(Montréal) Les Capitales de Québec et les Aigles de Trois-Rivières ont manqué de temps. Les deux équipes ont annoncé vendredi qu’elles renonçaient à organiser un tournoi à quatre clubs qui devait remplacer les activités de la Ligue Frontier cet été.

Frédéric Daigle
La Presse canadienne

Ce n’est pas un point en particulier qui a fait achopper le projet, mais bien le fait qu’il se fasse un peu tard. Les gouvernements, fédéral comme provincial, la Santé publique, les municipalités de Québec et de Trois-Rivières, tout comme Baseball Québec et les organisations du Baseball majeur : tous avaient embarqué dans le projet.

« Je peux vous dire que dans la situation actuelle, ç’a été incroyable de la façon dont on nous a aidés à trouver des solutions du côté des instances gouvernementales, a souligné Michel Laplante, le président des Capitales. On sait qu’elles n’ont pas que du baseball à régler dans leur vie ! Nous n’avons pas eu assez de temps pour les rassurer sur certains points. »

« Il était minuit moins une, a ajouté le directeur général des Aigles, René Martin. il devenait de plus en plus difficile de disputer un calendrier de 40 rencontres. Même si la trentaine de joueurs américains que nous visions pour compléter nos équipes arrivaient aujourd’hui, la quarantaine nous amène un peu loin dans l’été. »

Laplante et Martin avaient monté tout un protocole sanitaire. Le gouvernement fédéral avait acquiescé à sa demande de permettre aux joueurs américains de venir jouer au Québec, pour autant qu’ils respectent une quarantaine de 14 jours à leur arrivée. Il avait même mis de l’avant un plan pour permettre à quelque 1000 personnes d’assister aux matchs en cinq sections distinctes, avec leur entrée unique, question d’éviter les contacts.

La Santé publique n’était toutefois pas prête (« Avec raison », note Laplante) à lui permettre autant de personnes dans le stade, un obstacle majeur à la tenue de ce tournoi.

Certaines réponses tardaient aussi à venir du côté des joueurs.

« Chaque équipe des Majeures protège présentement 60 joueurs en vue de son calendrier de 60 matchs, dont 30 seront retenus, a expliqué Laplante. Les 30 autres demeureront tout près des équipes de la MLB, car il y aura des rappels, des mouvements de joueurs.

“On attendait donc après des réponses : le joueur qui est au niveau AA, il espère faire partie des 60, voire des 30. Quant aux joueurs du niveau A, ils sont plus loin des Majeures, mais un peu plus gênés de mettre de la pression sur leur organisation afin d’obtenir la permission de revenir nous joindre. »

Une réponse au moins n’avait pas tardé par contre : celle de Manny Ramirez !

L’ex-vedette des Red Sox de Boston et des Indians de Cleveland avait indiqué dès mars à Laplante son désir de jouer pour les Capitales cet été.

« Il est tombé en amour avec la ville quand il est venu visiter les installations de B45, qui lui a fourni des bâtons quand il jouait, a raconté Laplante. Il savait qu’il y avait un club professionnel. Il devait jouer au Japon cette saison, mais en raison de la COVID-19, ça n’a pas fonctionné. Il nous a alors immédiatement demandé s’il pouvait y avoir une place pour lui. Il s’en venait, en compagnie de son fils, Manny fils. »

Incapable de tenir ses promesses

Un autre point majeur qui a mené à la décision annoncée vendredi est que Laplante ne s’estimait pas capable de tenir ses promesses à 100 % envers les joueurs étrangers.

« Je me voyais mal demander à un Américain de venir se mettre en quarantaine pendant 14 jours et de devoir lui dire par la suite que le projet était mis de côté, le condamnant ainsi à une autre quarantaine à son retour chez lui.

“Même si on allait de l’avant, comment demander à ces gars d’être prêts à jouer après 14 jours sans trop s’entraîner ? »

Cette annulation signifie donc que les Capitales et les Aigles auront disputé leur dernier match en août 2019 et que leur prochain n’aura pas lieu avant juin 2021. Une très longue période sans revenus pour ces formations, qui ne seraient toutefois pas en péril.

« On a eu un coup de chance à Trois-Rivières et à Québec : ç’aurait été bien pire d’annuler les activités le 1er avril qu’à la mi-mars. Probablement qu’à cette date, les billets d’avion pour les joueurs auraient été achetés ; l’implication avec les hôteliers, l’achat de tout l’équipement aurait été avancé et ç’aurait été plus catastrophique. »

« Les proprios à Trois-Rivières et Québec étaient prêts à perdre un peu d’argent pour créer un’buzz’, a renchéri Martin. De notre côté, la ville de Trois-Rivières nous offre un important appui, sans lequel nous n’existerions pas. La ville nous a dit que cet appui ne devrait pas changer. Par ailleurs, la plupart de nos commanditaires sont des quincaillers ou des épiciers, qui ont été moins lourdement touchés par la pandémie.

“Mon inquiétude se trouve davantage au niveau médical : si on ne trouve pas de solution, je doute que l’on puisse passer un autre été sans spectateur, encore moins sans jouer. »