(Québec) Chris Boucher vit un moment crucial dans sa carrière. Après avoir connu du succès dans la G-League, le Montréalais tentera d’obtenir un poste avec les Raptors de Toronto. « Je veux montrer que je fais partie de l’équipe », dit-il.

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

« Je dois trouver une façon de faire l’équipe » — Chris Boucher

Une semaine. C’est le temps que s’est accordé Chris Boucher pour « avoir du fun » et célébrer le titre des Raptors de Toronto remporté face aux Warriors de Golden State à la mi-juin.

Les choses sérieuses ont repris peu après avec la Summer League, à Las Vegas, et la préparation de la Coupe du monde qu’il a finalement dû manquer pour des raisons personnelles.

Tout ça pour dire que le Montréalais n’a pas chômé dans ce qui s’apparente fort à un moment crucial de sa carrière. À 26 ans et après une saison remarquable dans la G-League, l’antichambre de la NBA, Boucher doit maintenant passer à la vitesse supérieure au sein d’une équipe orpheline de deux partants, Kawhi Leonard et Danny Green. Par ricochet, et jusqu’en bas de l’organigramme, plusieurs joueurs vont être amenés à tenir de plus grands rôles.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

Chris Boucher a grandi à Montréal.

« Cette semaine, je veux juste montrer que je fais partie de l’équipe, a expliqué le principal intéressé à l’issue de la première séance d’entraînement des Raptors au PEPS de l’Université Laval, hier. L’an passé, je n’ai pas beaucoup joué, alors, je veux gagner du temps de jeu et montrer ce dont je suis capable. J’ai maintenant une meilleure opportunité. Avec les départs de Kawhi et Danny, il y a plus de minutes à donner. »

Des pas de géant

Arrivé tardivement dans le monde du basketball, à la fin de l’adolescence, Boucher a fait des pas de géant dans la dernière année. Sans contrat après une année passée dans le giron des Warriors de Golden State, il a majoritairement disputé la dernière campagne avec les Raptors 905 de Toronto, le club-école des Raptors. Il s’est classé au premier rang de la ligue au niveau des blocs (4,1) et au troisième rang au chapitre des points (27,2). Cela lui a valu le titre de joueur par excellence et de meilleur joueur défensif du circuit.

Avec les Raptors, par contre, il a connu un rôle marginal avec 28 apparitions en saison. C’est cette étiquette qu’il veut changer. Il veut montrer que son apport peut aller bien au-delà des 3,3 points inscrits en 5,8 minutes de moyenne. Même si cela ne se voit pas forcément, il dit avoir ajouté un peu de masse musculaire cet été.

« Maintenant, je peux finir et je suis capable de changer de tempo alors qu’avant, je n’avais qu’une seule vitesse. Je peux en changer et faire des jeux avec les autres. »

« Il a eu un bon été, a ajouté son entraîneur-chef Nick Nurse. Il est meilleur en possession du ballon. Ses prises de décision sont également meilleures et il lit les situations un peu mieux. Maintenant, il faudra voir si je peux être en mesure d’utiliser sa capacité à bloquer les tirs adverses parce qu’il a un instinct naturel à ce niveau. Aussi, peut-il être plus efficace autour de l’arceau pour finir les jeux ? Il l’a fait à d’autres niveaux, mais ce n’est pas la même chose dans la NBA. »

Quasiment à domicile

Au moment de rencontrer les médias, hier après-midi, Boucher n’avait pas encore consulté ses messages. Mais entre la famille et les amis, le Montréalais se doutait fort bien qu’il allait être sollicité dans les prochains jours. « Avoir un camp au Québec, ça vaut tout. Beaucoup de monde va être là. Il va falloir que j’achète plusieurs tickets pour le match [intra-équipe]. Mais ça ne change rien à ce que je dois accomplir sur le parquet. Je dois trouver une façon de faire l’équipe et de l’aider. »

Né à Castries, sur l’île de Sainte-Lucie, Boucher est arrivé au Québec à l’âge de 5 ans. Celui qui a grandi dans l’arrondissement de Côte-des-Neiges et à Montréal-Nord a ensuite peaufiné son jeu au sein de l’Académie de basketball du Cégep d’Alma. Il dit n’avoir jamais joué à Québec, même s’il y a déjà vu jouer plusieurs de ses amis.

Cette fois, c’est lui qui sera au centre de l’attention, jeudi, au cours du match intra-équipe. Dans un amphithéâtre qui sera plein à craquer, il pourra encore mesurer la popularité de l’équipe. En tant que seul Canadien dans la formation des Raptors, il a d’ailleurs parfaitement pris la mesure de l’importance du titre et de son impact sur le basketball au Canada.

« Je vois plus de jeunes qui se rendent dans la NCAA ou dans les junior colleges. C’est une bonne chose pour nous. Après le championnat, j’ai vu à quel point les jeunes étaient intéressés au basketball et ce que ça pouvait faire pour un pays. Ça a réuni un pays au complet. »

Et lui, qu’a-t-il appris lors de l’épopée des Raptors ? En séries éliminatoires, il a été cantonné à un rôle de spectateur, hormis les quatre petites minutes jouées dans la série face aux Bucks de Milwaukee. Assis au bout du banc, il n’a toutefois pas perdu son temps, a-t-il juré.

