(New York) Le conflit de travail acrimonieux dans le Baseball majeur a pris fin jeudi quand l’Association des joueurs a accepté, sur division, l’offre des propriétaires sauvant ainsi la saison de 162 matchs qui devrait débuter le 7 avril.

Mis à jour le 10 mars
Ronald Blum Associated Press

Les propriétaires ont approuvé à leur tour à 30 contre 0 le nouveau contrat de travail de cinq ans. Le Baseball majeur a officialisé la levée du lock-out sur le coup de 19 h au 99e jour du conflit. Les photos et vidéos des joueurs ont refait surface sur le portail web de la MLB et les équipes ont publié sur Twitter des images célébrant la fin du conflit et annonçant la vente de billets pour l’ouverture de la saison.

« Je suis sincèrement ravi d’annoncer que le Baseball majeur est de retour et qu’on jouera 162 parties, a commenté le commissaire Rob Manfred. Je veux commencer par offrir des excuses à nos partisans. Je sais que les derniers mois ont été difficiles. »

Le gel imposé à la composition des équipes à la suite du déclenchement du lock-out, doit aussi être levé sur le champ, ce qui permettra à Freddie Freeman, Carlos Correa et plus de 100 autres joueurs sans contrat de signer de nouvelles ententes.

Les camps d’entraînement vont s’ouvrir dès vendredi en Floride et en Arizona. Les joueurs ont l’obligation de se rapporter à leur équipe d’ici dimanche. Les premiers matchs préparatoires auront lieu à partir du 17 ou du 18 mars.

Les amateurs peuvent commencer à planifier leurs sorties au Fenway Park, au Dodger Stadium et à Camden Yards le mois prochain. La journée d’ouverture devrait se tenir une semaine plus tard que la date d’origine du 31 mars.

La nouvelle convention collective apporte d’importants changements au sport en soi avec l’ajout d’un frappeur désigné universel, un format de séries éliminatoires à 12 équipes ainsi que divers éléments dissuasifs aux « baisses de régime intentionnelles » (tanking) de la part d’équipes.

Les 184 parties précédemment annulées par le commissaire Rob Manfred ont finalement été remises pour conserver un calendrier complet de 162 matchs. La saison régulière sera donc prolongée de trois jours, soit jusqu’au 5 octobre et les équipes joueront environ trois programmes doubles pour intégrer les parties remises.

Après avoir vu passer deux dates butoirs établies par les propriétaires pour sauver la saison complète, les joueurs ont reçu une proposition dite « finale », jeudi après-midi, dans un ultime effort pour sauver la saison, les salaires des joueurs et la pleine reconnaissance de leur temps de service.

Alors que l’écart entre les deux camps s’était déjà rétréci, les propriétaires ont fait un pas de plus pour rejoindre les joueurs sur un terrain mitoyen dans la majorité des enjeux économiques.

Selon une source familière avec le déroulement du scrutin, qui s’est confiée à l’Associated Press sous le couvert de l’anonymat, le conseil exécutif de l’Association des joueurs a voté en faveur de l’offre par un vote de 26 à 12.

« L’entente permet au sport d’aller vers l’avant », a déclaré le lanceur Gerrit Cole, des Yankees de New York, un membre du sous-comité exécutif de l’Association des joueurs, dans une entrevue téléphonique avec l’Associated Press.

« Elle couvre plusieurs éléments qui devraient préoccuper les joueurs : l’aspect de l’intégrité compétitive. »

Le nouveau format des éliminatoires verrait les deux meilleures équipes de chaque division se qualifier. Les deux champions de division avec la meilleure fiche auront un laissez-passer pour le premier tour et les quatre autres équipes devront disputer une série au meilleur de trois parties.

Autre changement important, les équipes pourront ajouter pour la première fois de la publicité sur leurs uniformes et les casques. Des changements de règles sur les permutations en défensive et un chronomètre imposé aux lanceurs pourraient être adoptés en 2023.

« J’aime notre sport, a mentionné Manfred. Cela étant dit, depuis que je suis commissaire, j’ai parlé du besoin d’apporter des changements à certaines règles pour améliorer le potentiel de divertissement de notre produit pour les fans. Je crois que cette entente ouvre la voie à la possibilité de collaborer avec les joueurs pour instaurer des changements bénéfiques pour nos partisans. »

L’accord inclut un plafond salarial rehaussé de 210 à 230 millions US assorti d’une croissance graduelle jusqu’à atteindre 242 millions US en 2026. Ce qui devrait donner un peu de marge de manœuvre aux grands marchés des Yankees, des Mets, des Dodgers et des Red Sox.

