Un match est généralement disputé en trois périodes de 20 minutes. Ça vous évoque sans doute un certain sport dont on parle beaucoup ici. Mais les athlètes y sont à cheval plutôt qu’en patins. Et, en guise de rondelle, on utilise une chèvre étêtée.

Frédérick Duchesneau Frédérick Duchesneau
La Presse

Bienvenue au Kirghizistan. Dans ce pays très montagneux, isolé, jadis l’une des 15 républiques soviétiques, le cheval est vénéré. Et il est au cœur d’un jeu équestre extrêmement populaire en Asie centrale.

Le kok-boru rappelle un peu le polo. En moins chic. Plus désordonné. Et, assurément, plus dur, voire carrément dangereux.

En gros, deux équipes de quatre cavaliers se disputent une carcasse de chèvre. L’objectif est de réussir à saisir et transporter la dépouille dans le but adverse – qui est en fait un puits, avec fond, ou un immense chaudron –, appelé tai kazan. La formation qui n’en a pas possession tente de la ravir à ses opposants. Celle qui marque le plus souvent l’emporte (voir les règles en bref pour plus de détails).

À première vue, c’est la pagaille absolue. Mais, au contraire, le kok-boru requiert beaucoup d’agilité, tant du cavalier que de la monture. Les chevaux sont d’ailleurs longuement entraînés pour ce sport.

Non seulement tous deux doivent être très habiles, mais leur symbiose doit également être parfaite. Un bon cheval ne gagnera pas sans un bon cavalier. Et un bon cavalier n’est rien sans un bon cheval. Comme en F1, quoi.

Rambo et le mouton

Prisé dans toute l’Asie centrale, le kok-boru fait partie des disciplines admises aux Jeux mondiaux nomades. D’un pays à l’autre, il change souvent de nom et ses règles varient.

Sa pratique n’est toutefois pas réservée aux habitants de ce coin du monde. Au moins un célèbre Américain y a déjà participé, en 1988, en Afghanistan, où ce sport est appelé bouzkachi et souvent joué avec un mouton.

> Voyez Rambo jouer au bouzkachi

Stallone a eu « l’honneur » de gagner le Razzie Award du pire acteur, cette année-là, pour son rôle dans Rambo III. Sa prestation pendant le match n’y est sans doute pour rien.

Pas besoin de Rambo, cela dit, pour rendre ce sport rude. Régulièrement, les hommes – les femmes n’ont pas le droit de s’y produire – tombent du cheval, avec les risques que cela implique. Ce qui n’empêche pas l’autre équipe de parfois accuser le joueur de simuler la douleur. Même s’il vient de tomber de – occasionnellement sous – son cheval… Ce n’est pas du soccer !

Reconnu par l’UNESCO

Les peuples nomades d’Asie centrale ont le kok-boru et ses variantes cousines dans le sang.

Son origine remonterait à plus de 5000 ans. À une certaine époque, ses « victimes » étaient les loups, parce qu’ils s’attaquaient au bétail, avant qu’on opte plus tard pour la chèvre.

En 1949, les règles officielles ont commencé à être définies – et, autant que possible, adoucies – à des fins de compétition. En 1998, la Fédération internationale de kok-boru a été fondée à Bichkek, capitale du Kirghizistan. Puis, en 2017, l’UNESCO l’a inscrit sur sa Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Les Kirghizes raffolent du kok-boru. Chaque année, on se dispute la convoitée President’s Cup et quelque 15 000 personnes assistent à la finale.

On raconte que les cavaliers et les chevaux vainqueurs des matchs célèbrent avec du lait et de la vodka.

Qui boit quoi ? On s’en doute. Mais l’inverse pourrait être divertissant.

Les règles en bref

Chaque équipe compte dix cavaliers, mais seulement quatre à la fois se trouvent sur la surface de jeu.
Deux cavaliers jouent en attaque, les deux autres en défense.
Un changement de monture est permis en cours de match.
Le terrain fait environ 200 m sur 70 m.
La chèvre pèse de 25 à 35 kg (55 à 75 lb). De nos jours, elle est parfois remplacée par un moulage.
Le but fait 3,5 m de diamètre pour 1 m de hauteur.