Son talent ne demandait que confirmation. Jennifer Abel semblait pourtant être la dernière à y croire. Peut-être parce qu'elle connaissait le scénario: qualifiée deuxième pour la finale, en sandwich entre les deux Chinoises. Seul le lieu différait: la Chine, haut lieu du plongeon, plutôt que l'Italie.

Mis à jour le 25 juill. 2011
Simon Drouin LA PRESSE

Cette fois, le dénouement a été différent. Deux ans après avoir manqué son envol à Rome, Abel a brillé de tous ses feux aux Championnats du monde de Shanghai, samedi, remportant le bronze au tremplin de 3 mètres. À 19 ans, la Montréalaise décrochait ainsi sa première médaille individuelle dans un rendez-vous majeur.

Au terme de ce qui fut «la journée la plus difficile de (sa) vie», Abel est tombée dans les bras de son entraîneur et complice depuis presque 10 ans, Cesar Henderson.

«Là, tout le stress est tombé, a poursuivi Abel au téléphone, encore sur un nuage 24 heures plus tard. Je ne pouvais juste pas y croire. Finalement, c'était arrivé. Les larmes me sont montées, mais pas avant que Cesar ne me serre dans ses bras. Je savais qu'il était fier de moi, qu'il aurait été fier peu importe le résultat. On se comprenait. On avait réussi notre objectif, on était prêts. J'ai prouvé que je n'étais plus la petite Jennifer Abel. Finalement, je fais partie des grandes.»

Cette consécration individuelle, après sa médaille d'argent en synchro avec Émilie Heymans, était prévisible.

Après tout, Abel n'avait que 16 ans aux Jeux olympiques de Pékin quand elle a raté la finale par un rang. L'été suivant, aux Mondiaux de Rome, elle s'est qualifiée deuxième pour la finale. Ses nerfs ont lâché et elle a raté son premier plongeon. Elle a été reléguée au 11e rang.

«Beaucoup de choses ont changé depuis, signale la représentante du club Camo: mon approche des compétitions, mes plongeons. J'ai muri aussi. Ça fait seulement deux ans, mais ça fait une grande différence en plongeon.»

Son expérience à Rome lui a aussi appris à mieux moduler sa dépense énergétique pour une compétition extérieure par une chaleur intense. À Shanghai, elle s'est assurée de prendre des douches froides entre chaque plongeon pour bien réveiller ses muscles. Surtout, elle a réussi à ne pas se laisser distraire par les performances de ses rivales chinoises.

Son âge était peut-être le dernier rempart psychologique. Elle était la plus jeune plongeuse de cette finale du 3 m, une spécialité où on atteint généralement son plein potentiel à la mi-vingtaine.

«Ça laisse des doutes, dit Abel. Finalement, je réalise que ce n'est pas vraiment une question d'âge, mais une question de talent.»

Régulière et stable, Abel n'a jamais fléchi, récoltant des notes variant entre 7 et 9 pour chacun de ses cinq essais. Elle a récolté un total de 365,10 points, contre 380,85 pour la médaillée d'or, Wu Minxia, qui plongeait dans sa ville natale. He Zi a gagné l'argent avec 379,15 points.

Qualifiée quatrième, Heymans, vice-championne mondiale, a connu une journée à l'opposé de sa jeune coéquipière. Jamais dans le coup, elle s'est classée 12e et dernière de la finale. L'athlète de Saint-Lambert s'expliquait mal cette défaillance. «Il faut apprendre de chaque expérience et je vais apprendre de cette expérience-là», a déclaré l'athlète de 29 ans sur les ondes de Radio-Canada.

Geyson blessé

Heymans et Abel auront maintenant les yeux tournés vers les Jeux olympiques de Londres, l'été prochain. Sans oublier les compétitions préparatoires comme les Jeux panaméricains de Guadalajara, au Mexique, en octobre, et la Coupe du monde FINA de Londres, en février.

«C'est sûr que ça me met en confiance, mais il y a encore de la place pour de l'amélioration et de l'apprentissage sur soi, a dit Abel. J'espère connaître une année aussi satisfaisante.»

Les compétitions de plongeon se sont terminées hier à Shanghai avec la victoire de Qiu Bo au 10 m, ce qui complétait un balayage chinois historique aux Mondiaux. Le Canadien Riley McCormick, 19 ans, a pris le neuvième rang, égalant son résultat de Rome.

La journée s'est terminée sur une note dramatique pour l'équipe canadienne quand Kevin Geyson, partenaire de synchro de McCormick, a été frappé par un véhicule en traversant une rue à pied. Selon La Presse Canadienne, le plongeur de Winnipeg a subi de profondes coupures à un genou et devra probablement passer une semaine à l'hôpital.