La série The Last Dance, sur Michael Jordan et les Bulls de Chicago, des belles années, c’est comme un tango. Il y a du rythme. Du caractère. De la passion. Et surtout, du souffle. Car contrairement aux dernières minutes d’un match de basket, il n’y a jamais de temps mort. Même après huit heures. Un exploit.

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Maintenant que la fin approche — il reste deux épisodes —, je me demande bien qui d’autre mérite une série documentaire de 10 heures. Wayne Gretzky ? Patrick Roy ? Roger Federer ? La rivalité Ronaldo-Messi ? Tous d’excellents sujets — pour trois heures.

Pour qu’une série nous garde captifs pendant 10 heures, ça prend plus que des victoires et des barbus hirsutes qui soulèvent la coupe Stanley. Ça prend du drame.

PHOTO JOHN SWART, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Michael Jordan célèbre la victoire des Bulls de Chicago contre les Trail Blazers de Portland, en juin 1992.

Oui, les Bulls ont gagné six championnats. Mais non sans douleur. Michael Jordan est parti jouer au baseball. Scottie Pippen est parti chez lui. Dennis Rodman est parti sur une balloune, à Vegas, en pleine saison. Le coach, un hippie bouddhiste, était en conflit ouvert avec son DG.

Il faut de la jalousie. De la trahison. De la tension. De la haine. Des victoires et des défaites. Du sexe ? Ça ne nuit pas. Du sang ? Jackpot.

En gros, un équilibre entre Shakespeare et les Kardashian.

Ça prend aussi des images. Beaucoup d’images. Idéalement, inédites. « Qui a autant de footage resté sur la tablette pendant 20 ans ? », demande le producteur Louis Morissette. C’est vrai que, pour The Last Dance, le réalisateur a eu accès à des vidéos immersives tournées dans l’entourage des Bulls en 1997-1998. C’est également l’ingrédient magique qui a fait le succès des séries de Netflix sur la Formule 1 et le club de soccer de Sunderland.

Cette contrainte exclut plusieurs sujets. Comme la Série du siècle. Ou la saison 1908 du baseball majeur, complètement déjantée, qui a fait l’objet du fascinant livre Crazy ’08, de Cait Murphy. L’histoire a beau être excellente, des photos en noir et blanc pendant 10 heures, sans témoignage, je décroche.

Voici six suggestions de séries

Tom Brady et les Patriots

PHOTO CHARLES SYKES, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Gisele Bundchen et Tom Brady assistaient à un évènement au Metropolitan Museum of Art de New York, en mai 2017.

Un réserviste, repêché au sixième tour, remplace au pied levé le quart-arrière vedette et mène son équipe au championnat. Pas juste une fois. Six fois ! Un parcours marqué par une blessure majeure. De la tricherie. De la controverse. Des coéquipiers cinglés, dont un assassin qui se suicidera en prison. Une relation compliquée avec un coach bourru. Un mariage imparfait avec la mannequin la mieux payée du monde. Quant aux images exclusives, je ne suis pas inquiet. Le service de la vidéo des Patriots est capable de petits miracles, comme l’ont constaté leurs adversaires…

Tiger Woods

PHOTO DAVID J. PHILLIP, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Tiger Woods remporte le Tournoi des Maîtres d’Augusta en avril 2019. 

Sexe. Sang. Sports. Scandale. Puis une rédemption inattendue, l’année dernière, au Tournoi des Maîtres. Dix heures ? Ça risque d’être trop court.

La rivalité Canadien/Nordiques

PHOTO ARMAND TROTTIER, ARCHIVES LA PRESSE

Bagarre entre Todd Ewen et Owen Nolan au cours d’un match opposant les Nordiques de Québec au Canadien au Forum de Montréal, en mars 1993.

RDS a réalisé un très bon documentaire, Chicane de famille, sur le match du Vendredi saint. TVA Sports a produit plusieurs reportages dans le cadre de la rediffusion des séries éliminatoires de 1993. Mais il reste encore du territoire à couvrir. Notamment sur les premières années. Une majorité d’anciens joueurs, entraîneurs et dirigeants sont encore vivants. Cette grande rivalité mérite un grand documentaire, à la Ken Burns.

Muhammad Ali

PHOTO ANDREAS MEIER, ARCHIVES REUTERS

Muhammad Ali au Forum économique mondial de Davos en janvier 2006

Les grands combats, les luttes sociales, le changement d’identité : la trame est là. Sauf qu’il existe déjà plusieurs documentaires sur Muhammad Ali, dont le remarquable What’s My Name, d’Antoine Fuqua, qui a passé la gratte pour trouver des vidéos inédites. Son œuvre dure trois heures. Possible d’en ajouter sept ? Pas sûr.

Les sœurs Williams

PHOTO THOMAS PETER, ARCHIVES REUTERS

Venus Williams et Serena Williams  aux Internationaux d’Australie en janvier 2017

Au début de leur carrière, leur père refusait qu’elles s’affrontent. Venus et Serena Williams se croiseront finalement neuf fois lors de finales du Grand Chelem. Elles ont toutes les deux occupé le premier rang mondial. Elles ont gagné trois fois l’or ensemble aux Jeux olympiques. Serena a failli mourir en donnant naissance à son enfant et vécu une dépression post-partum avant de remonter dans le top 10. À 38 ans, elle est toujours active. C’est le temps de tourner !

La saison 2012 de la Première Ligue

PHOTO DARREN STAPLES, ARCHIVES REUTERS

Un match opposant Manchester City et Manchester United en avril 2012

Un super suspense. D’une part, Manchester United, club légendaire, champion en titre. De l’autre, Manchester City, privé de championnat depuis 40 ans, qui monte les échelons. Le dernier jour de la saison, les deux rivaux disputent leurs matchs en même temps, dans deux stades différents. City a besoin de deux buts dans les arrêts de jeu pour mettre fin à sa léthargie. Edin Dzeko marque à la 92e minute et Sergio Agüero, à la 94e minute. Du drame. Des gros ego. Des stars à profusion. Producteurs, prenez mon argent !

Voyez le but de Sergio Aguero

Appel à tous

Je suis curieux : quel athlète, club ou événement mériterait, selon vous, un documentaire de 10 heures ?

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