Le vendredi 1er octobre. La date était encerclée sur le calendrier. C’était le jour de la première « vraie » partie à domicile, cette saison, du club de notre plus jeune.

Publié le 7 oct. 2021

L’équipe s’est préparée toute la semaine. Entraînement hors glace. Sur glace. Vidéo. La totale. Les joueurs ont invité leurs amis du collège. Leurs parents. Leurs grands-parents. Ils ont repassé leurs plus beaux habits. Ils étaient prêts. Jusqu’à ce que le matin du match, ils reçoivent un message de leur entraîneur.

Pas d’arbitres ce soir.

La partie est annulée.

Pas à Pointe-aux-Outardes.

Pas à Saint-Just-de-Bretenières.

À Montréal !

Dans les heures suivantes, des lecteurs m’ont signalé d’autres parties annulées pour la même raison. Ç’a été le cas à Boucherville. À Saint-Jean-sur-Richelieu. À Sherbrooke. À Kingsey Falls. À Montréal, le début de saison a été reporté d’un mois dans plusieurs niveaux. À Mont-Tremblant, l’association locale a demandé aux parents de se tenir prêts à enfiler les patins pour officier, si ça s’avérait nécessaire.

C’est si grave ?

Oui. Selon Hockey Québec, plus de 25 % des arbitres de l’Estrie, de Québec et de la Beauce sont partis dernièrement. À Montréal, à Laval et en Montérégie, c’est autour de 20 %. Tout le monde est touché, même les ligues de garage.

Que se passe-t-il ? Trois causes expliquent cette baisse soudaine.

1. Trop d’abus envers les arbitres

Massachusetts Hockey, qui gère également une pénurie d’officiels, soutient que les abus répétés « des parents, des entraîneurs et des joueurs » sont la principale cause du problème. Dans un message diffusé mardi, l’organisme présente quelques cas survenus récemment.

« Un arbitre a dû être escorté par la police dans une partie [pour les moins de 8 ans]. Une jeune femme a quitté la glace en plein milieu d’une partie parce qu’elle était harcelée par des parents. Un parent est descendu sur la glace pour courir après un arbitre […] Ce ne sont que quelques exemples de ce qui se passe chaque fin de semaine. »

Est-ce limité à la région de Boston ? Bien sûr que non. Ici aussi, il y a des parents dingos qui hurlent contre les arbitres de 15 ans parce que ceux-ci n’ont pas attribué à leur petit Cole Caufield une deuxième passe dans une partie d’atome B. Malheureusement, ces épisodes de rage ne cesseront pas bientôt. Surtout pas dans le contexte de la pandémie.

2. Des emplois sous-payés

Et pas juste un peu. Au sommet de la pyramide, en tenant compte du transport vers l’aréna, un arbitre peut gagner 20 $ de l’heure. Les jeunes officiels, eux, sont payés entre 12 $ et 14 $ de l’heure. Il y a deux ans, c’était un salaire concurrentiel. Aujourd’hui ? Pfff. Oubliez ça.

« Il y a un manque de personnel dans les épiceries, dans les pharmacies, dans les magasins, partout ! », constate Yvan Dallaire, directeur de la régie à Hockey Québec. « L’offre et la demande, sur le marché de l’emploi, sont inversées. Dans un commerce, un jeune peut maintenant gagner 18 $ de l’heure, avoir des heures garanties et même choisir son horaire. » Au hockey ? On est très, très loin de ces conditions.

3. La fin du travail au noir

Jusqu’à la saison dernière, dans plusieurs régions du Québec, les arbitres étaient payés sous la table. C’est-à-dire qu’ils ne recevaient pas de formulaire T4A, et ne déclaraient pas leurs revenus. Le gouvernement a déclaré : « Ça suffit. » Hockey Québec demande à tous de se conformer à la loi.

« On n’a forcé personne, indique Yvan Dallaire. On a informé nos gens. On ne veut pas courir le risque que nos arbitres subissent une enquête, que le fisc retourne cinq ans en arrière et impose des pénalités. »

Des dizaines de vétérans ont donc choisi de ranger leur sifflet. Plusieurs associations estiment que c’est le cœur du problème. Est-ce une des causes de la pénurie ? Assurément. La principale ? J’en doute. À Montréal et à Laval, les arbitres reçoivent des T4A depuis Mathusalem, et on n’a jamais manqué d’officiels avant aujourd’hui.

