Sarah venait de terminer sa course de 1 km. On lui demande ce qu’elle préfère du Défi sportif AlterGo. « J’aime beaucoup les autres », répond-elle. Tout simplement.

Frédérick Duchesneau Frédérick Duchesneau
La Presse

Avant sa course, mercredi matin, elle était accompagnée de Karina, Léa et Cécilia pour répondre aux questions des journalistes.

Karina, enthousiaste, était d’abord là pour s’amuser. Pas de doute ! Appelées à dire si elles avaient hâte de courir, elles répondent en chœur que oui… mais pas assez vivement au goût d’une intervenante à proximité qui les stimule un peu. Le « oui » suivant est beaucoup plus vigoureux !

Au signal de départ de la première course de la journée, des jeunes s’élancent dans la bonne humeur. Encouragés par deux clowns et la sirène que crache leur mégaphone.

Présents quelques instants pour courir avec eux, le ministre du Patrimoine canadien, Steven Guilbeault, et le député fédéral local, Angelo Iacono. Également bien présente, l’odeur de fumée émanant de l’Institut de protection contre les incendies du Québec, qui jouxte l’école Leblanc de Laval.

Pour ses jeunes participants, le Défi sportif AlterGo – dont la 38e édition se déroule du 23 avril au 2 mai – est un évènement majeur. Mercredi, c’était jour de minimarathon (1 ou 3 km), l’une de ses épreuves phares du volet scolaire.

Le Défi sportif s’adresse à tous les jeunes vivant avec une limitation ou une différence fonctionnelle, qu’elle soit physique ou intellectuelle.

« Ils arrivent en septembre à l’école et une des premières questions qu’ils posent est : “C’est quand, le Défi sportif ?” Ça donne une idée à quel point… Ça me touche de dire ça parce que ces gens-là vibrent pour être aimés », souligne, très ému, Jean-Marie Lapointe, porte-parole de l’évènement depuis une vingtaine d’années.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Jean-Marie Lapointe, porte-parole du Défi sportif AlterGo

Ils se font cracher dessus, ils se font montrer du doigt, ils se font ignorer, ils se font juger, avant même qu’on leur donne la chance de s’exprimer. Alors, ils vivent quelque chose déjà dans le négatif. Sauf qu’au Défi, c’est tout le contraire. Si on te montre du doigt, c’est pour te féliciter, t’applaudir, te remettre des médailles, t’encourager. C’est ça, le Défi sportif.

Jean-Marie Lapointe, porte-parole du Défi sportif AlterGo

Pour l’occasion, le comédien portait des « gougounes » dépareillées, « pour souligner la différence ».

Le premier contact de Jean-Marie Lapointe avec le Défi sportif AlterGo a eu lieu alors qu’il animait – avec Érick Rémy – Les fils à papa, émission matinale à TQS. Chaque année, le duo recevait le porte-parole du Défi : Chantal Petitclerc, Yvon Deschamps, Jean-Pierre Coallier, Patrick Huard, entre autres.

Au début des années 2000, l’organisation l’a pressenti pour agir à son tour à titre de porte-parole, lui qui était reconnu comme étant très sportif. Il a accepté l’invitation, curieux d’essayer des sports adaptés.

« Et je me suis fait prendre au jeu. Finalement, le sport, c’est l’accessoire. C’est sûr que c’est important et, pour eux, c’est une raison de se défouler et de se valoriser. Mais c’est tout l’aspect humain qui fait que je reviens année après année, affirme-t-il. Les préjugés qui fondent comme neige au soleil, les malaises qui se déplacent, et, finalement, il n’y en a plus, de pitié. Alors, toutes les idées préconçues que je pouvais avoir sur le monde du handicap, ça n’existe plus. »

Contrer l’isolement

Si la valeur du côté social de l’évènement est inestimable, le Défi sportif AlterGo est également une vraie compétition pour les athlètes.

« Ils prennent ça au sérieux ! », assure Jean-Marie Lapointe.

En temps normal, il y a d’ailleurs des volets nationaux et internationaux au Défi, qui peut ainsi servir de tremplin, voire de porte d’entrée vers les Jeux paralympiques dans une panoplie de disciplines.

Mais, d’abord et avant tout, le Défi sportif AlterGo se veut rassembleur.

Ces jeunes ont besoin d’interactions sociales, c’est indispensable à leur développement.

Nancy Audet, journaliste

Très impliquée dans les causes qui touchent les enfants, elle a rejoint l’organisation cette année en tant qu’ambassadrice.

L’annulation de l’évènement in extremis l’an dernier, en raison de la pandémie, a été difficile pour eux, relève-t-elle.

Habituellement, quelques milliers de participants se réunissent dans les rues autour du complexe sportif Claude-Robillard.

Cette année, afin de s’adapter au contexte, on a dû repenser le fonctionnement et opter pour un concept qui respecterait les bulles-classes, avec plusieurs vagues de départs.

Dix-sept établissements scolaires du Québec tenaient simultanément leur minimarathon, mercredi, pour quelque 850 jeunes, dont environ 45 ayant une déficience intellectuelle à l’école Leblanc de Laval, où les médias avaient été conviés.

« On a pu s’arranger pour faire bouger les jeunes, réduire l’isolement. L’estime de soi, c’est hyper important, insiste Maxime Gagnon, PDG d’AlterGo depuis seulement deux ans, mais au sein de l’organisme depuis 26 ans. Déjà, quand tu es une personne qui a une limitation, tu es isolé. Donc, si tu n’as pas le sport pour te sortir un peu de ça, c’est difficile. On tenait à le faire. »

Certains jeunes viennent de terminer leur course, d’autres se préparent pour la leur.

C’est l’heure de quitter les lieux. Au son de Don’t Stop Believin ».

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