« J’ai appris que chaque jeu compte. Le lancer-franc que tu manques au premier quart peut faire la différence à la fin du match. Il faut jouer et travailler fort à chaque fois. Peut-être que le tir que tu n’as pas contesté et qui a été réussi par l’adversaire aurait pu te faire gagner le match. »

Les observateurs sont pessimistes…

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Pascal Siakam, des Raptors de Toronto

C’est en toute discrétion que les Raptors de Toronto ont démarré leur camp d’entraînement, hier matin, à Québec.

Devant le PEPS de l’Université Laval, les deux autocars ne portaient aucune mention des champions en titre de la NBA. À l’intérieur, des rideaux noirs autour de l’Amphithéâtre Desjardins et la présence de gardiens de sécurité plaçaient l’équipe à l’abri des regards curieux.

Il faut ce qu’il faut pour accueillir les Raptors, qui tiennent leur camp au Québec pour la première fois après des séjours en Ontario, en Colombie-Britannique, en Nouvelle-Écosse, aux États-Unis et en Italie. L’équipe est arrivée tard samedi soir, après une journée médiatique au Scotiabank Arena à Toronto.

« J’ai pu jeter un œil sur la ville en venant au gymnase et c’est magnifique. Je suis impatient de pouvoir prendre un peu plus mon temps, a indiqué l’entraîneur-chef Nick Nurse. Cela fait plusieurs années que l’idée de venir ici me trotte dans la tête. En arrivant à Toronto, plusieurs bons amis me répétaient d’aller à Québec. Alors, quand on m’a dit que le camp devait se tenir dans l’est du pays, j’ai moi aussi dit : “On doit aller à Québec.” »

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Nick Nurse, entraîneur-chef des Raptors de Toronto

Et voici donc les Raptors sur le parquet de l’Amphithéâtre Desjardins jusqu’à jeudi. Six entraînements, ainsi qu’un match intra-équipe ouvert au public sont au programme avant un crochet par Toronto et le départ vers Tokyo, où l’équipe affrontera les Rockets de Houston. Le début de la saison est programmé pour le 22 octobre, contre La Nouvelle-Orléans, avec LA grande question : les Raptors peuvent-ils conserver leur titre ?

Effort collectif

Bien peu d’observateurs, sinon aucun, n’envisagent cette hypothèse. Dans son premier état des forces de la saison, Sports Illustrated a placé les Raptors au… 16e rang de la ligue. Le site fivethirtyeight.com, réputé pour ses prédictions, lui accorde 1 % de chances de gagner le championnat, avec une fiche de 44-38 en saison.

Il n’y a pas de secret, ce constat est en grande partie la conséquence du départ de Kawhi Leonard vers les Clippers de Los Angeles. Lors des dernières séries éliminatoires, il avait été d’une constance remarquable avec une moyenne de 30,1 points par match et quelques paniers d’anthologie. Mais en saison, son temps de jeu avait été savamment réparti en raison des interrogations concernant son état de santé. La fiche des Raptors en son absence : 17 victoires et 5 défaites.

« L’année passée, on nous a sous-estimés avec Kawhi. Sans lui, le doute est encore plus grand, mais on a des gars qui nous ont aidés à gagner un championnat, répond Chris Boucher. On doit savoir qu’on a de l’expérience dans les finales. »

« Je sais qu’on va quand même réussir à aller en séries et on est beaucoup à vouloir prouver des choses. »

Les Raptors n’ont pas changé grand-chose pour compenser les départs de Leonard et de Danny Green. Les principaux ajouts se nomment Rondae Hollis-Jefferson (Nets de Brooklyn), Stanley Johnson (Pelicans de La Nouvelle-Orléans) et Matt Thomas, qui a disputé les deux dernières saisons en Europe. Aucun des trois, par contre, ne prendra l’une des deux places libres dans l’équipe partante.

« Je crois qu’il y a un groupe qui peut jouer un grand nombre de matchs. Kyle [Lowry], Pascal [Siakam] et Marc [Gasol] sont les choix évidents, énumère Nurse avant de prendre une pause. Je vois aussi Serge [Ibaka], Fred [VanVleet], Norm [Powell], OG [Anunoby] ou Pat [McCaw]. »

À moins d’une transaction majeure — le président Masai Ujiri est coutumier du fait —, les Raptors miseront donc, pour commencer, sur un effort collectif. En tête de liste, les attentes sont grandes envers Siakam, qui a gagné le titre du joueur ayant affiché la plus belle progression l’an dernier. Lowry, qui a subi une opération à un pouce pendant l’été, et Gasol, sacré champion du monde avec l’Espagne, sont aussi attendus.

« Avec l’équipe nationale, je suis davantage impliqué et je marque davantage de points quand cela est nécessaire, a reconnu Gasol. On va tous devoir combler ce vide. Ce n’est pas l’affaire de seulement un ou deux gars, mais de tout le monde. »