Et puis, franchement, je vois mal comment on peut reprocher au gouvernement d’exiger des travailleurs qu’ils déclarent leurs revenus…

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« On a frappé un mur », me confie un responsable découragé. Il est déjà acquis que les calendriers des catégories M21, M18, M15, ainsi que ceux du hockey scolaire seront chamboulés. Cela dit, tout n’est pas perdu. Il existe des solutions. Plusieurs, même. Lesquelles ?

Cesser d’imposer des frais aux arbitres

Vous avez bien lu. Les arbitres doivent payer un bouquet de frais pour avoir le droit d’arbitrer. Dans un contexte concurrentiel, où des restos offrent un boni de 1000 $ à l’embauche, c’est totalement contre-productif. À Québec–Chaudière-Appalaches, l’association régionale vient d’abolir les frais d’affiliation. Ce sont 40 $ de plus dans les poches des arbitres. Hockey Québec prendra aussi à sa charge tous les frais des nouveaux officiels de la province, et récompensera ses vétérans qui travailleront plus de 60 parties cet hiver.

Accorder de meilleurs salaires

Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, on vient d’augmenter les salaires des officiels de 20 %. Et tout indique que ça facilite le recrutement. « Ce n’est pas une région où on me rapporte des problèmes », précise Yvan Dallaire.

Pourquoi cette solution n’est-elle pas appliquée partout au Québec ? Parce que cela forcerait les associations à hausser les droits d’inscription. Et ça, ce n’est pas une mesure très populaire. Sauf que c’est quoi, le plan B ? Attendre que le gouvernement ferme les yeux sur les déclarations de revenus ? Descendez de vos grandes licornes, ça n’arrivera pas.

Si la facture était refilée aux parents, la hausse serait de moins de 50 $ pour une saison d’une vingtaine de parties. C’est raisonnable. Après 18 mois de pandémie, je suis convaincu que presque tous les parents sont prêts à allonger quelques dizaines de dollars de plus si ça peut permettre à leurs enfants de jouer plus de matchs.

Réduire le nombre d’arbitres par partie

« A-t-on vraiment besoin de quatre arbitres dans le midget AA ? De trois arbitres dans le pee-wee AA ? », demande Yvan Dallaire. Pendant longtemps, ça n’a pas été le cas, rappelle-t-il. Réduire le nombre d’arbitres à trois dans les groupes plus âgés et à deux chez les plus jeunes donnerait de l’air. D’ailleurs, la meilleure ligue de développement au Québec, l’U18 AAA, vient de présenter des parties avec seulement trois arbitres. Était-ce l’idéal ? Non. Était-ce une catastrophe ? Non plus.

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Cette pénurie survient en pleine période de transition chez Hockey Québec. L’ancien directeur général, Paul Ménard, a pris sa retraite le 31 août. Son successeur n’est pas encore nommé. Pas facile de naviguer en eaux troubles sans capitaine.

Heureusement, le nouveau directeur général sera nommé sous peu. D’ici la fin d’octobre, me dit-on. Sur la centaine de candidats qui ont manifesté leur intérêt, il n’en reste que quatre, me glisse-t-on à l’oreille. Tous sont des gestionnaires d’expérience, précédés d’une bonne réputation.

Le plus connu est Jocelyn Thibault. L’ancien gardien du Canadien a implanté et dirigé avec succès une franchise de la LHJMQ à Sherbrooke. C’est aussi un homme de terrain, souvent croisé dans les tournois provinciaux, et un très bon communicateur, comme il le démontre dans sa chronique au 91,9 Sports.

Martin Lavallée est aussi parmi les finalistes. Issu du milieu de l’enseignement, il a redonné du lustre au hockey scolaire en présidant la Ligue de hockey préparatoire scolaire, de 2011 à 2015. Il est maintenant l’adjoint du commissaire Gilles Courteau dans la LHJMQ. Il a joué un grand rôle dans la création des environnements protégés pendant la pandémie.

Moins connu du grand public, Dave Leclerc a aussi un CV bien rempli. Conseiller au ministère de l’Education, il s’occupe des programmes de sports-études et des dossiers reliés au hockey. Il a récemment travaillé sur la fusion réussie des ligues scolaires.

Le quatrième candidat, me dit-on, est un « dirigeant très respecté » d’une autre fédération sportive, avec de longs états de service.

Souhaitons que le futur directeur général soit nommé le plus rapidement possible. Que la pénurie d’officiels soit au cœur de ses priorités. Et qu’il ait des idées novatrices pour régler la crise.