Le retour du motocross au Stade olympique n’aura duré que deux ans.

Frédérick Duchesneau Frédérick Duchesneau
La Presse

Gestev, qui avait repris le flambeau de ce happening – le Supermotocross organisé par l’équipe de Pierre Corbeil avait cessé ses activités après l’édition 2012 –, a confirmé à La Presse qu’elle tirait un trait définitif sur son Supercross Montréal.

« L’évènement ne reviendra pas dans le futur, même après la pandémie, a fait savoir par courriel le directeur général de Gestev, Gabriel Fontaine-Leclerc. Il faut dire que la dernière année aura été très difficile pour notre industrie, alors nous avons fait le choix de nous concentrer sur d’autres opportunités lorsque les grands évènements seront à nouveau permis. »

Cette nouvelle n’est absolument pas une surprise. Davantage l’officialisation d’un scénario hautement prévisible.

D’abord parce que la firme spécialisée en organisation et production d’évènements et de spectacles avait indiqué à l’automne 2019 que le Supercross ne serait pas sur sa liste d’offres l’année suivante. Cela dit, la nouvelle n’avait pas fait grand bruit, car l’annonce n’avait été faite que sur les réseaux sociaux de l’évènement.

« Malgré tous les efforts et la qualité des évènements livrés ces deux dernières années, nous avons pris la décision difficile de ne pas reconduire l’évènement en 2020, avait-on publié sur la page Facebook du Supercross le 15 novembre 2019. Nous ne sommes pas fermés à un retour dans le futur, mais nous prenons une pause confirmée pour la prochaine année afin de [nous] consacrer au développement de nouvelles opportunités. »

La pandémie aura été le dernier clou dans le cercueil. Mais il y a lieu de croire que le Supercross ne serait pas revenu de toute façon.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Le défi de la terre

De 1977 à 2012, le motocross a connu de grandes soirées au Stade, accueillant parfois jusqu’à 60 000 spectateurs. En 2018 et 2019, les courses n’ont toutefois attiré que quelque 19 000 fans par an, indique Gestev.

« Nous nous sommes rendus à l’évidence que l’industrie du motocross était bien présente, mais que l’engouement du grand public n’était plus ce qu’il était à l’époque, écrit M. Fontaine-Leclerc. Beaucoup d’efforts ont été déployés pour la commercialisation de l’évènement […] et l’industrie l’a toujours soutenu. Par contre, ces efforts et ce soutien n’étaient pas suffisants et nous avons préféré nous concentrer sur le développement de nouvelles opportunités. »

Après cinq ans d’absence, l’intérêt n’a pu être suffisamment réanimé.

Or, dans l’autre colonne comptable, il y a les « énormes » coûts de production. « L’importante aide » de la Société de développement et de mise en valeur du Parc olympique (SDMVPO) et des partenaires de Gestev n’a pu compenser la chute de l’enthousiasme populaire.

La firme a préféré ne pas dévoiler de chiffres.

Mais selon l’ex-champion de motocross Jean-Sébastien Roy, en entrevue avec La Presse il y a deux semaines, le coût de la terre est un élément clé des difficultés budgétaires liées à la production de cet évènement.

La terre, c’était le nerf de la guerre. Ça coûtait une fortune.

Jean-Sébastien Roy

Et au-delà de la facture, il y a aussi le « cauchemar » logistique, a expliqué Roy.

Faire venir des centaines de camions de terre à compter du mercredi matin, la placer au fur et à mesure, nuit et jour, pour concevoir le parcours et la sortir du stade le dimanche après-midi était un défi immense, a-t-il souligné.

L’ex-coureur était responsable de l’équipe du constructeur KTM, pour lequel il travaille, lors des deux éditions pilotées par Gestev. Il avait donné un coup de main, par exemple pour la piste et la promotion.

Roy ne sera pas étonné d’apprendre la mort du Supercross. Lorsqu’on lui a demandé, il y a deux semaines, s’il croyait au retour de l’évènement en 2022, il a eu cette réponse : « Je suis peut-être prophète de malheur, mais je ne crois pas. »

Quant à une deuxième renaissance, aux mains d’un autre groupe…

« Gestev avait une immense expérience pour faire ce type d’évènements. D’autres ont de l’expérience, mais en plus, eux ont la passion de la moto, a-t-il affirmé. Est-ce qu’un autre groupe voudra le reprendre ? C’est la question. »

Énormes coûts. Ventes de sièges trop faibles. Comme les protagonistes de ce film classique des années 80, ce serait se lancer dans une Risky Business.

Quoi qu’il en soit, du côté de la SDMVPO, la porte sera ouverte.

« Nous comprenons et respectons la décision de Gestev de mettre fin à cet évènement, indique Sonia Provençal, conseillère principale, Développement commercial et programmation. Le motocross fait partie de l’ADN du Parc olympique et nous serons toujours ouverts à recevoir des évènements de sports motorisés dans notre Stade. »