club est un aspirant sérieux à la Coupe Stanley, et il vient de remplacer une porte tournante en défense par une autre plus solide, en bois massif. Chiarot leur sera utile en séries, surtout en infériorité numérique, face aux puissances offensives de l’Association de l’Est.

Pour le Canadien, c’est également un bon coup. Il a vendu Chiarot au meilleur moment. Sa valeur était à son sommet. Il était par ailleurs improbable que le défenseur de 30 ans, qui deviendra joueur autonome sans restriction l’été prochain, signe un nouveau contrat à long terme à Montréal pour soutenir l’effort de reconstruction. Dans ces circonstances, mieux valait l’échanger que de le laisser partir contre une poignée de main et un beau sourire.

La clé de l’échange, vous l’aurez deviné, c’est le choix de premier tour de 2023. Là, ne partez pas en peur. Ce n’est pas ce choix qui permettra au Tricolore de repêcher Connor Bedard ou Matvei Michkov. Tous les joueurs du noyau actuel seront de retour l’an prochain.

Et tous ont moins de 30 ans, sauf le gardien Sergei Bobrovsky, qui a un jeune réserviste de qualité derrière lui, Spencer Knight. Logiquement, ils participeront aux séries éliminatoires, et le choix obtenu par le Canadien sera quelque part entre le 20e et le 32e rang.

Que peut espérer le Tricolore à ces échelons ?

Un joueur titulaire – dans cinq ou six ans.

Je vous ai déjà parlé des études de Michael Schuckers sur la valeur des choix de premier tour. Il y a un écart océanique entre la qualité des joueurs repêchés parmi les 10 premiers et les suivants. De l’ordre du deux pour un, entre le 10e et le 30e.

Lisez la chronique « Combien vaut le premier choix ? »

Les chances de recruter un marqueur de 40 buts sont donc faibles. Par contre, celles d’acquérir un contributeur régulier sont bonnes.

J’ai compilé les matchs joués par tous les joueurs repêchés entre le 20e et le 32e rang, entre le lock-out de 2004 et le repêchage de 2018. Je me suis arrêté là, pour donner le temps aux espoirs de s’établir un peu. Les données sont encourageantes. Les joueurs de l’échantillon ont disputé en moyenne 231 parties dans la LNH. C’est presque trois saisons complètes. De façon réaliste, le Canadien peut s’attendre à ce que ce choix de 2023 soit dans l’alignement lorsque le noyau de jeunes de l’équipe arrivera à maturité, dans quelques années. Même chose pour le choix de 2022 obtenu des Flames de Calgary en retour de Tyler Toffoli.

C’est donc une bonne transaction pour les deux équipes, qui reflète les attentes des deux organisations. La victoire immédiate pour les Panthers. Une renaissance à long terme pour le Canadien.