Le taux de la taxe de luxe demeure inchangé pour tous les paliers, c’est-à-dire 80 % pour une première offense, 90 % pour une récidive et 110 % pour une troisième infraction et plus.

Le salaire minimum sera majoré de 570 500 $ US à environ 700 000 $ US, assorti d’une majoration annuelle de 20 000 $.

Une nouvelle cagnotte de 50 millions US a été créée pour verser des bonis aux joueurs qui surperforment, mais qui ne sont pas encore admissibles à l’arbitrage salarial. Une façon de hausser les salaires des jeunes vedettes.

Après un autre obstacle au progrès des négociations, celui-là lié au désir des propriétaires d’instaurer un repêchage amateur international, l’entente s’est matérialisée jeudi après-midi.

Elle est venue couronner près d’un an de négociations pendant lesquelles les lanceurs Max Scherzer et Andrew Miller ont joué un rôle important à titre de porte-paroles du syndicat.

Mais tout n’est pas réglé pour autant. Le président du syndicat Tony Clark n’était pas aux côtés du commissaire pour annoncer la fin du conflit. Il a plutôt annoncé une conférence de presse distincte prévue vendredi. Un signe évident de frictions persistantes.

« Notre syndicat a enduré le deuxième plus long arrêt de travail de son histoire pour obtenir d’importantes améliorations dans des enjeux clés qui vont améliorer non seulement les conditions et les droits des joueurs actuels, mais ceux de générations à venir », a soutenu Clark dans un communiqué.

Manfred s’est engagé de son côté à « peut-être aller au fond des récriminations des joueurs pour éviter que les choses s’accumulent ».

« J’ai discuté avec Tony après leur vote de ratification. Je lui ai dit que je croyais qu’on avait une belle occasion devant nous pour améliorer le sport, a partagé Manfred. L’une des choses que suis supposé faire comme commissaire, c’est de favoriser une bonne relation avec nos joueurs. J’ai essayé de le faire. Je crois que je n’ai pas eu de succès. Je crois que ça commence par de petits pas. »

Les joueurs ont ragé pendant des années contre la précédente convention collective qui a pris fin le 1er décembre dernier. Celle-ci a vu la masse salariale totale décroître de 4 % en 2021 par rapport à la dernière saison complète de l’ancienne convention, en 2015.

Le syndicat avait adopté une position de négociation ambitieuse, réclamant un assouplissement de l’accès à l’autonomie complète avec des critères basés sur l’âge ainsi qu’un élargissement de l’admissibilité à l’arbitrage salarial en revenant aux règles en vigueur entre 1974 et 1986.

Dans le dernier droit des discussions, le plafond salarial et la taxe de luxe, conçus comme des freins aux dépenses, sont devenus les clés permettant d’obtenir une entente. Les joueurs estiment qu’un plafond trop bas et des taux de taxe de luxe trop élevés ont pour effet d’imposer indirectement un plafond salarial rigide, ce contre quoi le syndicat s’est battu pendant sept mois et demi lors de la grève de 1994-1995.

« L’un des avantages de la négociation de convention collective, a dit Manfred, c’est que nos joueurs ont la possibilité de donner leur avis sur ce à quoi va ressembler leur environnement de travail. Ils ont entièrement saisi cette opportunité pendant ces négociations. »

« Il s’agit probablement de l’un des meilleurs syndicats en Amérique », a ajouté le commissaire au sujet de l’Association des joueurs.

Le coût de ce conflit, toutefois, sera la rancœur qui a dépeint à la fois les propriétaires et les joueurs comme des gens obsédés par l’argent.

« Le gens peuvent venir au stade. Ça va aider, a soutenu Cole. Peut-être que certains vont venir au stade pour nous dire leur façon de penser. C’est leur droit. Je dirais que personne ne souhaitait que ça se passe comme ça et certains des obstacles qu’on a dû franchir dans les derniers moments n’étaient pas de la mauvaise foi, mais simplement de la procédure. »