On n'empêchera pas une mère de s'inquiéter. Surtout quand son fils, âgé de 14 ans, est continuellement le plus jeune de son équipe ou des tournois auxquels il participe. «Il peut parfois affronter des joueurs de 18-19 ans qui lancent jusqu'à 90 miles à l'heure. Il n'avait jamais affronté une telle vélocité avant», raconte Melissa Vaillancourt, mère de Joshua Jones, un brin soucieuse.

Mis à jour le 11 mars 2019
Pascal Milano LA PRESSE

Le jeune Blainvillois est l'un des beaux espoirs du baseball canadien. Son rêve est d'atteindre un jour les ligues majeures et de suivre les traces du paternel Andruw Jones, ancien joueur des Braves d'Atlanta ou des Yankees de New York. Au premier coup d'oeil, le garçon possède déjà le physique nécessaire pour rêver grand. À l'entendre, il possède aussi la maturité pour garder le cap.

Rencontré au Complexe sportif Claude-Robillard, l'arrêt-court sort tout juste d'une séance d'évaluation en présence de plusieurs dépisteurs, dont ceux des Blue Jays de Toronto et des Padres de San Diego. Le programme: un test de vitesse sur 60 verges, des exercices au bâton et des jeux en défense.

«Ça s'est bien passé, raconte le jeune joueur de l'Académie Baseball Canada (ABC). Je ne suis pas une personne qui se stresse facilement. J'étais correct. [...] C'est mon bâton qui me permet de me démarquer. En défense, j'essaie de faire des routines simples et pas trop exagérées.»

«Des fois, quand tu es plus grand que les autres, tu peux avoir des problèmes de coordination, et c'est un peu plus long sur le patron moteur. Lui démontre beaucoup de puissance dans son groupe d'âge, précise Robert Fatal, directeur général et entraîneur-chef de l'ABC. On l'avait vu à sa première année pee-wee, où il avait claqué 25 circuits alors qu'un bon joueur peut en frapper six ou sept. Toute la maturité de son jeu n'est pas encore à point, ce qui est normal, mais on a vite vu ses qualités pures.»

Ce profil n'a pas échappé à d'autres intervenants du baseball. En septembre dernier, il a été l'un des deux joueurs de 14 ans invités au Tournament 12 des Blue Jays, réservé aux 160 meilleurs amateurs du Canada. «C'était incroyable. Tu joues dans le même stade que l'équipe et on te traite comme un professionnel. Je vais m'en souvenir pour le reste de ma vie», raconte le principal intéressé, dont le nom de famille interpelle forcément.

Son père, Andruw, a disputé 17 saisons dans le baseball majeur avec les Braves, les Dodgers de Los Angeles, les Rangers du Texas, les White Sox de Chicago, puis les Yankees. Le voltigeur était reconnu pour sa puissance offensive. «J'essaie de rester en contact avec lui tous les jours. Si je travaille sur un aspect au bâton ou à la défense, je lui demande s'il a un conseil à me donner, explique Joshua. Il va me dire: "Ah, OK, moi, je le faisais comme ça, essaie comme ça". Ça marche et je prends un peu de son style.»

Depuis le mois de septembre 2018, l'élève de troisième secondaire se rend à Montréal tous les après-midi de la semaine pour ses entraînements au Complexe Claude-Robillard. Le centre national regroupe les meilleurs joueurs âgés de 16 à 21 ans. L'été, l'équipe effectue plusieurs voyages aux États-Unis afin d'y disputer cinq ou six tournois majeurs. «Ils vont en Floride en juin. En juillet, ils retournent en Floride, puis ils vont aller à Atlanta, Boston et New York. Je ne vais pas le voir du mois de juillet», regrette sa maman. L'automne, ce sont des duels sur le terrain d'universités américaines qui sont au programme.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRŽÉCHETTE, LA PRESSE

Robert Fatal, directeur géŽnéŽral et entraîneur-chef de l'ŽABC.

«Une bonne discipline personnelle»

Joshua a intégré l'ABC en septembre dernier. En quelques mois, il a amélioré sa pointe de vitesse - environ huit dixièmes de seconde sur 60 verges - , son jeu de pieds, son agilité et sa flexibilité. «Il a une très bonne discipline personnelle, souligne Fatal. Il est capable de répéter la charge de travail jour après jour et semaine après semaine. Ce n'est pas donné à tout le monde, parce qu'il y a quand même une certaine lourdeur avec 15 heures d'entraînement, l'école et le voyagement.»

À ce chapitre, sa mère suit attentivement les résultats de son garçon qui, l'an dernier, a remporté la bourse d'excellence académique de la Fondation de l'athlète d'excellence du Québec. «À son dernier bulletin, il avait 88% de moyenne générale. C'est quand même bien avec tous ses entraînements de 15h à 18h.»

Joshua n'a d'ailleurs pas que des aspirations sportives. Il espère travailler dans le domaine juridique après une carrière dans le baseball. «Vu son âge, on est très loin [du baseball majeur], mais ça commence toujours par un rêve, tempère Fatal. Sans dire que les trois prochaines années seront critiques, ce sont des années de développement où son corps va beaucoup changer. Il va commencer à chercher une maturité physique.»

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Joshua Jones