On aime tous une bonne histoire de négligé, et celle de Fernando Valenzuela vient en haut de la liste. Tout en haut de la liste.

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

Ça tombe bien : pour ceux qui n’étaient pas là en 1981, mais aussi pour ceux qui y étaient et qui s’en souviennent, le documentaire Fernando Nation, de l’excellente série 30 for 30, est là pour nous, à voir ou à revoir. Parce qu’il s’agit d’une histoire de négligé comme on les aime, dont on ne se tanne pas, et aussi parce que c’est le genre de récit qu’on ne reverra probablement plus jamais.

Mais avant, et pour mieux comprendre, il faut se replacer un peu dans le contexte.

Au début des années 80, le baseball majeur n’est pas un sport qui résonne bien loin à l’extérieur des frontières américaines. Pas du tout. À cette époque, le baseball est en premier une affaire d’Américains, et même par ici, quand on va « à la balle » au Stade olympique, ce sont des joueurs américains que l’on accueille, dans un contexte américain aussi, même si l’orgue de Fernand Lapierre (Valderi, Valdera !) nous apporte une petite touche locale bien à nous.

À Los Angeles, au même moment, c’est justement cette saveur locale qui manque cruellement aux Dodgers. Le club a beau se produire dans un coin de la ville où les fans latinos sont nombreux, où leur histoire y est indissociable — à la fin des années 50, des familles entières ont été déplacées pour faire place à la construction du Dodger Stadium —, les gens de ce coin de la ville ne vont pas au baseball.

C’est là que la direction des Dodgers a une idée : et s’il était possible de dénicher un talent « local », auquel les partisans latinos pourraient s’identifier ? C’est un peu comme ça que la légende de Fernando Valenzuela commence.

Un dépisteur des Dodgers est dépêché dans un petit village mexicain pour ramener un joueur, mais le joueur visé au départ n’est pas celui qui l’épate; le dépisteur remarque plutôt un autre joueur, un jeune lanceur gaucher, un peu grassouillet, qui lance des balles de feu. C’est lui qu’il veut ramener.

Sur le coup, la direction des Dodgers estime avoir réussi un coup de génie… et cela s’avère exact. Le jeune homme, à peine 19 ans, arrive avec fracas sur les terrains du baseball majeur en 1980. En 1981, il commence la saison en état de grâce et remporte ses huit premiers matchs, pour aller avec une minuscule moyenne de points mérités de 0,50. C’est le début d’une saison spéciale, qui se terminera avec une poussée incroyable lors des séries (les fans des Expos s’en souviendront; c’est lui qui lance au Stade lors du tristement célèbre match numéro 5, celui de Rick Monday), et aussi avec une bague de la Série mondiale. Tout ça alors qu’il n’a même pas l’âge légal de commander une bière aux États-Unis.

À un certain moment, des équipes de télévision décident d’aller voir un peu le village natal de Valenzuela, et les images qu’elles ramènent dressent le portrait d’une profonde détresse, d’un monde de grande pauvreté qui aurait difficilement pu mener à la naissance d’une étoile du baseball.

Et c’est pourtant ce qui est arrivé. Envers et contre tous.

Fernando Nation sera diffusé dimanche à 23 h 30 sur les ondes de TSN2.